Sciences

La science récompense cette physicienne 50 ans après son prof, pour la même découverte

Temps de lecture : 2 min

Jocelyne Bell Burnell avait averti son professeur de la présence de «gribouillis inclassable» dans le ciel. Sept ans plus tard, il recevait le prix Nobel.

Jocelyne Bell Burnell au Inspirefest à Dublin en 2015 | Conor McCabe Photography via Wikimedia CC License by
Jocelyne Bell Burnell au Inspirefest à Dublin en 2015 | Conor McCabe Photography via Wikimedia CC License by

L'histoire de Jocelyne Bell Burnell est celle de beaucoup de femmes de science. En 1967, à Cambridge, son talent lui permet de détecter via un télescope radio une sorte de «gribouillis inclassable» dans le ciel. Alors doctorante en physique, elle en informe son professeur, Antony Hewish. Elle vient de découvrir son premier pulsar –objet astronomique qui produit un rayonnement électromagnétique émis à de brefs intervalles très réguliers.

En 1974, Hewish reçoit le prix Nobel pour «son rôle décisif dans la découverte des pulsars». En 2018, cinquante-quatre années plus tard, Bell Burnell se voit, enfin, accorder un prix pour sa découverte. Elle reçoit le Special Breakthrough Prize in Fundamental Physics, prix spécial de découverte en physique fondamentale pour «sa contribution fondamentale dans la découverte des pulsars et son leadership inspirant de toute une vie pour la communauté scientifique», succédant ainsi à Stephen Hawking, entre autres.

Sciences et sexisme

Dès l'âge de 12 ans, Jocelyne Bell Burnell doit se battre pour étudier les sciences. Dans son Irlande du Nord natale, «on s'imagine que les garçons font de la science et les filles de la cuisine et de la couture», raconte-t-elle au Washington Post. «C'était une supposition si forte qu'elle n'était pas discutée.»

En deuxième année à l'université de Glasgow, elle était la seule femme à se spécialiser en physique. Les hommes la sifflaient et commentaient ses déplacement dans les couloirs. Mais elle «apprend à ne pas rougir, si je rougissais, ils étaient encore plus bruyants», témoigne-t-elle.

Jocelyne Bell Burnell commence son doctorat de physique à l'université de Cambridge en 1965, elle est presque convaincue que l'administration fait une erreur: «Je ne suis pas assez intelligente pour cet endroit», se souvient-elle.

À l'époque, elle ne sont que deux femmes dans le programme. Et c'est certainement ce qui a contribué à nourir son sentiment de ne pas être à sa place –le fameux «syndrome de l'imposteur», même si l'expression n'existait pas encore dans les années 1960. À Cambridge le sexisme se fait un peu plus subtil, tout le monde pensait simplement que Jocelyne Bell Burnell laisserait tomber, puisqu'il était mal vu pour une femme mariée de travailler.

Quand elle aperçoit ce «gribouillis inclassable» dans le ciel, deux ans après son arrivée à Cambridge, elle comprend tout de suite que la source de l'activité n'est pas humaine, que l'objet bouge autour des étoiles, au rythme des constellations. En 2009, elle racontait au Guardian: «En parcourant des kilomètres de schémas, je découvre deux autres signaux mystérieux. J'avais, en fait, découvert le premier des quatre exemples d'une sorte d'étoile inimaginable: des corps astraux étranges qui transmettent des rayonnement radio en tournant et balayent l'espace comme la lumière d'un far. Nous les avons appelé pulsars

En 1968, Bell Burnell et son professeur publient un article faisant part de leur découverte qui attire l'attention de nombreux médias internationaux. Les photographes lui demandant parfois «de défaire quelques boutons», d'autres s'interrogent: «Combien de petits-amis a-t-elle eu dans sa vie?», relate la chercheuse au Guardian.

Quand son professeur reçoit le prix Nobel, elle n'est pas surprise, c'est ainsi que fonctionne le monde des sciences, les étudiants et les étudiantes (peut-être encore moins) ne sont jamais récompensées.

Pas plus hier qu'aujourd'hui la chercheuse ne se plaint: «Je trouve que je m'en suis très bien sortie sans gagner de prix Nobel», arguant qu'une fois le prix emporté, un scientifique ne reçoit plus rien.

Avec les trois millions de dollars du Special Breakthrough Prize, la scientifique veut faire des bourses d'études pour celles et ceux qui viennent de milieux sous-représentés et souhaitent étudier la physique. Elle est persuadée que la science ne pourra que bénéficier de personnes venant de milieux divers.

L'histoire de Bell Burnell, celle de tant d'autres femmes, n'est pas sans rappeler les film et livre Les Figures de l'ombre, l'histoire de trois femmes noires-américaines sous-estimées et oubliées qui travaillaient pour la Nasa dans les années 1970.

Slate.fr

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