Sciences

Baby-sitter de robot, un job en vogue (mais pour combien de temps?)

Temps de lecture : 3 min

Les offres d'emploi de ce type affluent. Mais il est fortement déconseillé d'en faire un objectif de carrière à long terme.

Présentation du robot "enon" développé par Fujitsu le 13 septembre 2005. | Toru Yamanaka / AFP
Présentation du robot "enon" développé par Fujitsu le 13 septembre 2005. | Toru Yamanaka / AFP

C'est un type de métier dont on n'aurait jamais cru qu'il puisse exister un jour. Pourtant, avec le nombre croissant de robots de service mis en circulation, les entreprises ont commencé à engager des hommes et des femmes afin de les suivre de près ou deloin pour s'assurer que tout se passe bien. L'objectif est à la fois d'avoir la certitude que les robots s'acquittent de leurs tâches de la façon la plus performante et sécurisée possible, et aussi de répondre aux questions de la clientèle.

La journaliste Zara Stone, qui s'est penchée sur le sujet pour The Atlantic, les appelle "baby-sitters de robots". Elle cite l'exemple de Canon Reeves, jeune étudiant qui a passé son hiver à suivre un robot chargé de livrer des colis Amazon dans l'Arkansas. Son travail: ajuster les paramètres de déplacement en fonction des terrains que le robot devait arpenter, noter les commentaires des utilisateurs et utilisatrices, et éteindre le robot si besoin. Pour l'anecdote, Reeves a également dû superviser à de nombreuses reprises les selfies que la clientèle souhaitait effectuer avec le robot. Et répondre par la négative à cette sempiternelle question: «peut-il également livrer de la bière?».

Même les voitures autonomes nécessiteront d'être supervisées par un être humain. Ce sera notamment le cas des Waymo, les "taxi-robots" qui seront bientôt lancés par Google: des opérateurs et opératrices devront modifier des paramètres en fonction du profil des usagères et usagers, selon le type de route empruntée, et en tenant également compte de l'entrée dans un nouvel État des États-Unis, où les limitations de vitesse sont parfois différentes de celles pratiquées chez les voisins.

S'asseoir sans rien faire? Pas si simple

Dans d'autres entreprises, une personne est physiquement présente dans la voiture, comme chez Cruise Automation, où les offres d'emploi ressemblent à ça: «Recherche personne capable de conduire une voiture ou d'y être assise pendant 6 à 8 heures par jour». D'après The Atlantic, le salaire journalier pour ce genre de mission serait compris entre 15 et 23 dollars par jour (à titre indicatif, le salaire minimum est de 11 dollars de l'heure en Californie). Pour autant, ce travail est-il aussi tranquille qu'il en a l'air? Pas franchement, si l'on en croit certains témoignages: passer sa journée dans une voiture autonome serait un boulot «exténuant et exigeant». Rester des heures devant un ordinateur sans rien faire serait particulièrement aliénant.

En 2030, il devrait y avoir entre 20 et 50 millions d'emplois dans cette branche. Entre juin 2016 et juin 2018, l'offre a déjà triplé, et l'augmentation ne semble pas près de s'enrayer. Sauf que cet horizon 2030 pourrait bien contituer l'apogée du job de baby-sitter de robot, et qu'une dégringolade pourrait suivre. Certaines entreprises sont d'ores et déjà en train de plancher sur la façon de se passer au maximum des humains, afin que les robots fassent leur office en toute indépendance, sans qu'il y ait besoin de rémunérer des nounous.

À Berkeley, un entrepreneur nommé David Rodriguez a ainsi créé le KiwiBot, un robot de livraison qui semble pouvoir se passer de supervision. Le KiwiBot livre notamment du Red Bull, du Chipotle et de la nourriture en poudre aux étudiants et étudiantes du campus de Berkeley. Rodriguez l'a suivi pendant de nombreux mois afin de peaufiner chaque détail, mais il semble que depuis avril 2018, le KiwiBot soit capable de travailler en toute indépendance.

David Rodriguez entend même aller plus loin: il est en train de créer un système destiné à éviter qu'un humain soit nécessaire pour charger les livraisons à l'intérieur de ses robots. Lorsque cela fonctionnera (ce qui est prévu pour 2019), il y aura juste besoin d'une maintenance régulière. En dehors de ce domaine, il devrait être totalement inutile que des hommes et des femmes soient là pour l'assister.

Pour autant Rodriguez affirme que le nombre d'emplois de son entreprise ne diminuera pas, l'ensemble des membres du staff ayant de toute façon plusieurs casquettes. D'autres rapports sont cependant bien moins optimistes: le plus réaliste d'entre eux estime que 10 à 800 millions de jobs pourraient être amenés à disparaître à l'horizon 2030. La fourchette est énorme, mais quoi qu'il en soit, la nouvelle n'a rien de bon.

Reste que d'autres expériences récentes prouvent que les êtres humains sont encore loin de pouvoir être exclus de l'équation. The Atlantic rappelle l'affaire Elaine Herzberg, première humaine tuée par une voiture autonome (de marque Uber). L'enquête a montré que l'opératrice du véhicule, Rafaela Vasquez, ne regardait pas la route au moment de la collision. Ceci démontre qu'à ce stade, les voitures Uber ont réellement besoin d'être surveillées de près par des hommes et des femmes, qui sont loin de ne devoir faire qu'acte de présence.

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