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Tout porte à croire que le foot féminin va exploser dans les prochaines années

Temps de lecture : 4 min

Les matchs de la Division 1 sont désormais diffusés par Canal+, avec un dispositif offrant une visibilité inédite au football féminin. Et ce n'est sans doute que le début.

Lucy Bronze et Sandy Baltimore lors du match PSG-Lyon de D1 féminine du 18 mai 2018 à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines) | Franck Fife / AFP

La première division du football féminin français a repris le 25 août. Sont notamment attendus pour cette saison l’ogre Lyonnais, quintuple champion d’Europe en titre, et le puissant outsider parisien, armé de ses pétrodollars qataris. Mais la véritable nouveauté, c'est l’arrivée du groupe Canal+, chargé de la retransmission des matchs.

En novembre dernier, le diffuseur historique du foot masculin s’est octroyé les droits télévisés de la D1 féminine jusqu’en 2023, pour une somme d'environ un million d’euros par saison.

Si ce montant reste 727 fois moins important que le total pour la Ligue 1, il faut souligner qu'il a tout de même été multiplié par neuf par rapport à 2011. Canal+, reconnu pour sa compétence et son sérieux dans la valorisation des droits, va garantir une diffusion continue de ce sport en plein boom, après des apparitions anecdotiques sur Eurosport et France 4.

Un pari économique

L'opération répond très certainement à un calcul stratégique de la quatrième chaîne: acheter des droits à bas coûts et espérer récupérer une part d’audience significative sur le long terme.

Canal+ paye «seulement» un million d’euros pour acquérir les droits de la D1 féminine, là où beINSport et MédiaPro vont débourser 1,153 milliard dès 2020 pour la Ligue 1, en rêvant de réaliser une part d’audience quasiment comparable. La manœuvre est limpide de bon sens.

Canal+ continuera d’apparaître comme une chaîne sportive, malgré la perte des droits de diffusion du foot masculin, et profitera du formidable engouement pour le sport féminin, en évolution permanente et de plus en plus coté –le tout sans casser la tirelire.

Cette stratégie s’avèrera sans doute gagnante-gagnante: la chaîne, en souhaitant optimiser ses chances, soutiendra la visibilité de la ligue et fera sa publicité; la D1 féminine gagnera en réputation, en notoriété et en image de marque. Canal+ compte attirer un nouveau public et la fédération de nouvelles pratiquantes.

Une popularité croissante

Pour l’instant, le foot féminin reste moins prisé que son homologue masculin. Les audiences sont plus faibles, avec des pics à un million de téléspectateurs et téléspectatrices sur de grosses affiches –là où des PSG-OM ou des OL-Monaco en Ligue 1 drainent plus du double. Les stades restent malheureusement vides et le jeu continue à être déprécié. Mais tout pourrait changer d’ici quelques années et cela sera largement au bénéfice de la chaîne cryptée.

Depuis la victoire des Bleus à la Coupe du monde cet été, tout le foot français va profiter d’un enthousiasme exceptionnel et d’une visibilité conséquente. Depuis la reprise des différents championnats, les enceintes sont pleines –une première depuis très longtemps.

D'après les spécialistes, cet effet Coupe du monde devrait se faire sentir pendant plusieurs années. Il sera aussi à l’avantage du foot féminin, avec un public féminin comme masculin désireux de voir le plus de matchs possible.

En juillet dernier, le directeur de la Ligue de football professionnel, Didier Quillot, appelait déjà les femmes à se rendre au stade: «Il y a à l'évidence de plus en plus de femmes qui apprécient le football, et je les appelle toutes à rejoindre leurs maris et enfants afin d'aller tous ensemble au stade, fin août, à la reprise de notre championnat».

La Coupe du monde féminine des moins de 20 ans, organisée en Bretagne du 5 au 24 août, a d’ailleurs été un immense succès populaire, avec des stades remplis et une couverture médiatique soutenue. Une réussite avant la Coupe du monde adultes l'an prochain, elle-aussi organisée en France.

Dès la rentrée, on peut espérer une augmentation des licences au sein des clubs amateurs –de nouvelles pratiquantes fans de foot, très certainement consommatrices de matchs à la télévision.

Le nombre de joueuses licenciées a été multiplié par plus de 2,5 entre 2011 et 2017; la tendance devrait encore s’intensifier avec l’effet Mondial. Et avec seulement 130.000 licenciées côté filles contre près de deux millions côté garçons, le potentiel est démesuré.

Un jeu plus intéressant

Le jeu lui-même devrait également être à l’avantage du foot féminin, malgré une réputation quelque peu calamiteuse. Vu par une partie des spécialistes comme ennuyeux, peu technique et lourd physiquement, le foot féminin apparaît pourtant comme plus intensif, plus équitable et plus juste que le foot masculin.

D’après David Sumpter, mathématicien américain et auteur de Soccermatics, «le jeu déployé par les femmes est plus offensif, plus attrayant» –en tout cas d’un point de vue statistique.

Pour arriver à cette conclusion, le chercheur a étudié la localisation des frappes offensives et a montré que plus les tirs sont tentés à l’extérieur de la surface, moins l’équipe est performante sur la durée et au maximum de ses capacités. À l'inverse, plus l'écart entre les tirs tentés à l'intérieur de la surface et ceux à l'extérieur de la surface est grand, plus l'équipe présente un niveau intéressant.

Sumpter a alors comparé le cœfficient de détermination entre «écart tirs à l’intérieur / tirs à l’extérieur de la surface» et «performance sportive» entre le foot masculin, sur les cinq grands championnats européens, et le foot féminin, lors des deux dernières Coupes du monde et des Jeux olympiques 2008 et 2012.

Résultat: l’indicateur est bien plus élevé chez les filles que chez les garçons. Les footballeuses seraient plus efficaces et plus compétitives: «Sans la puissance et sans la force, le jeu déployé par les femmes est plus offensif, plus attrayant, plus construit, plus élaboré et plus clair», conclut Sumpter –encore un facteur en théorie favorable à l'essor du foot féminin.

Tous les voyants indiquent que le foot féminin connaît actuellement son âge de bronze et qu'il devrait bénéficier d’une croissance exceptionnelle dans les années à venir. C’est en tout cas le vœu d’un certain nombre d’acteurs, de Canal+ à la Fédération française de football. Tout dépend maintenant de la capacité des joueuses à nous faire vibrer, rêver et chanter.

Pierre Rondeau Professeur d'économie à la Sports Management School

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