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Changement climatique: «La seule façon de s’en sortir est de voir les choses sous un angle positif»

Temps de lecture : 6 min

Si même Nicolas Hulot considère que le gouvernement de la septième économie mondiale ne fait pas assez pour ne serait-ce que «s’adapter» à la «tragédie climatique» actuelle, peut-on raisonnablement être optimiste quant à l’avenir de l’humanité sur Terre?

Une dose d'optimisme ne fait pas de mal: quarante-neuf pays ont déjà derrière eux leur pic d’émissions de CO2. | Thomas Hafeneth via Unsplash License by
Une dose d'optimisme ne fait pas de mal: quarante-neuf pays ont déjà derrière eux leur pic d’émissions de CO2. | Thomas Hafeneth via Unsplash License by

En 2011, dans un article consacré au changement climatique, l’hebdomadaire britannique The Economist écrivait: «Quand la réalité change plus rapidement que la théorie le prévoit, un certain degré de nervosité est une réponse raisonnable». Mardi 28 août, quand Nicolas Hulot a annoncé sa démission en direct sur France Inter, l’heure n’était plus à la nervosité. «Je n’ai plus la foi» a avoué l’ex-ministre, regrettant que ses anciens collègues du gouvernement sous-estiment, voire ignorent les défis posés par le changement climatique. Pour lui, on est encore loin du changement de système de production nécessaire afin d'endiguer la catastrophe annoncée. Sa ou son successeur, dont on attend encore la nomination, aura-t-il un regard plus optimiste sur sa mission?

En approuvant l’accord de Paris en 2015, tous les États du monde (sauf la Syrie et le Nicaragua, qui s’y sont toutefois engagés depuis) ont accepté entre autres de «renforcer la réponse globale à la menace du changement climatique» en «contenant l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels» et en «renforçant les capacités d’adaptation aux effets néfastes des changements climatiques».

Les articles sur les conséquences à moyen et long termes du changement climatique se multiplient et deviennent de plus en plus angoissants, tout comme les déclarations des spécialistes du climat. La planète a été tellement modifiée par l’être humain qu’elle serait entrée dans l’anthropocène, une nouvelle époque géologique qui commence autour de 1950, a conclu un groupe de chercheurs internationaux et pluridisciplinaires, le Anthropocene working group (AWG).

Un changement climatique en partie inéluctable

La Terre se réchauffe d’environ 0,17°C par décennie. Si rien n'est fait –et surtout si le réchauffement s'accélère– cela mènera, entre autres, à une fonte irréversible des glaces arctiques (qui réfléchissent une grande partie du rayonnement solaire et évitent à la planète de surchauffer), à une élévation du niveau de la mer (et à la disparition de nombreuses villes côtières), au dégel des terres gelées en Arctique (qui libère des gaz à effet de serre) ainsi qu’à une perturbation globale de l’écosystème terrestre.

«Le réchauffement climatique en cours est en partie inéluctable, estime Olivier Boucher, climatologue à l'institut Pierre-Simon Laplace (CNRS/Sorbonne Université). Il aura des impacts importants, mais il n'est pas non plus de nature à conduire à l'extinction de l'espèce humaine. Il faudra donc à la fois le contenir au maximum et s'y adapter. Ne pas le faire, ou le faire de manière désordonnée, engendrera des souffrances importantes, en particulier pour les plus vulnérables.»

Un effet domino

Ces derniers mois, les États-Unis ont signifié vouloir sortir de l’accord de Paris et Donald Trump a exprimé son intention de lever des restrictions sur la production de charbon pour doper l’économie américaine –malgré des effets sanitaires néfastes à court terme en raison des particules fines. L’Australie souhaite à son tour sortir de l’accord de Paris et l'ouverture de nouvelles centrales à charbon y est à l'étude. L’objectif parisien de 2°C est déjà considéré comme obsolète...

Pour couronner le tout, une étude a révélé cet été que si la température augmente de 2°C au-dessus du niveau préindustriel, un effet domino se mettrait probablement en place, qui ferait grimper encore plus le mercure. La Terre deviendrait irrémédiablement une étuve, impliquant des changements dramatiques pour tous les êtres vivants.

Avec les exemples américains et australiens (où se meurt doucement la grande barrière de corail), on peut légitimement douter de la volonté des humains à conserver leur cadre de vie sur la planète où ils sont pourtant les plus aptes à vivre. L’humanité est-elle perdue? Doit-on profiter des 200-300 ans à venir pour faire la fête, gaspiller et vivre à fond les derniers moments d’hospitalité de la Terre? Ou peut-on encore avoir une lueur d’optimisme?

«Tout n’est pas perdu»

Pour Johan Rockström, directeur du centre sur la résilience de Stockholm, tout n’est pas perdu: «La planète Terre est résiliente. Elle arrive encore à absorber une grande partie de la pression qu’on exerce sur elle. Il y a toujours des poissons en abondance dans l’océan, toujours de l’atmosphère pour absorber les gaz à effet de serre, il y a toujours de grandes forêts tropicales pour contenir l’exploitation non-renouvelable».

«Nous sommes dans une ère de schizophrénie scientifique. Il n’y a jamais eu autant d’évidences scientifiques sur les risques globaux que nous encourons, mais jamais non plus tant d’opportunités et de lumière au bout du tunnel»

Johan Rockström, directeur du centre sur la résilience de Stockholm

En septembre 2017, il s’exprimait ainsi devant des étudiants du MIT: «Nous sommes dans une ère de schizophrénie scientifique. Il n’y a jamais eu autant d’évidences scientifiques sur les risques globaux que nous encourons, mais jamais non plus tant d’opportunités et de lumière au bout du tunnel».

Johan Rockström met en évidence le fait que les questions d’écologie n'ont jamais été aussi présentes qu’à notre époque, et que les mesures visant à protéger la planète occupent une place grandissante dans l’agenda des États comme des entreprises. Avec des événements climatiques de plus en plus extrêmes, il est difficile d’ignorer que quelque chose de grave est en train de se passer. L’étude parue cet été sur la transformation de la Terre en étuve a été téléchargée plus de 360.000 fois en moins d’un mois, un vrai record.

Le moment est venu de passer à l’action

«L’Europe est consciente des problèmes écologiques, tout comme le Canada, la Chine et une partie de l’Amérique latine, assure Catherine Jeandel, océanographe au CNRS et membre de l’AWG. Les effets de l’Homme sur la nature commencent à coûter de l’argent, et, dès qu’on touche au portefeuille, ça fait bouger les gens!»

Même aux États-Unis, pays traditionnellement climato-sceptique, 73% de la population reconnaît désormais la réalité du changement climatique (90% des Démocrates, 50% des Républicains), et 60% estiment qu’il est d’origine humaine.

D’après Johan Rockström, il s'écoule généralement vingt-cinq ans entre les premiers avertissements scientifiques et les premières actions politiques y répondant. Les premiers moments de saturation terrestre ayant eu lieu au début des années 1990, il est grand temps de passer à l’action.

Garder le cap, manifester, être créatif

Reinhold Leinfelder, géologue à l’Université libre de Berlin et autre membre de l’AWG, partage cet avis: «La recherche sur l’anthropocène ne s’arrête pas au simple constat de l’impact de l’Homme sur l’environnement: nous sommes maintenant à l’ère de la responsabilité, politique, économique et sociétale. Je ne suis pas un irréductible optimiste, je vois bien les problèmes qu’il y a, les blocages au niveau politique et l’absence de prise de conscience internationale. Mais il faut garder le cap, manifester, anticiper des solutions, avoir une approche créative des choses… Cela peut être amusant, voire passionnant de trouver de nouvelles technologies et de nouvelles pistes!»

«Si nous sommes cette force géologique immense, si nous avons amené le système planétaire au bord du point de non-retour, nous devrions arriver, sur la base de nos connaissances, à faire de la Terre un système qui fonctionne pour les générations futures»

Reinhold Leinfelder, géologue à l’Université libre de Berlin

Pour les chercheurs de l’anthropocène, puisqu'il n’y a plus ou presque de nature vierge de toute activité humaine et que les humains sont devenus une force géologique, la différence entre nature et culture disparaît. L’être humain fait partie intégrante de son environnement et doit apprendre à vivre en symbiose avec lui –plutôt que de le parasiter.

Reinhold Leinfelder en est convaincu: «Si nous sommes cette force géologique immense, si nous avons amené le système planétaire au bord du point de non-retour, nous devrions arriver, sur la base de nos connaissances, à faire de la Terre un système qui fonctionne pour les générations futures. Un changement radical de façon de penser est nécessaire: tout ce que je fais, et tout ce que font les autres se ressent sur le système de la Terre. Chaque individu et chaque collectivité en porte la responsabilité».

Si pour Elon Musk la survie de l’humanité passe par une colonisation d’autres planètes, toutes et tous les scientifiques interrogés plaident pour un changement sociétal fondamental ici sur Terre. Des solutions technologiques de retrait de CO2 se développent et de nombreuses grandes entreprises investissent dans la transition énergétique. D’après l’Institut sur les ressources mondiales, quarante-neuf pays ont déjà derrière eux leur «pic» d’émissions de CO2. Et une dose d’optimisme ne fait pas de mal: «Le catastrophisme est inhibant, rappelle Catherine Jeandel. Il est essentiel de voir les choses sous un angle positif, c'est la seule façon de s'en sortir!».

Emmanuelle François Journaliste indépendante basée en Allemagne

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