Politique / Économie

Démission de Nicolas Hulot: l'écologie et l'économie sont sur un bateau...

Temps de lecture : 5 min

Le départ de Nicolas Hulot ne remet pas seulement en cause l'action du gouvernement, mais aussi le modèle économique qui prévaut à l'échelle mondiale. Et c'est une autre affaire.

Nicolas Hulot à Marseille, le 18 mai 2018 | Bertrand Langlois / AFP
Nicolas Hulot à Marseille, le 18 mai 2018 | Bertrand Langlois / AFP

Nicolas Hulot a eu raison d'entrer au gouvernement, et il a eu raison d'en sortir au bout de quinze mois. Ce départ et les raisons qui le motivent peuvent faire réfléchir et, finalement, avoir plus d'impact qu'un maintien au pouvoir dans des conditions décevantes.

Pour les adversaires politiques d'Emmanuel Macron et les écologistes pur jus, il s'agit d'un aveu d'échec et, qui plus est, d'un scénario prévisible: l'engagement de l'ancien banquier d'affaires dans le combat pour l'écologie n'a jamais été très sincère, et l'ex-animateur de télévision n'aurait jamais dû se laisser entraîner dans cette aventure gouvernementale.

Défi tentant

Il est vrai que la partie n'était pas gagnée d'avance, mais il était tentant de relever le défi. En dépit de ses réticences envers l'entrée en politique, Nicolas Hulot se devait de tenter sa chance. Avec un homme neuf comme Emmanuel Macron, qui avait su échapper à la pesanteur des appareils politiques, il pouvait penser que c'était le moment.

Pour celles et ceux qui l'auraient déjà oublié, rappelons que dès le quatrième paragraphe de son programme électoral, le candidat Macron écrivait: «Le changement climatique nous oblige à repenser notre organisation et nos modes de vie.» Et à la dixième page, dans un chapitre intitulé «Inventer un nouveau modèle de croissance», il précisait sa pensée: «Changer le travail et l'entreprise ne suffit pas. L'essentiel est de changer notre rapport à l'écologie et à l'environnement. [...] Surtout, c’est une question d’approche et de volonté: nous avons toutes les ressources pour changer ce qui doit l’être, et ne plus continuer comme avant, pour surmonter le poids des lobbies».

Le président nouvellement élu semblait prêt à appliquer son programme: Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire avec le titre de ministre d'État, apparaissait en troisième position dans la hiérarchie gouvernementale, alors que Bruno Le Maire, ministre de l'Économie et des Finances, ne figurait qu'en neuvième position.

Le geste était peut-être symbolique, mais le symbole était fort. La cause environnementale n'était plus un dossier parmi d'autres: c'était une préoccupation forte, qui devait se traduire en pratique dans tous les domaines de la politique menée par le gouvernement.

Nicolas Hulot et Emmanuel Macron à l'Élysée, le 5 septembre 2017 | Philippe Wojazer / Pool / AFP

Combat sociétal

Pourtant, il aurait fallu être naïf ou réellement stupide pour croire que les choses allaient complètement changer du jour au lendemain. Dans les minutes qui ont suivi l'annonce de la démission de Nicolas Hulot sur France Inter, tous les médias ont fait le compte des «échecs» et des «succès» du ministre, les premiers l'emportant largement sur les seconds.

Assurément, la réalité n'a pas été à la hauteur des espérances. Mais est-ce vraiment surprenant? Nicolas Hulot a d'ailleurs eu l'intelligence de ne pas se montrer excessivement sévère envers le président de la République ou le Premier ministre.

Sans doute, comme beaucoup d'électeurs et électrices sensibles aux questions écologiques, a-t-il été déçu par les arbitrages du président, sans doute aussi a-t-il été agacé par le poids des lobbies qu'Emmanuel Macron candidat dénonçait durant la campagne électorale. Mais il a mis l'accent sur un point essentiel: sa solitude, non seulement au sein du gouvernement, mais également au sein de la société.

Ainsi le débat est porté au niveau où il doit l'être: le combat écologique n'est pas seulement l'affaire du gouvernement, il nous concerne tous et ne peut être mené que s'il est soutenu de façon claire et déterminée par la majorité de la population.

De ce point de vue, la réaction de certains responsables politiques de gauche, comme Jean-Luc Mélenchon, sans être surprenante, est pour le moins décevante.

On reste en plein dans le marigot politicien. Un homme politique issu de la vieille droite classique comme Alain Juppé a réagi beaucoup plus intelligemment.

Car c'est bien à cela que Nicolas Hulot nous invite: à réfléchir et à changer. Et ce n'est pas le plus facile.

Arbitrages à sens unique

Dans son discours d'investiture, le 14 mai 2017, Emmanuel Macron a réaffirmé sa volonté de participer à la lutte contre «les excès du capitalisme mondial». Quand bien même tiendrait-il cette promesse au cours de son quinquennat, ce ne serait pas suffisant: il n'est pas seulement question d'excès, mais de l'orientation même de nos sociétés.

Le libéralisme n'est pas seul en cause; le communisme repose sur les mêmes bases. Dans un cas comme dans l'autre, le progrès est jugé inséparable d'une croissance perpétuelle. Dès que la croissance ralentit, nos systèmes économiques et sociaux commencent à vaciller. Et si jamais la production chute, c'est le drame.

Comme nous l'avons évoqué à propos d'un projet de mine d'or en Guyane, il existe des cas où des choix difficiles sont à faire entre la croissance économique et l'environnement. Emmanuel Macron, pratiquement toujours, privilégie la première.

Tous les gouvernements dans le monde font de même, avec le soutien de la population –qui peut déplorer le réchauffement climatique, le recul de la biodiversité ou la pollution des océans, mais craint davantage encore le chômage et les baisses de revenus.

Nouveaux modèles économiques

Certaines et certains estiment qu'il n'y a pas de contradiction entre économie et écologie, et que les nouvelles technologies peuvent permettre d'atteindre tous les objectifs en même temps. C'est évidemment un refus de voir la réalité en face. Cette tentative de repeindre en vert le vieux monde est vouée à l'échec: des innovations arrivent tous les jours et l'environnement n'arrête pourtant pas de se dégrader.

Il n'est pas possible d'agir de façon efficace au nom de la défense de l'environnement si l'on n'a pas autre chose à proposer à ses concitoyens et concitoyennes qu'une montée du chômage ou un recul du pouvoir d'achat –on le voit bien avec la fiscalité «verte» sur les carburants: cela ne passe pas. Ou alors, il faut des mesures d'accompagnement. Bref, nous avons un besoin urgent de nouveaux modèles économiques et d'une autre conception du progrès.

Nicolas Hulot a posé la question sur France Inter: «Ai-je une société structurée qui descend dans la rue pour défendre la biodiversité? Ai-je une formation politique?» Il a également souligné le problème posé par celles et ceux qui refusent tout, le nucléaire comme les éoliennes.

Pour l'instant, entre les soutiens de notre déjà vieux modèle économique, à peine rajeuni à coup de start-ups et de produits verts, et les adversaires au développement économique sans rien proposer de sérieux en face, il ne se passe pas grand-chose.

Nicolas Hulot aura réussi son départ s'il provoque un choc dans l'opinion et s'il déclenche une réflexion sur ce qui doit être fait à tous les niveaux. En ce sens, il n'a pas fini son travail: on attend maintenant de sa fondation qu'elle lance des pistes de réflexion, qu'elle suscite un large débat entre économistes, spécialistes de l'écologie, sociologues, urbanistes..., qu'elle propose des solutions nouvelles et qu'elle nourrisse la réflexion des partis politiques.

Car il est clair que l'écologie est politique: on ne peut modifier notre rapport à l'environnement sans modifier l'organisation de la cité. Mais cela ne veut pas dire que l'écologie doit être l'apanage d'un seul parti, bien au contraire.

Gérard Horny Journaliste

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