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Les groupes de parents sont la seule chose qui me retienne sur Facebook

Temps de lecture : 6 min

Je suis tellement addict aux groupes de parents que je ne pourrai sans doute jamais quitter le réseau social.

Image de couverture d'un groupe de parents. | Capture d'écran via Facebook
Image de couverture d'un groupe de parents. | Capture d'écran via Facebook

Sans les groupes de parents, j'aurais quitté Facebook. Je pense sincèrement que Facebook –l'entreprise– est atroce et qu'elle ne devrait pas tirer profit de ma présence. Je n'aime pas 75% de l'expérience Facebook et je n'ai rien posté sur ma page personnelle depuis des mois. Si je n'avais pas eu d'enfant, ça fait longtemps que je serais partie.

Mais quand je suis devenue mère, ils m'ont eue. Je suis inscrite dans tous les groupes de parents que j'ai pu trouver: ceux pour les adeptes de certaines philosophies (parentalité respectueuse, Montessori, Waldorf), un groupe pour les mamans vivant dans ma région, un groupe pour les mamans vivant dans ma région qui ont des trucs à vendre, un groupe pour les gens qui veulent vendre leurs vêtements Hanna Andersson [société spécialisée dans les vêtements pour enfants, ndlr] et un groupe relativement moins caractérisable de mamans ayant à peu près le même état d'esprit et dans lequel je suis rentrée à reculons via une vieille connaissance... mais dont je ne peux presque plus me passer aujourd'hui.

Je me sens moins seule

Quand j'ouvre Facebook, je regarde mes notifications à la recherche des nouvelles publications dans mes groupes de parents. C'est là que je clique en premier. Je ne contiens pas ma joie quand je lis «Attention, je vais pondre un roman», parce que ce sont en général des posts qui vous donnent un aperçu détaillé d'une dynamique familiale rendant chèvre quelqu'un d'autre. Dans leur granularité, ils renforcent ce que j'aime le plus dans le fait d'être parent –l'idée que vous devez faire attention aux schémas quotidiens de vos interactions. Quand le problème rejoint quelque chose que j'ai déjà vécu, je me sens moins seule. Et si je ne l'ai pas encore vécu, je me sens vaguement prévenue et dès lors mieux armée le cas échéant.

D'un point de vue plus prosaïque, je sauvegarde comme une folle les posts de recommandation: que prendre en avion pour divertir un enfant de 18 mois? Des chenilles cure-pipes, une ardoise magnétique, un «faux portefeuille» rempli de cartes de visites. Est-il vraiment difficile de monter un triangle Pikler ou une table à eau? La réponse est oui, trop. Quelles sont les meilleures boîtes à bento? J'aime bien les Yumbox.

Je sais, via des témoignages, que je ne suis pas la seule utilisatrice de Facebook qui aurait mis les voiles depuis un bail s'il n'y avait pas les groupes de parents. «C'est l'histoire de ma vie!», m'a écrit un membre lorsque j'ai demandé sur Slate Parenting, notre groupe Slate.com dédié à la parentalité (oui, c'est ironique), s'il y avait des gens qui auraient quitté la plateforme s'ils n'avaient pas d'enfant à élever. «Solidarité», a commenté un autre utilisateur. Un temps, Facebook a eu une application spéciale groupes, mais elle a été supprimée voici environ un an. Peut-être, comme l'a supputé Karissa Bell de Mashable, parce que cela incitait trop «les gens à utiliser le réseau social sans jamais mettre les pieds sur le site principal». Un temps béni pour bien des membres de notre groupe, dont ils et elles se souviennent avec un petit pincement au cœur.

Pépites sociologiques

Qu'est-ce que ces groupes ont de si spécial? Qu'est-ce que j'y trouve que je ne trouve pas ailleurs sur internet ou IRL? On me dit que je devrais lire les forums Reddit ou les commentaires de tel ou tel blog que j'apprécie. En juin dernier, dans sa chronique parentalité, Carvell Wallace répondait à la question d'une lectrice sur le sujet. Mon collègue n'y allait pas par quatre chemins et lui expliquait qu'un déserteur de Facebook pouvait très bien créer d'autres espaces de discussion pour parents –des listes de diffusion, des groupes Google ou Yahoo, ou tout simplement prendre son téléphone pour organiser des réunions dans son coin.

Ce dernier conseil m'a fait penser à un univers parallèle. À quoi ma parentalité aurait-elle bien pu ressembler si je n'avais pas du tout eu accès à internet? J'ai deux frères et sœurs et sept cousins au premier degré qui sont tous nés avant l'arrivée d'internet. J'ai demandé à mes parents, tantes et oncles comment ils avaient fait pour obtenir des conseils éducatifs à l'époque, et ils m'ont parlé de la crèche, de pédiatres de confiance, de membres de la famille qui avaient déjà des enfants, d'experts en éducation ou en médecine, ou de livres comme ceux du pédiatre T. Berry Brazelton ou de la psychologue Louise Bates Ames. Soit des recommandations aussi basiques qu'accessibles, et globalement déstressantes. Mes proches sont tombés des nues quand je leur ai raconté ce qui peut se dire sur mes groupes de parentalité. «Quand je vois tous les sujets qui t'occupent pour élever J., m'écrit ainsi ma tante, je me dis que ça ne m'a jamais effleuré l'esprit.» Ce que mon oncle confirme: «Aucun de nous n'était du genre à s'inquiéter outre mesure et notre parentalité était davantage naïve qu'hasardeuse». Mes cousins partaient à l'école avec leur déjeuner dans un sac en papier et non pas dans des boîtes à bento étanches et tout s'est bien passé.

Je vais toujours voir les commentaires traitant des deux plus grosses guerres actuelles, alors que ces questions ne me concernent plus.

Parfois, je me dis que je reste sur ces groupes parce que j'aime bien tout leur cinéma. Comme l'écrivait Meaghan O’Connell sur The Cut il y a quelques années, ces groupes de parents nous obsèdent tellement que c'en est presque un vice de les consulter. Une dynamique décrite par O’Connell en ces termes: «Ce sont des communautés constituées (globalement) de femmes, plus ou moins perdues, et qui essayent de s'aider les unes les autres. Elles sont vulnérables, parfois complètement dépassées, et alternent entre la condamnation sans appel et la compassion totale au sein d'un même fil de commentaires». C'est vraiment le cirque et je n'arrive pas à m'en défaire.

Pour quiconque s'intéresse à la manière dont les savoirs se transmettent d'une personne à l'autre et dont les cultures se construisent autour de croyances communes, les groupes de parents sur Facebook et leurs commentaires sont des pépites sociologiques. Ajoutez un investissement personnel pour les contenus des conversations et vous m'avez perdue. Je vais toujours voir les commentaires traitant des deux plus grosses guerres actuelles: le sein ou le lait maternisé et l'entraînement au sommeil ou une vie de zombie parce que c'est ce que vous êtes, un monstre contre-nature. Et ce, alors que ces deux questions ne me concernent plus directement.

Dangereux d'en partir

Après, je pense que c'est réducteur et probablement sexiste de voir les groupes de parents sur Facebook comme un endroit où les mamans passent le temps à cancaner et à juger leurs congénères. Être parent, c'est un mélange de travail émotionnel et de bonne grosse logistique et c'est ce que reflètent les membres de ces groupes. Pour certaines femmes qui ont complètement migré leur communauté de parents sur Facebook, l'idée de partir de la plateforme est un luxe pour quiconque n'a pas eu le bonheur d'être tout à la fois le chef de projet, le directeur de recherche et le chef de quart d'une famille. C'est ce que m'a dit Kelsey Gable sur le groupe de parents de Slate.com. «Comment “quitter” Facebook quand c'est votre source de conseils parentaux, de triage médical, de coordination scolaire, de communication familiale et de planification d'événements? La réponse est probablement: avoir une femme qui fait tout cela pour vous grâce à son compte Facebook.»

L'ampleur de Facebook signifie aussi que lorsque vous êtes confronté à une difficulté imprévue dans votre métier de parent, le réseau social vous permet de trouver l'aiguille dans la botte de foin susceptible de vous sauver la vie. Comme l'a récemment écrit Lillyth Quillan sur The Atlantic, mère d'un enfant atteint d'un trouble des conduites, Facebook a été le seul endroit qui lui a permis de trouver d'autres parents dans sa situation. Et l'empathie n'est pas le seul bénéfice à en tirer. Vous pouvez aussi trouver des informations médicales ou juridiques des plus précieuses. Megan Sapp Nelson, mère d'une famille d’accueil et membre de Slate Parenting, écrit: «Je crois que ça serait un peu dangereux de quitter Facebook car je ne sais pas où je pourrais sinon trouver aussi rapidement des informations qui me sont nécessaires (surtout en tant que famille d'accueil)». Leighann Garcia abonde dans ce sens: «Ma fille a eu beaucoup de problèmes médicaux (parce qu'elle était une grande prématurée) et je suis du même avis!».

Avant internet et, en particulier, avant Facebook, si vous étiez confronté à un problème inhabituel que personne dans votre entourage immédiat ne connaissait, c'était la poisse, vous étiez isolé. Et vous étiez aussi mal barré si votre style d'éducation n'était pas approuvé par votre communauté. Par exemple, sur les groupes de parentalité respectueuse, j'ai lu des centaines de posts de parents décrivant comment leur famille et leurs amis ou amies ne comprennent pas qu'ils ne passent pas par des punitions conventionnelles pour faire assimiler la discipline à leurs enfants. Sur Slate Parenting, Adriana Alejandro Santos écrit: «J'habite dans un tout petit village et ces groupes de parentalité ont été d'une aide inestimable […] C'est pour cette bénédiction et cette malédiction que j'adore et que je déteste Facebook».

Rebecca Onion Journaliste

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