Politique / Tech & internet

L'industrie de l'armement dépense des millions pour faire sa pub dans les écoles

Temps de lecture : 2 min

Pour les 4 ans et plus.

Un enfant manipule un lance-missiles, le 25 septembre 2005 à Paris, sur l'esplanade des Invalides transformée en grande base militaire pour le week-end dans le cadre des journées Nation-Défense | Damien Meyer / AFP
Un enfant manipule un lance-missiles, le 25 septembre 2005 à Paris, sur l'esplanade des Invalides transformée en grande base militaire pour le week-end dans le cadre des journées Nation-Défense | Damien Meyer / AFP

Si la culture de l'armement aux États-Unis est régulièrement pointée du doigt, l'Europe n'est pas épargnée par le lobby des fabricants d'armes et leur stratégie de communication. Celle-ci commence dans les écoles, où des millions sont dépensés chaque année par les plus grands exportateurs pour promouvoir leurs marques.

«En tant que leader mondial de l’ingénierie avancée et de la technologie, nos activités éducatives inspirent la prochaine génération d’ingénieurs à combler nos lacunes en matière de compétences. Nous investissons dans un éventail de programmes diversifiés visant à encourager plus de jeunes à étudier les matières STIM (sciences, technologie, ingénierie, mathématiques), ce qui est vital pour l'économie britannique», déclarait ainsi une porte-parole de BAE Systems –la plus grande compagnie d'armement d'Europe, basée au Royaume-Uni– pour défendre leur investissement dans les écoles.

Des programmes pour enfants de 4 ans

Un article publié par le Guardian détaille l'ampleur du phénomène: l'année dernière seulement, BAE a visité au Royaume-Uni 420 écoles pour présenter ses produits. Depuis 2005, 213.000 écoliers ont assisté à des événements organisés par l'entreprise, qui se targue d'avoir 845 ambassadeurs, dont la plupart dirigent des écoles.

«Les entreprises, qui ont entre-temps vendu des dizaines de milliards de livres d'armes à des gouvernements étrangers, y compris à ceux où les droits humains sont bafoués, sponsorisent une série d'événements scolaires lors desquels leurs marques sont affichées en évidence. En plus de cela, ils distribuent du matériel pédagogique à utiliser dans les salles de classe qui font la promotion du secteur de la défense, sponsorisent des concours et décernent des prix», rapporte le Guardian.

Actuellement, les avions de combat de BAE sont utilisés au Yémen par les forces saoudiennes, où des frappes sur des bâtiments civils ont toujours lieu. Mais les entreprises ne lésinent pas sur les moyens: récemment encore, BAE s'était payé une intervention de Maddie Moate, la célèbre présentatrice de CBeebies, une chaîne télévision ciblant un public de six ans et moins.

«Quand ces entreprises font leur promotion auprès des enfants, elles ne parlent pas de l’impact mortel de leurs armes. Beaucoup de ces entreprises tirent des profits de la guerre et ont alimenté des atrocités dans le monde entier. Les écoles sont vitales pour notre société et ne devraient jamais être utilisées comme véhicules commerciaux pour les sociétés d’armement. Il est temps que les sociétés d’armement soient expulsées de la salle de classe», a déclaré Andrew Smith, un activiste de Campaign Against Arms Trade.

Thales et les enfants

En France, Thales a inventé ses mascottes, «Raybot et Faybot», deux mignons petits robots pour promouvoir ses outils éducatifs auprès du jeune public. «L'entreprise produit des ressources pédagogiques et des plans de cours pour les enseignants, parraine Foire du Big Bang et des événements régionaux à travers le pays, et a conçu un simulateur de missiles comme “une nouvelle activité avec laquelle les enfants peuvent jouer, liée à notre travail et qui aidera à les inspirer pour envisager une future carrière dans l'ingénierie”», raconte le Guardian.

Thales est aussi le dixième armurier mondial, qui compte dans ses clients l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l'Égypte et le Kazakhstan.

Le leader français et européen de la conception de missiles, MBDA, organise quant à lui des concours de robots où des enfants doivent designer et construire un robot.

Si les professionnels de l'armement défendent ces pratiques par la nécessité de susciter de nouvelles vocations chez les jeunes –la Grande-Bretagne manque d'ingénieurs et doit souvent faire appel à des sous-traitants étrangers–, pour Andrew Smith, il faut d'abord envisager l'impact culturel que cela peut avoir: «les sociétés d’armement ne ciblent pas les écoles parce qu’elles se soucient de l’éducation. Elles le font parce qu'elles veulent améliorer leur réputation et normaliser leur business épouvantable».

Slate.fr

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