Société

Il faut changer de monde, et vite

Temps de lecture : 4 min

[BLOG, You will never hate alone] Nul besoin d'être un écolo exalté pour se rendre compte que nous faisons collectivement fausse route mais sommes-nous seulement capables de changer de paradigme? Rien n'est moins sûr.

Flickr/Konstantinos Mavroudis-Air polution
Flickr/Konstantinos Mavroudis-Air polution

C'est peu de dire que le monde ne tourne plus très rond. On pourrait même dire qu'il se précipite dans les abysses avec une telle rage que si nous n'y prenons garde, si nous ne nous ressaisissons pas, là, maintenant, de suite, il risque d'échapper à tout contrôle au point d'entraîner notre chute. Oui, aussi étrange et incongru que cela puisse paraître, d'une certaine manière, nous en sommes rendus à ce point de bascule, où tout est en train de se décider.

Il n'a pas fallu attendre l'intervention de Nicolas Hulot pour en prendre conscience mais sa sortie de l'autre jour aura au moins eu ce mérite: nous sommes en train de perdre la bataille de l'avenir. Nous avons tant sollicité cette planète, nous avons tant puisé dans ses richesses naturelles, nous avons tant profité et abusé de ses largesses pour satisfaire des besoins qui font de moins en moins sens que la terre ahane sous nos coups de boutoirs répétés; elle suffoque, elle se cabre, elle craquelle et arrivera le moment où à force d'être ainsi maltraitée, elle jettera l'éponge et, faute de munitions, renoncera à nous servir.

Folie consumériste

Plus rien ne fait sens dans ce monde qui se délite à vitesse grand V. Imperturbables, nous continuons à aller dans nos vies comme si de rien n'était, vaincus par la force de l'habitude. Nous ne voulons renoncer à rien ni à notre mode de vie ni à notre folie consumériste et ce faisant, avec l'aplomb suicidaire du soldat qui monte au front sans fusil ni canon, aussi sûrement que nos étés deviennent de plus en plus chauds, nous courons à notre perte. Nous continuons à nous engraisser, nous continuons à nous pourvoir en bien de consommation aussi inutiles que futiles, nous continuons à courir derrière la chimère d'un progrès qui depuis bien longtemps a cessé d’œuvrer pour le bien commun, préférant se consacrer à l’appétit de quelques capitalistes voraces et bien souvent véreux, obsédés par l'idée de rentabilité.

À force, nous sommes devenus obèses. Nous sommes devenus hideux. Nous sommes devenus monstrueux. S'il nous restait un soupçon de lucidité, nous nous ferions honte. Nous n'avons plus aucun projet en commun, nous allons chacun dans notre coin, sourd à la misère de nos voisins; nous nous rapetissons sur nous-mêmes et bientôt, sous le poids combiné de nos égoïsmes, de nos lâchetés et de nos renoncements, nous crèverons comme des charognards dont personne ne pleurera la disparition. Nous ne valons plus rien si ce n'est le poids de nos portefeuilles qui nous servent à acheter des voitures, des écrans plats, des téléphones, des enceintes connectées, des consoles de jeux, tout ce fatras de la modernité qui se montre incapable de parler à nos cœurs et à nos âmes.

Nous ''netflixons'', nous ''facebookons'', nous ''tweetons'' à tout-va comme des automates décérébrés qui auraient perdu tout contact avec le monde réel: nous avons perdu le fil de nos aspirations profondes et, aveugles, nous errons dans des atmosphères viciées, polluées, saturées de fumées échappées de nos cœurs emmurés. Nous ne savons plus comment vivre. Jour après jour, nous subissons la loi de marchands peu scrupuleux qui, avec le consentement de nos gouvernants, parfois même avec leurs encouragements, continuent à nous vendre de la saloperie en boîte que nous ingurgitons comme des bêtes affamées et sans conscience, incapables que nous sommes de changer nos modes de consommation. Plus rien n'a de goût, de saveur, de parfum d'authenticité. Tout est faux, tronqué, corrompu, répétition de vieilles habitudes qui si un jour ont eu quelque utilité concourent désormais à notre perte.

Avachissement de la pensée

Nous avons tellement soif de fraîcheur, de pureté, de renouveau, de lumière, de légèreté, mais sitôt que ces demandes ô combien légitimes risquent de mettre en danger notre bon vieux confort occidental - cet avachissement de la pensée qui va de pair avec le rétrécissement de nos cœurs - nous y renonçons aussitôt et nous nous empressons de perpétuer un mode de vie qui nous tue à petit feu. Nous sommes inexcusables. Nous sommes rattrapés par nos vieux démons, par notre léthargie, par notre paresse, par notre incapacité à prendre en main notre destin, et si de temps en temps nous râlons, nous soupirons, nous protestons c'est pour mieux, dans la minute suivante, nous précipiter à la pompe à essence remplir le réservoir de nos illusions défuntes.

Nous disparaissons.

Confusément, nous sentons bien que nous faisons fausse route. Face aux dérèglements successifs que nous subissons, nous avons parfois comme des sursauts, des étranglements d'indignation, des poussées d'urticaire mais que pèsent-elles face à la marche du monde, à la dictature des marchés, à l'appétit de lobbys industriels qui ricanent de nos états d'âmes, assurés qu'ils sont que, tôt ou tard, vaincus par nos addictions innombrables, nous rentrerons dans le rang pour mieux acheter leurs derniers produits.

Surtout, nous devenons de plus en plus bêtes, de plus en plus grossiers, de plus en plus vulgaires, de plus en plus méchants, pleins de petites haines recuites qui nous saturent le cerveau de leurs graisses épaisses, et si nous vivons plus longtemps, ce n'est point pour devenir poète de nos vies, mais pour mieux étrangler cette part d'humanité qu'il nous restait encore.

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Et pendant que brûle la maison, des chasseurs s'invitent dans les palais de la République sous les yeux d'un Président qui jamais ne nous aura paru aussi vieux, aussi périmé, aussi peu en accord avec les enjeux de notre époque.C'est dire si l'heure est grave.

Laurent Sagalovitsch romancier

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