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Trump jugé par ses proches, c'est sévère

Temps de lecture : 10 min

Bob Woodward, le journaliste à l’origine des révélations du Watergate, sort le 11 septembre un livre accablant pour le président américain.

Donald Trump à la Maison-Blanche, le 5 septembre 2018 | Brendan Smialowski / AFP
Donald Trump à la Maison-Blanche, le 5 septembre 2018 | Brendan Smialowski / AFP

Bob Woodward, dont les articles légendaires ont contribué à rapporter deux Prix Pulitzer au Washington Post, dont un pour avoir révélé le scandale du Watergate, s’apprête à publier le 11 septembre un nouveau livre sur l’administration Trump, intitulé Fear: Trump in the White House.

Le Washington Post et CNN en ont obtenu des exemplaires et en ont commenté des passages le 4 septembre. Ces premiers aperçus laissent entendre que certaines des révélations les plus choquantes concernent l’attitude de Trump envers des membres de son cercle d’intimes à la Maison-Blanche et ce qu’ils disent et font derrière le dos du président. Florilège d’épisodes éloquents impliquant les personnages les plus éminents de l’administration Trump.

John Dowd, son ancien avocat

Une grande partie du livre de Woodward décrit l’obsession de Trump pour l’enquête menée par le conseiller spécial Robert Mueller sur la campagne présidentielle de 2016.

À un moment, Trump a raconté à Dowd avoir eu un entretien téléphonique avec le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi au sujet d’un travailleur humanitaire emprisonné. Le président égyptien a dit à Trump: «Donald, cette enquête m’inquiète. Est-ce que vous allez pouvoir rester?» Trump a confié à Dowd que cette conversation lui avait fait l’effet d’un «coup de pied dans les couilles».

Par le passé, Trump a déclaré qu’il serait ravi de témoigner devant Mueller, mais lorsqu’il était son avocat, Dowd a constamment essayé de l’en dissuader. Dowd est allé jusqu’à organiser une fausse audition en janvier 2018, comme si Trump se trouvait devant Mueller, afin de démontrer à quel point le président ferait un témoin épouvantable. Le témoignage que Trump a délivré lors de ce faux entretien était bourré de mensonges et de contradictions, et l’exercice a mis le président dans un tel état de rage qu’il a fini par pousser un coup de gueule qui a duré une demi-heure.

Dowd et Jay Sekulow, un autre avocat de Trump, se sont ensuite rendus dans le bureau de Mueller en mars, et ont rejoué la fausse audition pour expliquer pourquoi ils ne permettraient jamais au président de témoigner.

À un moment pendant cet entretien, Dowd a dit: «Il a juste inventé un truc. C’est sa nature.» Dowd a également dit à Mueller: «Je ne vais pas rester là et le laisser se conduire comme un imbécile. Et vous allez publier cette transcription, parce que tout fuite à Washington, et les gens à l’étranger vont dire: “Je vous avais dit que c’était un imbécile. Je vous avais bien dit que c’était un abruti fini. Pourquoi est-ce qu’on parle avec cet idiot?”»

Il semblerait pourtant que Trump ait eu l’impression de s’être plutôt bien débrouillé pendant cet exercice. Plus tard en mars, Dowd a déclaré sans détour au président: «Ne témoignez pas. C’est soit ça, soit une combinaison orange.» Quand Trump a alors expliqué à Dowd qu’il ferait «un témoin vraiment bon», Dowd a rétorqué: «Vous n’êtes pas un bon témoin. […] Monsieur le Président, j’ai bien peur de ne rien pouvoir faire pour vous.»

Le lendemain, Dowd a démissionné.

James Mattis, secrétaire à la Défense

Fear dépeint l’état d’exaspération de Mattis à l’issue de plusieurs conversations avec Trump en matière de politique étrangère en Asie et au Moyen-Orient. En avril 2017, lorsque le président syrien Bachar al-Assad a attaqué des civils avec des armes chimiques, Trump a appelé Mattis et lui a dit instamment: «Tuons-le, putain! On y va. On tue tous ces enfoirés.» Le ministre a fait mine d’acquiescer au téléphone, avant de dire à son assistant: «On ne va rien faire de tout ça. On va être beaucoup plus mesuré.»

James Mattis et Donald Trump au sommet de l'OTAN à Bruxelles, le 11 juillet 2018 | Emmanuel Dunand / AFP

Le président serait également fermement déterminé à réduire les coûts de la sécurité nationale. Pendant une réunion tenue en janvier 2018, Trump a demandé pourquoi les États-Unis maintenaient une présence dans la péninsule coréenne et un système de détection des missiles provenant de Corée du Nord. «Nous faisons cela pour éviter la Troisième Guerre mondiale», lui a répondu Mattis. Woodward écrit qu’après cette réunion, Mattis a dit à des collègues que «le président agissait comme “un élève de CM2 ou de 6e”, et qu'il en avait le niveau de compréhension».

Voici le commentaire que Mattis a fait à des amis, au sujet du comportement de Trump: «Les secrétaires à la Défense ne choisissent pas toujours les présidents pour qui ils travaillent.»

Gary Cohn, ancien conseiller économique

Le livre de Woodward s’ouvre sur une scène dans laquelle Cohn découvre sur le bureau de Trump une lettre qui aurait sorti les États-Unis d’un important accord commercial avec la Corée du Sud et possiblement compromis un programme conçu pour détecter les missiles nord-coréens.

«Je l’ai prise sur son bureau… Je ne voulais pas qu’il la voie. Il ne verra jamais ce document. Je dois protéger le pays», aurait dit Cohn à un collègue. Le conseiller a confié à l’ancien secrétaire du personnel Rob Porter qu’il envisageait de faire la même chose avec le brouillon d’une lettre qui aurait sorti les États-Unis de l’Alena.

Fear rend également compte de toute une série d’interactions explosives entre Cohn and Trump. Lors d’une réunion où Trump suggérait le retrait des troupes américaines de Corée du Sud, Cohn a demandé: «Alors, Monsieur le Président, de quoi auriez-vous besoin dans la région pour bien dormir la nuit?» À quoi Trump a répondu: «J’aurais besoin de que dalle. Et je dormirais comme un bébé.» C’est après cette réunion que l’ancien secrétaire d’État Rex Tillerson a qualifié Trump de «connard».

Cohn a démissionné en mars, mais il avait déjà essayé de le faire en 2017, après le catastrophique discours de Trump au sujet du rassemblement de suprémacistes blancs à Charlottesville, où il avait trouvé des torts «dans les deux camps». Trump avait accusé Cohn de «trahison» et l’avait convaincu de rester.

John Kelly, chef de cabinet

Woodward écrit que Kelly est au bout du rouleau avec Trump. L'actuel chef de cabinet a confié à des employés que Trump était «dérangé», et lors d’une réunion en petit comité: «Il est idiot. Ça ne sert à rien d’essayer de le convaincre de quoi que ce soit. Il déraille. On est chez les fous. Je ne sais même pas pourquoi nous sommes encore là. C’est le pire poste que j’aie jamais eu.»

John Kelly et Donald Trump à la Maison-Blanche, le 18 juillet 2018 | Tasos Katopodis / AFP

Devant la manière dont Trump l’avait traité après la débâcle de Charlottesville, Kelly a dit à Cohn: «Si ça avait été moi, j’aurais pris cette lettre de démission et je la lui aurais mise dans le cul de six manières différentes.»

Rob Porter, ancien secrétaire du personnel

Porter aurait comploté avec Cohn pour subtiliser des documents sur la table de travail du bureau Ovale. «Un tiers de mon travail consistait à tenter de réagir à certaines des idées vraiment dangereuses qu’il avait et à essayer de lui donner des raisons de croire que peut-être, ce n’était pas de si bonnes idées que ça», dit Porter dans le livre.

L’ancien secrétaire du personnel, qui a quitté son poste après des accusations de violence conjugale, est également cité en ces termes: «On avait l’impression d’être constamment en train de marcher au bord du gouffre. À d’autres moments, on tombait, et une décision était prise.» Il souligne également: «Ce n’était plus une présidence. Ce n’est plus une Maison-Blanche. C’est un homme en train d'être ce qu’il est.»

Jeff Sessions, ministre de la Justice

Trump n’a jamais hésité à humilier publiquement Sessions pour le faire payer de s’être récusé dans l’enquête russe et d'avoir permis à son ministère de mettre en examen des membres républicains du Congrès.

En privé, le président serait encore plus cruel. Pour se moquer de Sessions, Trump a dit à Porter, en prenant un accent du Sud: «Ce type est un attardé mental. C’est un crétin du Sud... [...] Il ne serait même pas fichu d’être avocat rural indépendant dans l’Alabama.»

Steven Bannon, ancien stratège en chef de la Maison-Blanche

Aucun nouveau détail sur la relation houleuse entre le président et son conseiller par intermittence n’a encore fuité du livre, mais l’on sait que Woodward y raconte une dispute entre Bannon et Ivanka Trump.

Énervé par l’accès privilégié d’Ivanka au président au tout début du mandat, Bannon lui a crié: «Vous n’êtes qu’une pauvre employée! […] Vous vous pavanez ici et vous faites comme si vous étiez responsable de quelque chose, et ce n’est pas le cas! Vous êtes une employée!» Elle a hurlé en retour: «Je ne suis pas une employée! Je ne serai jamais une employée. Je suis la première fille.»

Rudy Giuliani, avocat actuel

Giuliani a été l’unique porte-parole à accepter de défendre Trump après la publication de la vidéo d'«Access Hollywood» pendant la campagne de 2016. Pourtant, Trump n’a pas du tout été satisfait de la performance de l’ancien maire de New York, et lui a dit: «Rudy, tu es un bébé. Je n’ai jamais vu quelqu’un me défendre aussi mal de ma vie. Ils viennent juste de te retirer ta couche, là. On dirait un petit bébé qui a besoin qu’on lui change sa couche. Quand vas-tu te conduire en homme?»

Donald Trump et Rudy Giuliani au Trump International Golf Club à Bedminster Township (New Jersey), le 20 novembre 2016 | Drew Angerer / Getty Images / AFP

John McCain, sénateur

Au cours d’un dîner avec des responsables de la sécurité nationale, Trump a traité McCain de lâche et prétendu –à tort– que le pilote de l’aéronavale avait accepté d’être libéré prématurément lorsqu’il était prisonnier de guerre au Viêt Nam.

Mattis a rapidement rétorqué: «Non, Monsieur le Président, je crois que vous avez compris à l'envers», et lui a expliqué qu’en réalité, le vétéran avait refusé d’abandonner ses camarades, un épisode bien connu qui avait valu à McCain sa réputation de héros de guerre.

Reince Priebus, ancien chef de cabinet

Trump a un jour exhorté Porter d’ignorer Priebus et a dit de lui qu’il était «comme un petit rat. Il ne fait que courir dans tous les sens.» Priebus lui-même est cité; il aurait dit que les membres de l’administration de Trump étaient des «prédateurs naturels», théorie qu’il a développée ainsi: «Quand on met un serpent et un rat et un faucon et un lapin et un requin et un phoque dans un zoo sans murs, les choses deviennent moches et sanglantes.»

L’ancien chef de cabinet s'inquiétait également de l’habitude de Trump de tweeter sans arrêt, faisait souvent référence à l’appartement du président à la Maison-Blanche comme à «l'atelier du diable» et au dimanche soir comme à «l’heure des sorcières», parce que c’est généralement à ce moment-là que Trump publie ses tweets les plus explosifs.

H.R. McMaster, ancien conseiller à la sécurité nationale

Trump a dénigré McMaster derrière son dos, disant qu’il ressemblait à un «vendeur de bières», parce qu’il porte des costumes bon marché. Trump a singé les tics de McMaster en exagérant sa respiration et en bombant le torse.

Wilbur Ross, ministre du Commerce

Trump a dit à Ross: «Je ne vous fais pas confiance. Je ne veux plus que vous fassiez la moindre négociation. […] Vous n’êtes plus en état.» Le contexte de ce commentaire est encore confus.

Sans surprise, la Maison-Blanche a publié une déclaration générale mardi 4 septembre pour dénoncer le livre de Woodward, qualifié d’«histoires inventées de toutes pièces»:

Réaction de la porte-parole de la Maison-Blanche, @PressSec, au livre de Woodward: «Ce livre n’est qu’un tissu d’histoires inventées de toutes pièces, beaucoup par d’anciens employés mécontents, racontées pour donner une mauvaise image du Président. Si ce n’est pas toujours joli, et qu’il est rare que la presse en parle vraiment, le président Trump a cassé les codes du processus administratif pour produire des succès sans précédents au bénéfice du peuple américain. C’est parfois peu conventionnel, mais il obtient toujours des résultats. Les Démocrates et leurs alliés dans les médias comprennent que les politiques du président fonctionnent et qu’avec un tel succès, personne ne pourra le battre en 2020 –même pas de loin.»

Kelly a publié son propre démenti des propos tenus à son sujet dans le livre:

Le chef de cabinet John Kelly réagit au livre de Woodward: «L’idée selon laquelle j’aurais qualifié le président d'idiot est fausse. Comme je l’ai déjà dit en mai et comme je le maintiens encore fermement: “Je passe plus de temps avec le président que quiconque, et nous avons une relation incroyablement franche et solide. Il sait toujours quel est mon point de vue, et lui et moi savons que cette histoire est un ramassis de conneries. Je suis engagé envers le président, son programme et notre pays. Il s’agit d'une nouvelle tentative pathétique de salir les gens proches du président Trump et de détourner l’attention des nombreux succès de son administration.”»

John Dowd a également nié certaines des choses dites à son sujet dans le livre:

«John Dowd a dit à mon collègue @stevennelson10 qu’il avait été faussement cité dans le livre de Woodward. Il nie avoir jamais dit de Trump que c’était un “putain de menteur” ou d’avoir dit au président des États-Unis qu’il pourrait finir dans une “combinaison orange” s’il rencontrait Mueller.»

Aaron Mak Journaliste à Slate.com

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