France

L'insurrection sociale aux oubliettes de l'histoire

Denis Monneuse, mis à jour le 01.02.2010 à 12 h 38

La grande manifestation du 29 janvier 2009 contre la crise était la plus importante depuis la Libération. Un an après, elle n'a laissé aucune trace.

Regardons un an en arrière. Souvenons-nous du 29 janvier 2009. Ce jour-là, entre un et 2,5 millions de Français (suivant les chiffres de la police et ceux des organisateurs) manifestaient dans la rue contre les effets de la crise économique. Il s'agissait donc de la plus grande mobilisation collective observée en France depuis la Libération. L'appel à la manifestation était lui-même inédit, puisque lancé conjointement par tous les principaux syndicats français. Un an après, qu'en reste-t-il?

La question de la rémunération des grands patrons n'est pas réglée, comme est venu le rappeler la semaine dernière le débat autour de celle de M. Proglio. Les banques ont versé en 2009 des primes et des bonus substantiels à certains de leurs salariés, les traders en tête. Les salaires des membres de la classe moyenne n'ont pas progressé de façon spectaculaire. La politique économique menée par le pouvoir exécutif n'a pas variée.

Tout ça pour ça

En outre, l'«insurrection sociale» que certains Cassandre annonçaient n'a pas eu lieu. La «radicalisation des conflits» qui était sur toutes les lèvres n'a concerné qu'une quinzaine d'entreprises. D'ailleurs, la mobilisation collective s'est essoufflée d'elle-même, la dernière grande manifestation unitaire ne réunissant qu'entre 71.000 et 150.000 personnes le 13 juin 2009, soit quinze fois moins que la première! D'où l'expression employée à l'époque de «grève de la grève». Un an après, le constat est donc accablant: la grande manifestation du 29 janvier 2009 porta peu de fruits. «Tout ça... pour ça!», aurait-on envie de dire.

La seule avancée obtenue fut la tenue d'un «sommet social» en février 2009 à la suite duquel Nicolas Sarkozy annonçait diverses mesures en faveur des plus défavorisés à hauteur de 2,5 milliards d'euros, ce qui pouvait sembler peu par rapport à d'autres pays occidentaux ou comparé au plan de relance de l'économie (26 milliards). A posteriori, ces mesures ont tout de même permis aux leaders syndicaux de sauver la face: «Il faut arrêter de faire la soupe à la grimace», proclamait ainsi François Chérèque à l'université d'été de la CFDT.

Où est le syndicalisme?

Mais le plus grave est sans doute l'état du syndicalisme français un an après. L'unité syndicale du «groupe des huit» a vécu. Au contraire, la concurrence entre les organisations n'a jamais été aussi rude, en raison des évolutions apportées par la loi sur la représentativité syndicale du 20 août 2008. Le passage de La Poste en société anonyme, qui aurait pu faire l'objet d'une mobilisation importante, semble presque passer... comme une lettre à la poste! Et la manifestation de la semaine dernière dans la fonction publique a été, de l'aveu même des organisateurs, un échec.

Autrement dit, la montagne a accouché d'une souris. Et, surtout, elle s'est affaissée. Un mouvement social d'ampleur paraît peu crédible aujourd'hui. Même sur la question des retraites, les Français semblent résignés si l'on en croit les sondages. Alors, comment sera présentée la grande manifestation du 29 janvier 2009 dans les manuels d'histoire de nos enfants? Comme le chant du cygne du syndicalisme français?

Denis Monneuse

LIRE EGALEMENT: Social: une «insurrection» qui fait pschitt!, Julien Coupat dans le texte et L'anticapitalisme est soluble dans la crise.

Image de une: Saccages à Strasbourg lors du sommet de l'Otan. Reuters

Denis Monneuse
Denis Monneuse (11 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte