Monde

«Il y a eu des morts et la peur a pris le dessus»

Temps de lecture : 3 min

La jeunesse européenne ne croirait plus en la politique... Vraiment? Loïc, Tchane, Lorenzo ou Fanni sont des jeunes Européennes et Européens qui se sont mobilisés, ont occupé des places publiques ou construit des barricades et redonné un coup de jeune aux utopies.

L'été, l'Europe | Marie Dubois pour Foule Continentale / France Inter
L'été, l'Europe | Marie Dubois pour Foule Continentale / France Inter

Cet été, Slate s'associe à France Inter pour parler et faire parler de la jeunesse européenne. Six épisodes, six podcasts, six séries de rencontres. Voici le cinquième.

Il y a des dates «qui restent». Pour Loïc c’est le 15 mai 2011. À Grenade en Espagne, il a confectionné des banderoles de fortune et même planté une tente sur la Plaza del Carmen. Loïc fait partie de ces centaines de milliers d’Espagnoles et Espagnols, «Indignés» par les vieilles magouilles politiques de leur pays et les mesures d’austérité présentées comme l’unique remède à un pays qui compte, cette année-là, 15 millions de chômeurs et chômeuses. D’indigné, il est devenu jeune dirigeant pour Podemos. «En 2011, quand je quittais ma place et que je voyais les gens continuer à faire leurs courses, je me suis dit qu’il y avait deux mondes.»

Mais il a bien fallu quitter la Plaza del Carmen, et «convertir l’indignation en changement politique», c’est ce que promettaient les fondateurs de Podemos, trois ans plus tard. Podemos est arrivé en quatrième position aux élections européennes de 2014 en Espagne. «Au début, Podemos avait un discours très transversal, maintenant nous sommes dans un discours de gauche.» Même si le parti a dû se plier au jeu de l’échiquier politique, Loïc est quand même fier d’avoir mis fin à des décennies de bipartisme en Espagne. Et d’avoir inspiré d’autres barricades aussi.

Lorenzo, l'engagement citoyen

Le mouvement du 15-M a fait des petits, en Amérique ou en Europe. Depuis les États-Unis, où il passait une partie de son enfance, Lorenzo raconte s’être senti fier des valeurs humanistes européennes.

Aujourd’hui, cet Italien milite pour un mouvement politique paneuropéen très à gauche lancé en 2015, DiEM25, dont l'un des leaders est Yánis Varoufákis, ex-ministre grec des Finances. «Depuis le début de la crise financière, les initiatives citoyennes sont plus nombreuses. Il y a des nouveaux mouvements politiques qui émergent en-dehors des partis politiques. Surtout à l’échelle de la ville, de Zagreb à Berlin.» Des initiatives parfois ultra-locales qui, selon lui, permettent de percevoir rapidement les résultats d’un engagement citoyen. «On peut faire évoluer les politiques sans pour autant être au pouvoir.» Donner une impulsion.

Tchane, l'embrasement

Cette énergie-là, celle de la force collective, Tchane l’a aussi ressentie. En Turquie. Il s’oppose à la construction d’un centre commercial à la place d’un parc. Et tout s’embrase. C’était en 2013. «Au tout début je pensais que c’était un mouvement comme les autres. C’était le seul parc qui nous restait dans le coin. Ça a été crescendo», dit-il. La répression ne se fait pas trop attendre, «la police lançait des gaz même dans les supermarchés». Avec le mouvement de Gezi, Tchane s’est politisé. «Il y a eu des morts et la peur a pris le dessus. Là, j’ai vraiment connu la violence de la rue.»

Fanni, l'énergie brûlante

«De l’échelle d’un village à celle de l’Union européenne, l’espace politique est commun. On peut faire des allers-retours», affirme Lorenzo. Un après-midi de février, en 2014, Fanni a, elle, fait un détour inhabituel en rentrant de la faculté. Elle s’est arrêtée au métro «Maidan Nezalezhnosti». D’abord méfiante, elle a souhaité comprendre ce début de révolution qui touche son pays, l’Ukraine. «Je suis restée une heure.»

Plus tard, avec des milliers d'autres jeunes Ukrainiens et Ukrainiennes pro-européennes, elle a occupé la place de l'Indépendance pour protester contre le gouvernement pro-russe. «Je ne voyais pas de violence, mais une énergie brûlante comme de la lave.» Aujourd’hui, son pays connaît toujours le front armé, mais elle reste convaincue qu’occuper Maidan était dans l’ordre des choses. «Même si cela touche 5% de la population, cela change les choses au niveau de l'énergie, cela insuffle une dynamique. Je suis satisfaite du résultat de cette révolution.»

Un cinquième épisode, à écouter en longueur sur France inter.

Victoire Faure Journaliste. Grandes ondes et petites histoires

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