Politique

La popularité de Macron chancelle, les oppositions en profitent-elles?

Temps de lecture : 7 min

Si les mois à venir s’annoncent délicats pour le président de la République, les complications internes aux différents partis d'opposition pourraient freiner leurs efforts pour s'imposer.

Emmanuel Macron à Copenhague (Danemark), le 29 août 2018 | Ludovic Marin / AFP
Emmanuel Macron à Copenhague (Danemark), le 29 août 2018 | Ludovic Marin / AFP

Emmanuel Macron entre dans le dur. Le président de la République entame la deuxième année de son quinquennat avec une popularité en chute.

Le lendemain de la publication d'un sondage de rentrée réalisé par l'institut Ifop les 23 et 24 août pour Le Journal du dimanche, qui lui attribuait une cote de 34% –soit un recul de cinq points par rapport à juillet, un autre sondage Viavoice pour Libération lui donnait le 26 août une cote de 35,7% –contre 37% le mois précédent.

Le cas Hulot

Autre revers de taille pour le chef de l'État, la démission de Nicolas Hulot, ministre d'État chargé de la Transition écologique et solidaire.

Lors de son interview à France Inter, Nicolas Hulot s'est non seulement défait de ses responsabilités gouvernementales mais a peut-être également acté son abandon de la vie politique, renonçant ainsi à des ambitions que d'aucuns espéraient lui voir assumer dans les années à venir –et notamment à l'occasion de la prochaine élection présidentielle de 2022.

En manque depuis des années d'une figure de leader charpentée politiquement et reconnue sur le plan populaire, les écolos d'Europe Écologie Les Verts (EELV) espéraient pouvoir enfin sortir de l'ornière grâce à Nicolas Hulot. Peine perdue, il quitte la politique –un monde qui lui est tellement étrange et étranger qu'il n'aurait probablement jamais dû y entrer.

Les larmes de crocodile d'une partie de ses ex-camarades, qui lui avaient pourtant barré la route au profit d'Eva Joly lors de la primaire écolo pour la présidentielle de 2012, illustrent parfaitement l'hypocrisie de ce petit milieu.

Pour rebondir et tenter de regagner l'opinion publique, le président de la République va devoir trouver un ou une remplaçante à son ministre de la Transition écologique et solidaire et probablement mettre en place une nouvelle architecture gouvernementale, ce qui ne va pas être une mince affaire au moment où, justement, il entre dans une période de turbulences.

Dossiers explosifs

Les sujets et les angles d'attaque ne manquent pas pour les oppositions. Que ce soit le ralentissement de la croissance économique, les restrictions budgétaires, l'encadrement à 0,3% de la hausse des retraites, la fin du cheminement de Parcoursup et la rentrée universitaire, les fronts vont se multiplier pour le pouvoir.

D'autant que Les Républicains de Laurent Wauquiez et les insoumis de Jean-Luc Mélenchon ont également bien l'intention de raviver la flamme de l'affaire Benalla, sur laquelle la commission d'enquête du Sénat, animée avec une certaine pugnacité par le président de la commission des lois Philippe Bas, va à nouveau se pencher.

Et il ne faut pas oublier les discussions à venir sur la mise en œuvre de la réforme de la SNCF, que la CGT et SUD-Rail vont ponctuer de grèves, après l'échec de leur mouvement de contestation du printemps dernier.

De toute évidence, Macron a fini de manger son pain blanc. C'est généralement le lot des présidents de la République après une année de pouvoir. Mais le séisme qu'avait provoqué son élection inattendue en 2017 avait laissé toutes les oppositions KO debout pendant un long moment.

Celui-ci a été brusquement interrompu, à la mi-juillet, par la révélation des divers débordements violents, illégaux et incontrôlés d'Alexandre Benalla, chargé de mission à l'Élysée, en marge des manifestations du 1er mai. Cette séquence, que les oppositions ont présentée comme une affaire d'État, a écorné l'image du président et provoqué la suspension de l'examen de la réforme des institutions au Parlement.

Fidélité de son socle électoral

Pour autant, Emmanuel Macron a encore des atouts dans son jeu. Son socle électoral de la présidentielle reste solide. Selon un sondage Elabe pour BFMTV des 21 et 22 août, une majorité de ses électeurs et électrices du premier tour lui font confiance pour mener à bien l'ensemble des huit chantiers de la rentrée (de 64% à 84%): prélèvement à la source, réforme des institutions, réforme des lois bioéthique, réforme de l'assurance chômage, réduction des déficits, transformation du système de santé, réforme des retraites et plan pauvreté.

Si 20% des personnes ayant voté pour Macron à la présidentielle se déclarent déçues, 32% se disent satisfaites et 48% restent dans l'expectative

Près de quinze mois après son élection, son image auprès de ce même électorat reste très bonne, malgré une légère dégradation, note l'institut de sondage, qui a testé différents items: «autoritaire», «dynamique», «veut vraiment changer les choses», «vous inquiète», «capable de réformer le pays», «sympathique», «respecte ses engagements», «honnête», «capable de rassembler les Français», «comprend les gens comme vous».

Et son image reste également relativement bonne auprès des électeurs et électrices de François Fillon, relève encore Elabe: seuls deux items sont inférieurs à 50%, en subissant une forte baisse («capable de rassembler les Français» à 32% et «comprend les gens comme vous» à 22%).

Si 20% des personnes ayant voté pour Macron à la présidentielle se déclarent déçues, 32% se disent satisfaites et 48% restent dans l'expectative. Cette attente, qui est l'un des paramètres dominants des enquêtes d'opinion concernant le chef de l'État depuis de nombreux mois, se décèle également parmi l'électorat de Fillon, qui sont 43% dans cet état d'esprit (contre 41% qui font part de leur déception).

Bénéfice du doute

Pour une partie non négligeable de l'opinion, le président de la République a ainsi encore droit au bénéfice du doute, plus d'un an après son élection.

Cette donnée tend à s'opposer aux affirmations des leaders des différentes oppositions, qui martèlent que les Français et Françaises se sont maintenant fait une opinion définitive –et négative– sur la vraie nature du macronisme.

Cette analyse paraît d'autant plus fragile que le macronisme, justement, demeure une doctrine restant à définir –si tant est qu'il s'agisse vraiment d'une doctrine au sens dogmatique du terme, comme le conçoivent les partis politiques traditionnels. Il serait probablement plus approprié de parler d'un pragmatisme politique à géométrie variable.

Cette façon d'aborder les enjeux politiques correspond mieux à une sensibilité dominante dans l'opinion et elle trouve son prolongement dans l'évolution interne des principaux partis d'opposition.

C'est l'un des atouts de Macron: si sa popularité chancelle, les différentes forces d'opposition en tirent-elles vraiment profit? La question mérite d'être posée: les dirigeants de partis adversaires du président voient se profiler, au sein même de leurs formations et de façon plus ou moins précise, une opposition interne présentant un danger pour eux.

Pécresse, le caillou dans la chaussure de Wauquiez

La plus visible se trouve chez Les Républicains, où Valérie Pécresse se présente ouvertement comme une alternative à Laurent Wauquiez. Face à la droitisation extrême du patron de la droite parlementaire, qu'elle juge «populiste», la présidente LR de la région Île-de-France et sa mouvance Libres! opposent la voie d'une droite «populaire».

Celle qui a le soutien de barons régionaux comme Xavier Bertrand ou Christian Estrosi a grillé la politesse à Wauquiez en rassemblant le 24 août ses partisanes et partisans à Brive-la-Gaillarde (Corrèze), soit deux jours avant la traditionnelle ascension du Mont Mézenc signant depuis 2012 la rentrée annuelle de Wauquiez sur la scène politique.

Adversaire affichée de l'extrême droite et franchement pro-européenne, Pécresse met en évidence les lignes de fracture traversant la droite française. Elle reproche implicitement à Wauquiez de ne pas être très clair sur ces deux thématiques.

Il est certain que la ligne libérale de l'ancienne ministre de Nicolas Sarkozy est minoritaire au sein de Les Républicains, mais elle n'en constitue pas moins un obstacle dont le chef du parti se serait volontiers passé dans sa quête d'unité interne.

Mélenchon marqué à la culotte par Ruffin

Une autre opposition interne prend corps dans les rangs de la France insoumise. Par petites touches successives, François Ruffin trace les contours d'une alternative à Jean-Luc Mélenchon.

En mai dernier, celle-ci a surtout pris la forme d'une rivalité, à l'occasion de «La fête à Macron» organisée par des amis du député insoumis de la Somme –dont l'économiste et sociologue Frédéric Lordon. En interne, ces derniers reprochent à l'appareil LFI d'avoir tiré la couverture au profit unique de l'ancien candidat insoumis à la présidentielle.

Ruffin, qui donne parfois l'impression de tenir Mélenchon à longueur de gaffe et concurrence le chef de file des insoumis avec sa propre chaîne YouTube, a récemment donné une autre illustration de cette prise de distance.

Évoquant des vacances avec ses enfants, Ruffin a décliné l'invitation aux Amphis d'été de la France insoumise, qui se sont tenus du 23 au 26 août Marseille. En interne, il se disait que l'événement marquait d'abord le coup d'envoi de la troisième campagne présidentielle au long cours de Mélenchon.

Faure sous la surveillance de Hollande et Le Foll

Le Parti socialiste n'est pas non plus épargné par cette course interne au leadership. Il y a bien sûr l'ombre pesante de François Hollande, qui profite de son tour de France promotionnel pour son livre Les leçons du pouvoir afin d'entretenir le flou –comme dirait son ancienne rivale Martine Aubry– sur un hypothétique retour en politique à l'occasion de la présidentielle de 2022.

Un souhait qu'expriment 44% des sympathisantes et sympathisants socialistes, selon un sondage Ifop pour le Figaro publié à la mi-août, mais seulement 17% des Français et Françaises –ce qui n'est pas un score tout à fait ridicule.

Face à Olivier Faure, nouveau patron du PS investi au 78e congrès du parti le 27 avril mais qui reste largement inconnu de l'opinion, la menace vient surtout de l'ancien ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll.

Rival malheureux de Faure au poste de premier secrétaire, il bénéficie d'une aura médiatique qui fait défaut à Olivier Faure, mais il souffre d'une proximité avec Hollande qu'il s'applique à atténuer –en reprenant implicitement une formule popularisée naguère par Laurent Fabius quand il évoquait François Mitterrand: «Lui, c'est lui, et moi, c'est moi».

Recomposition inachevée

Reste le Rassemblement national, où l'opposition interne la plus visible a déjà éclos et explosé en plein vol. Le divorce de Florian Philippot et Marine Le Pen n'a pas donné les résultats qu'en escomptait certainement l'ex-numéro 2 du parti: son mouvement, Les Patriotes, végète et fait des scores marginaux dans les consultations partielles.

Loin d'avoir embarqué avec lui de nombreux cadres, comme l'avait fait Bruno Mégret lors de la scission de 1999, Philippot a plutôt démontré que la troupe était maigre derrière lui. Sans compter qu'il a d'ores et déjà perdu sa propre numéro 2, la députée européenne Sophie Montel, ex-FN.

À l'aune des rivalités internes –naissantes ou endémiques– dans les partis d'opposition et des ruptures marginalisées, dans lesquelles il faudrait inclure celle de Benoît Hamon avec la création de Génération.s, il apparaît que la recomposition du paysage politique n'est pas encore achevée.

Ces chantiers vont subsister, et probablement s'approfondir pour certains d'entre eux, pendant la campagne des élections européennes. Cette instabilité là, pour le coup, n'est pas une mauvaise nouvelle pour Macron, si son propre mouvement présidentiel, la République en marche, est épargné par les tensions internes.

Olivier Biffaud Journaliste

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