Sports / Monde

Arrêtez tout: on a trouvé un domaine dans lequel Trump n'est pas complètement nul

Temps de lecture : 6 min

Depuis le début de son mandat, le président américain s'est rendu près d'un jour sur quatre sur ses parcours de golf. Et apparemment, l'effort paie.

Donald Trump sur son cours de golf de Turnberry, en Écosse, le 14 juillet 2018 | Andy Buchanan / AFP
Donald Trump sur son cours de golf de Turnberry, en Écosse, le 14 juillet 2018 | Andy Buchanan / AFP

On le savait: Donald Trump passe beaucoup de temps à jouer au golf, même depuis qu'il a été élu à la tête des États-Unis en novembre 2016. Le président américain est si souvent sur les greens que certains sites tiennent même le compte du nombre de visites qu'il a effectuées depuis le début de son mandat.

Selon un dernier décompte relayé par Mashable, «sur ses 590 jours de travail, Donald Trump en a utilisé 196 à se rendre sur ses différentes propriétés et 153 sur ses parcours de golf (soit près d'un jour sur quatre)».

Un chiffre bien plus élevé que les autres présidents américains, et notamment qu'un certain Barack Obama, contre qui Donald Trump lui-même s'emportait il y a encore quelques mois.

«On paie les voyages d'Obama pour qu'il puisse lever des millions de dollars pour que les démocrates fassent campagne sur des mensonges. Et on paie aussi pour son golf.»

«Pendant que notre incroyable président passe sa journée à jouer au golf, l'Agence nationale de sécurité dans les transports tombe en morceaux, tout comme notre gouvernement. Les aéroports sont un vrai désastre!»


«Est-ce que vous arrivez à croire qu'avec tous les problèmes et difficultés auxquels font face les États-Unis, le président Obama a passé la journée à jouer au golf. Pire que Carter.»

Si Barack Obama était connu pour être un joueur régulier, son niveau était globalement équivalent à celui des anciens présidents. Et celui en exercice, alors?

«Le meilleur golfeur de l'histoire de la Maison-Blanche»

La presse américaine possède bien évidemment la réponse. Et il se trouve que Donald Trump est plutôt bon. «Le 45e président est un vrai golfeur», assure le site Golf Digest, dont l'un des journalistes l'a rencontré.

Sports Illustrated confirme cette impression et assure que «même à 71 ans, il est facilement le meilleur golfeur de l'histoire de la Maison-Blanche». Le New Yorker estime que le président américain est «un bon joueur, et même sans essayer de rééquilibrer le classement au vu de son âge, il est probablement l'un des meilleurs des nombreux golfeurs à avoir été président des États-Unis. Son plus grand rival, selon un classement établi par Golf Digest il y a plusieurs années de cela, aurait été John F. Kennedy, qui jouait bien malgré ses horribles problèmes de dos. Aucun autre président n'aurait eu une chance contre lui, y compris Dwight Eisenhower, le plus avide golfeur de tous les présidents».

Golf Digest se montrait d'ailleurs assez élogieux de sa technique, après avoir passé quelques heures à ses côtés en 2013 et 2014: «Les photos et vidéos montrent une position d'impact très bonne, validée par une extension presque exagérée, qui évoque Lee Trevino, et parfois une finition qui rappelle Gary Player. Le swing de Trump possède quelques défauts, mais il fait correctement les choses les plus importantes. À mes yeux, la plus grande qualité du jeu de Trump est sa frappe de balle.»

Adoubé par les plus grands

Certains des plus grands golfeurs reconnaissent eux-même que le président américain a un bon petit niveau.

«C'est un bon joueur pour un homme de 70 ans», commentait Rory McIlroy en février 2017. «Il sait vraiment jouer. Il est très, très bon», expliquait, plus enthousiaste, le golfeur sud-africain Gary Player à CNBC en octobre 2017. «Sa principale force, c'est sa puissance. Il est capable d'envoyer la balle très loin», ajoutait Tom Watson, ancien numéro un mondial. Un constat partagé par Tiger Woods: «Ce qui m'a le plus impressionné, c'est la distance à laquelle il envoie la balle à 70 ans.»

Reste qu'il existe une raison pour laquelle Donald Trump n'est pas golfeur professionnel, mais «seulement» président des États-Unis. En l'occurrence, il s'agit du «petit jeu», c'est-à-dire les coups joués sur le green ou à proximité. «C'est la même chose avec tous les présidents avec qui j'ai joué. Quand ils doivent faire un putt d'un mètre, ils vous disent juste de récupérer la balle –et vous ne discutez pas», explique Gary Player.

Donald Trump assure n'avoir jamais vraiment travaillé son jeu avec l'aide d'un instructeur, ce qui explique peut-être ce défaut. «J'envisage le golf comme un jeu très naturel. Je n'ai jamais vraiment voulu connaître beaucoup de choses sur ma technique. Je fais confiance à mon instinct, en golf comme dans beaucoup d'autres choses», racontait-il à Golf Digest.

Une tendance à tout embellir

Tout n'est pas parfait dans la relation qu'entretient Trump avec le golf. Il arrive que le président américain «profane le jeu qu'il aime tant», selon un éditorialiste du Washington Post: «Il fait passer sa voiture de golf sur les greens et les aires de départ. Il parle pendant que les autres joueurs préparent leur coup.»

Et comme partout, Donald Trump semble avoir tendance à embellir les choses. Un long portrait de Sports Illustrated détaillait ainsi que «Trump va parfois répondre à un coup raté en jouant une deuxième balle et faire comme si rien ne s'était passé. On appelle ça des “mulligans flottants” et Trump en fait généralement plus d'un par parcours. À cause de cela, il est impossible de déterminer son vrai score, selon dix-huit personnes qui ont joué avec lui au cours de la dernière décennie».

C'est aussi le genre de personne qui va se vanter d'avoir terminé un parcours de Los Angeles en soixante-huit coups, ce qui selon Sports Illustrated «aurait exigé qu'il soit quasiment parfait du début à la fin». Le magazine avait contacté l'un de ses partenaires de jeu ce jour-là, qui avait confirmé que Trump avait effectivement «bien joué, mais qu'il avait pris toutes les libertés habituelles des golfeurs de tous les jours: des mulligans, des “gimmes [en partie amicale, les joueurs accordent les putts de quelques centimètres sans les jouer, ndlr], des mensonges améliorés...»

Au fil des années, plusieurs personnes ont accusé Donald Trump de tricher sur les greens, notamment l'acteur Samuel L. Jackson –une remarque qui n'avait vraiment pas plu à celui qui était alors candidat à la primaire républicaine.

«Je ne triche pas au golf, mais Samuel L. Jackson, avec son jeu, n'a pas d'autre choix —et arrête de faire de la pub!»

Officiellement, son index (ou handicap, qui détermine le niveau de jeu) est de 2.8, soit un très bon score –le handicap varie de à 0 à 54 et plus il est faible, plus vous êtes bon. Mais selon un proche, la vérité se situerait plus autour de «8 ou 9». Le Guardian avait d'ailleurs émis de gros doutes à ce sujet, lors de la campagne présidentielle américaine.

«Le monde de Trump est un univers parallèle»

Quant à ses trophées, Sports Illustrated rapporte que Donald Trump a beau se vanter d'en avoir remporté au moins dix-huit, il n'a jamais rendu la liste publique. Et quand le magazine a tenté de vérifier ces affirmations en contactant ses propriétés, personne n'a souhaité répondre.

«J'ai remporté 18 Club Championships, y compris ce week-end. Mark Cuban a le swing d'une petite fille sans aucune puissance ou talent. Mark est un gros nul.»

Dans son portrait pour le New Yorker, David Owen tentait d'expliquer la logique derrière les arrangements de Donald Trump avec la réalité en matière de golf, et faisait un parallèle avec ses arrangements avec la vérité –d'aucuns diraient «mensonges»– que l'on a appris à découvrir au cours des derniers mois.

«Je ne pense pas que “tricher” soit une bonne description de ses actions lorsque nous avons joué ensemble, tout comme je ne pense pas que “mentir” soit la bonne description de ce qui se passe quand il prononce un discours ou répond à des questions en conférence de presse. Je suspecte que dans sa tête, Trump pense bien qu'il a réalisé un 71 ce jour-là, si ce n'est un 69, désormais. Le monde de Trump est un univers parallèle où la vérité prend des formes diverses, dont quasiment aucune n'est basée sur la réalité. Et on ferait bien de s'y habituer, parce que jusqu'en 2021, nous vivrons dans cet univers.»

Grégor Brandy Journaliste

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