Politique / Sports

La politique sportive du gouvernement Philippe est un désastre

Temps de lecture : 4 min

Peu importe la personne nommée au ministère des Sports. Quelle qu'elle soit, elle ne pourra rien faire à cause du peu de volontarisme de l'exécutif.

Roxana Maracineanu et Laura Flessel lors de la passation de pouvoir au ministère des Sports, à Paris, le 4 septembre 2018. | François Guillot /AFP
Roxana Maracineanu et Laura Flessel lors de la passation de pouvoir au ministère des Sports, à Paris, le 4 septembre 2018. | François Guillot /AFP

Aussitôt partie, aussitôt remplacée. Mardi 4 septembre, après le départ surprise de la ministre des Sports Laura Flessel, le gouvernement n’a pas tardé à lui trouver une remplaçante. L’ancienne nageuse professionnelle, championne du monde et championne d’Europe du 200 mètre dos, Roxana Maracineanu, prendra sa place au 95, avenue de France, siège du ministère des Sports.

Cette annonce rapide a quelque peu décontenancé les observateurs, observatrices et les spécialistes de la vie politique et sportive. Encore une fois, le gouvernement Macron-Philippe a préféré désigner une ancienne sportive de haut-niveau plutôt qu’une experte en politique, contrairement à ses prédécesseurs comme François Hollande, avec Thierry Braillard, ou Lionel Jospin, avec Marie-George Buffet.

Pour certains et certaines, c’est la preuve d’un ministère galvaudé, bâclé, tourmenté. L’économiste Alexandre Delaigue répétait notamment son grand étonnement, sur les réseaux sociaux, en précisant qu’on n’avait jamais vu d’économiste à la tête du ministère de l’Économie. On privilégie les politiciens et les experts de la vie publique à la tête des grands centres régaliens. Quant au sport et aux ministères délaissés, on place une personnalité connue, qui n’a pas forcément toutes les compétences ni les soutiens pour réussir.

Avant Roxana Maracineanu, Laura Flessel et Nicolas Hulot, tous deux issus de la société civile, en ont fait les frais. Ils n’ont pas été capables de mener une politique pragmatique et ambitieuse et ont dû se soustraire aux desiderata de quelques lobbystes. Le problème c’est qu’en continuant à agir de la sorte, on prend le risque, à la fois, de dégoûter les électeurs et électrices, et de ne pas avancer convenablement.

Impératif médiatique

«La nouvelle ministre des Sports va se brûler les ailes, nous confie anonymement un ancien arbitre international de football, proche des cercles du pouvoir. Elle n’a pas les épaules pour réussir et va devoir faire face à la politique destructrice du gouvernement en faveur du sport. Alors qu’elle profitait d’une bonne réputation, elle va se prendre des coups et ne pourra rien contrôler. Tout se décide à Bercy, si elle ne connait personne, ne sait pas comment les choses fonctionnent ni comment bien négocier les budgets, elle n’arrivera à rien et subira plutôt qu’agira. À l'époque, Marie-George Buffet n'y connaissait rien en sport, mais elle avait toutes les compétences politiques. Maintenant, et depuis quelques années, ça serait plutôt l'inverse.»

La nomination de Roxana Maracineanu ne répondrait finalement qu’à un impératif médiatique, à un verni sportif. On placerait quelqu’un de reconnu, une ancienne championne pour faire passer la doctrine. Elle ne serait qu’un faire-valoir, une porte-parole, une communicante, et rien ne serait fait pour le sport et son développement.

La casse du sport français

Il suffit de voir comment les choses évoluent sous Emmanuel Macron pour comprendre quel est son projet. Depuis 2017, on note la suppression de plus de 120.000 contrats aidés, source essentielle dans la structuration des clubs amateurs, la baisse du budget du Centre national de développement du Sport, la baisse continue des dotations publiques en faveur du sport, la fin annoncée de la taxe d’habitation, ce qui grèvera durablement les finances de nombreuses communes et altèrera les services publics de proximité, la suppression de l’ISF avec la disparation de sa niche fiscale en faveur des dons aux associations. La pilule a du mal à passer pour le secteur sportif.

Comme Laura Flessel, Roxana Maracineanu ne pourra rien bouleverser ni rien changer. À supposer qu’elle le souhaite, d'ailleurs. Dès sa nomination confirmée par l’Élysée, la presse a eu accès à une note de cadrage rédigée par Matignon. Celle-ci aviserait d’une baisse de 6,2% du budget du ministère des Sports, après des baisses continues en 2017 et 2018, ainsi qu’une suppression de 1.600 postes d'ici 2022.

D'ici quatre ans, ce sont donc 1.600 conseillères et conseillers techniques sportifs, entraîneurs, coachs, directeurs et directrices techniques, qui vont disparaître, garants du sport pour toutes et tous. Sans ces personnes, moins d'accessibilité pour le sport amateur, moins de moyens pour les disciplines peu en vogue, pour le bien-être collectif et le vivre-ensemble, pour la pratique...

Le sport est un investissement d'avenir

Le gouvernement agit contre l'excellence et la renommée du sport à la française. En cassant durablement ce modèle national, on brise toute la dynamique sportive et on court le risque d'un déclassement dans les prochaines années.

Comment pourra-t-on former la future génération de sportives et sportifs sans l’aide publique? Devra-t-on passer par des structures payantes, privées, à but lucratif, qui feront la part belle aux disciplines cotées, populaires, et oublierons-nous les activités moins médiatisées? Comment le pays pourra remplir l’objectif fixé de quatre-vingts médailles aux Jeux olympiques de Paris, en 2024, sans la manne essentielle des formateurs, formatrices, des préparateurs et actrices du sport? Comment des disciplines comme l’escrime ou la natation parviendront-elles à se structurer et à garantir une accessibilité, une pérennisation et une formation pour toutes et tous sans aide et sans subvention? Laura Flessel et Roxana Maracineanu sont devenues des grandes championnes parce qu’elles en ont aussi bénéficié, à leur époque. Et celles et ceux d’aujourd’hui et de demain?

Le sport ne doit pas être vu comme une variable d'ajustement mais comme un investissement d'avenir. Il sert la cohésion sociale, la cohésion des territoires, la solidarité, l'intégration, la fierté nationale, la santé, l'entraide, le savoir, la connaissance. Une récente étude du CDES évaluait par ailleurs le poids économique du sport à plus de vingt-et-un milliards d'euros par an, sans compter les externalités sociales positives. On ne peut donc pas le stigmatiser ni le reléguer aux divisions inférieures du gouvernement.

Malheureusement on en prend clairement le chemin…

Pierre Rondeau Professeur d'économie à la Sports Management School

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