Monde

Bon anniversaire président Ahmadinejad

Paul Chami, mis à jour le 01.02.2010 à 11 h 07

Entre le 1er et le 11 février, la République islamique célèbre tous les ans la révolution de 1979. Cette année, le régime risque de ne pas être à la fête

Chaque année, entre le 1er et le 11 février, la République islamique célèbre en grande pompe la révolution de 1979. Pourtant, cette année, le régime risque de ne pas être à la fête. Le «mouvement vert» qui prend son origine dans la contestation des résultats électoraux du 12 juin 2009 pourrait bien s'emparer de cette nouvelle occasion pour manifester son opposition à Mahmoud Ahmadinejad et plus généralement au régime. Le «mouvement vert» risque d'ailleurs de n'être pas le seul à exprimer son mécontentement car la crise économique et financière qui frappe l'Iran pourrait bien mettre aussi du monde dans la rue.

Depuis le 12 juin, chaque célébration officielle est désormais récupérée par l'opposition pour manifester dans la rue son mécontentement. Mais aujourd'hui le pouvoir déploie d'innombrables ruses pour tenter de faire taire, ou au moins pour occulter cette contestation. Pour exemple, le surprenant changement de dates du 28éme Festival International du Film de Fajr. Etabli traditionnellement du 1er au 11 février pour célébrer la glorieuse révolution islamique, le Festival a été avancé cette année au 25 janvier. Cela évitera sans doute à la presse étrangère de couvrir les très probables manifestations du 11 février et aux invités étrangers d'être témoins de la non moins probable répression. Ils sont pourtant peu nombreux à avoir fait le voyage à Téhéran. Des appels au boycott du Festival ont pour la première fois été formulés par les différents milieux du cinéma iranien, et ils ont été entendus. Le ministre de la Culture et de l'Orientation islamique a alors tout fait pour afficher une politique d'apaisement et d'ouverture, allant jusqu'à annoncer que des films jusque-là interdits d'écran (comme La Couleur pourpre d'Ebrahim Hatamikia) seraient projetés à cette occasion. Mais aucun grand nom du cinéma iranien (Abbas Kiarostami, Jafar Panahi, Rakhshan Bani Etemad...) ne participe à cette manifestation gouvernementale et les responsables en charge du cinéma semblent même avoir eu du mal à organiser le Festival. Est-ce pour cela que la composition du jury n'a, curieusement, été dévoilée que plusieurs jours après le début des projections (le 28 janvier)?

Plus les célébrations officielles approchent et plus le pouvoir étend sa politique d'intimidation. Deux pendaisons de manifestants ont été mises en scène le 28 janvier pour montrer aux contestataires qu'ils n'ont qu'à bien se tenir. Les figures de l'opposition, Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, tous deux candidats malheureux aux dernières élections présidentielles, sont de plus en plus mis en causes par les conservateurs qui les accusent «d'organiser la sédition». Ils parviennent cependant encore à jouer sur la faible marge de manœuvre qu'il leur reste. La peur du bain de sang influence sans doute leur stratégie, qui désormais renonce à appeler à manifester. Mais comme ils le font eux-mêmes remarquer, leur silence n'a pas empêché des milliers de contestataires de se réunir lors des célébrations d'Ashura (27 décembre 2009). Mehdi Karoubi, déjà victime d'action de violence (sa voiture a été prise pour cible), a vu récemment une de ses déclarations instrumentalisées par le pouvoir. Alors qu'il mettait en garde le régime sur la responsabilité qui est la sienne dans les évènements actuels, Ahmadinejad a fait de cette déclaration une reconnaissance de sa présidence, comptant discréditer aux yeux des manifestants cet opposant pourtant téméraire. Mais Karoubi s'est empressé de corriger la méprise, soulignant que ses déclarations n'étaient en rien une reculade. Et il a réaffirmé, le 28 janvier, la faible espérance de vie qu'il prête au gouvernement.

Autant ou plus que la contestation et que les pressions internationales liées au nucléaire (même si tout est lié), la crise économique que traverse l'Iran risque en effet de lui être fatale. Pour endiguer l'inflation (plus de 15% par an et qui pourrait passer selon certains économistes à 40%), Ahmadinejad a présenté, le 24 janvier, devant le Parlement iranien, un budget draconien. La solution préconisée implique la fin totale des subventions aux produits de base (eau, gaz, essence, huile...).

Comment vont survivre les Iraniens face à cette hausse vertigineuse du coût de la vie, quand au moins 12% de la population (chiffre officiel) est au chômage? Pourquoi ne pas s'en prendre aux prêts généreusement accordés aux organisations para-étatiques qui soutiennent la politique d'Ahmadinejad, qui engloutissent des fortunes et contribuent à faire marcher la planche à billets? Sans réserve, les banques iraniennes ne peuvent plus rendrent leurs économies aux Iraniens qui tentent de les récupérer, quitte à attendre des heures dans la rue pour atteindre le guichet. Trente et un ans après, c'est à nouveau dans la rue que se joue l'avenir de l'Iran.

Paul Chami

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Image de Une: Reuters, un opposant iranien dans le centre de Téhéran, le 27 décembre 2009, pendant les affrontements avec les forces de l'ordre.

 

 

 

 

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