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Les campagnes de propagande massive sur Facebook ne viennent pas toutes de Russie

Temps de lecture : 5 min

Le 21 août, le réseau social a révélé une nouvelle tentative de manipulation soutenue par le Kremlin, et trois autres liées à l’Iran.

Au siège de Facebook à Menlo Park (Californie), le 21 mars 2018 | Josh Edelson / AFP
Au siège de Facebook à Menlo Park (Californie), le 21 mars 2018 | Josh Edelson / AFP

Mardi 21 août, Facebook a annoncé avoir supprimé 652 faux comptes et pages qui utilisaient son site et Instagram pour semer la discorde et attiser des conflits sur des questions politiques et sociales controversées.

Certains des comptes étaient associés à des médias d’État iraniens ou créés depuis l'Iran, ce qui montre que la Russie n’est pas le seul pays à utiliser Facebook depuis des années pour tenter d’orienter et de manipuler les conversations politiques, aux États-Unis et ailleurs. Une grande partie des comptes supprimés participaient à des activités coordonnées pour propager des argumentaires de soutien aux intérêts politiques iraniens, comme l’accord sur le nucléaire.

Au total, Facebook a révélé avoir mené quatre enquêtes différentes, qui ont conduit à la clôture de pages et de comptes associés à des acteurs étatiques gérant des comptes inauthentiques, y compris de nouveaux comptes liés à la Russie.

«Liberty Front Press»

Dans le cas des comptes iraniens, Facebook a commencé son enquête après avoir été alerté par la firme de cybersécurité Fire Eye, qui pointait du doigt un groupe baptisé «Liberty Front Press» et son réseau de comptes affiliés, dont nombre se présentaient comme des organismes de médias indépendants. C’est notamment le cas de «Quest 4 Truth», dont Facebook indique qu’il était lié à Press TV, un réseau affilié aux médias étatiques iraniens.

Depuis, Twitter a supprimé le compte de Liberty Front Press, de même que YouTube. En revanche, Slate a réussi à repérer des comptes Liberty Front Press toujours actifs sur Pinterest et le site Web de la fausse entreprise de presse est toujours actif. De nombreux liens vers Liberty Front Press sont toujours présents sur Reddit, pour la plupart dans des groupes politiques opposés à Trump ou qui parlent du Parti travailliste britannique. Certains des articles du «média» ont été écrits par les administrateurs de la page, tandis que d’autres étaient récupérés sur des sites d’actualité américains, comme The Hill et Time.

Liberty Front Press postait du contenu politique sur de nombreux sujets, y compris sur les relations entre l’Iran et la Syrie, la fusillade de Parkland, les violences commises dans une boîte de nuit au Venezuela ou encore la mort d’un chien placé dans un coffre à bagages lors d’un vol aérien en mars, mais aussi des articles critiques à l’égard du président américain Donald Trump.

Facebook a déclaré avoir supprimé soixante-dix comptes, soixante-quatorze pages et trois groupes liés à Liberty Front Press sur Facebook, ainsi que soixante-seize comptes sur Instagram. Environ 155.000 comptes suivaient au moins l’un des comptes de Liberty Front Press sur Facebook et les fausses pages alimentées par le groupe iranien avaient amassé environ 48.000 followers.

Entre janvier 2015 et août 2018, plus de 6.000 dollars [environ 5.200 euros] ont été dépensés pour des publicités liées au réseau de propagande iranienne. Mais les premiers de cet ensemble de faux comptes ont été créés en 2013, ce qui signifie que ces pages ont fonctionné et potentiellement diffusé du contenu manipulateur pendant des années.

«Voici certains des tweets que j’ai pu récupérer sur des comptes liés à l’opération de fake news Liberty Front Press, dont Facebook vient de supprimer environ 150 pages. Leurs hashtags sont vraiment bizarres.»

Cyberattaques et faux comptes

Facebook a aussi trouvé soixante-six comptes et douze pages Facebook, plus neuf comptes Instagram, liés à la campagne Liberty Front Press et qui ne se contentaient pas de diffuser des informations pour semer la discorde dans le débat politique américain. Selon Facebook, ces pages se présentaient comme des entreprises de médias et menaient des cyberattaques contre les utilisateurs et utilisatrices du réseau social, y compris en hackant des comptes et en envoyant des malwares. Ces pages n’ont pas acheté de publicités, et 15.000 internautes suivaient au moins une d’entre elles.

Une troisième enquête réalisée par le réseau social a permis d’identifier 168 pages et 140 comptes inauthentiques sur Facebook, ainsi que trente-et-un faux comptes sur Instagram, qui étaient également opérés depuis l’Iran mais ne semblent pas être liés aux médias étatiques iraniens.

Au total, ces groupes ont organisé vingt-cinq événements distincts; 813.000 comptes suivaient au moins une des pages sur Facebook, et 10.000 sur Instagram. Le premier de ces groupes a été créé en 2011, et Facebook indique que si la majorité du contenu était en arabe et en farsi et concernait la politique au Moyen-Orient, certains des comptes de l’écosystème publiaient du contenu en anglais sur la politique américaine et britannique.

Par ailleurs, et alors même que les outils de publicité de Facebook ne sont pas censés être disponibles en Iran en raison des sanctions américaines, cet ensemble de comptes est selon le réseau social parvenu à acheter plus de 6.000 dollars [environ 5.200 euros] de publicités Facebook en payant avec des dollars américains, des livres turques et des roupies indiennes.

Intelligence militaire russe

Facebook a enfin annoncé avoir identifié un ensemble de pages liées à l’intelligence militaire russe, dont le réseau social affirme qu’il était régi par une partie des personnes expulsées de Facebook il y a deux ans pour avoir mené des attaques de cybersécurité dans les mois ayant précédé l’élection américaine de 2016. Ces comptes s’intéressaient largement à la politique en Syrie et en Ukraine, diffusant du contenu pro-russe. Ils ne sont pas liés aux opérations mises à jour par les trois enquêtes impliquant l’Iran.

En juillet, Facebook a supprimé trente-deux fausses pages que l’entreprise associait à de «mauvais acteurs», mais s’est refusé à faire le lien avec l’Internet Research Agency, le groupe de trolls soutenu par le Kremlin qui, lors de la campagne électorale américaine de 2016, avait créé des centaines de pages Facebook et Instagram destinées à exacerber les divisions politiques et à favoriser l’élection de Donald Trump. Au début de l’année, Robert Mueller, le procureur spécial chargé d'enquêter sur les liens entre la campagne de Trump et la Russie, a mis l’Internet Research Agency en accusation.

Aujourd’hui, avec l’Iran dans le paysage, y compris avec des pages datant de 2011, il devient clair que la Russie n’était pas le seul pays à avoir des intérêts politiques aux États-Unis et à exploiter les réseaux sociaux américains pour les défendre –même si ce n’était pas toujours dans l’idée d’influencer le résultat d’une élection.

Le 21 août, lors d’un entretien avec des journalistes qui lui ont demandé si d’autres déclarations de ce genre étaient à attendre dans un avenir proche, le PDG de Facebook Mark Zuckerberg a annoncé que plusieurs enquêtes étaient sur les rails. «Nous vous en dirons plus quand nous en saurons plus», a-t-il dit.

April Glaser Journaliste tech à Slate.com

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