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La Mamounia, une renaissance par Jacques Garcia

Nicolas de Rabaudy, mis à jour le 30.01.2010 à 14 h 49

Il aura fallu trois années (de 2006 à 2009) pour mener à bien la reconstruction totale de la Mamounia, le palace mythique de Marrakech dont l'hôte le plus fameux fut Winston Churchill, singulier gourmet, fumeur de havanes, champagnophile et peintre à ses heures - ses toiles de Marrakech sont exposées au musée Churchill en Angleterre.

Trois ans c'est un bail, mais la Mamounia vieillie, affaiblie par les stigmates du temps date de 1928 et les restaurations successives, l'avant-dernière en 1986, n'ont été en rien comparables à ce qu'a tenté et réussi l'architecte décorateur Jacques Garcia: c'est une nouvelle Mamounia - dans la carcasse de l'ancienne - qui se dresse au milieu des sept hectares de jardins aux orangers et bougainvillées, une sorte de palais des mille et une nuits à l'architecture arabo-andalouse de couleur ocre. Une formidable résurrection due aux corporations de l'artisanat local. Songez qu'il y a eu jusqu'à 1.500 ouvriers, ingénieurs et techniciens sur le site, le même jour. Pharaonique. Coût: 120 millions d'euros pour 136 chambres, 71 suites dont sept d'exception et trois riads avec piscine, cinq bars, deux courts de tennis, un SPA.

Des fondations de 1930, des structures d'origine, comme la gigantesque façade de quatre étages, Garcia n'a rien touché. Les murs extérieurs de l'imposante bâtisse de 40.000 mètres carrés se dressent face à l'Atlas; ce sont les volumes, les bâtiments nouveaux, les intérieurs (210 clés) et les parties communes qui ont mobilisé l'énergie, la créativité, le goût du beau inhérents au style flamboyant de Jacques Garcia ou «l'éloge du décor» (sous-titre de son dernier livre, Flammarion 2000).

Certes, on pouvait craindre le pire, les effets de surcharge, les excès du célèbre architecte décorateur: la Mamounia façon Garcia, un vrai risque, d'autant que les propriétaires du palace, la Compagnie des Chemins de fer marocains et un pool d'investisseurs privés, ne sont jamais intervenus dans la gigantesque vision et le projet du Français.

Dès sa prise de fonction, Garcia a annoncé la couleur: «Allier le merveilleux de la modernité au meilleur de la tradition». Et privilégier le savoir-faire ancestral des artisans locaux, ébénistes, maçons, tailleurs de pierre, sculpteurs, tapissiers, coloristes... La Mamounia est avant tout leur œuvre.

Par exemple, la profusion de zelliges, ces mosaïques multicolores qui ont été taillées, fixées, posées à la main. Et il y en a partout, jusque sur les douze colonnes à ogives de la piscine chauffée du gigantesque SPA - 2.500 mètres carrés en sous-sol, 80 soins, un coiffeur et un barbier...

De même, les plâtres sculptés à la main, les bois laqués, les marbres des salons et salles de bains, les tapis épais, les luminaires, les tableaux, tout cela s'est intégré dans l'héritage historique «comme un conte surgi du fond des âges» (J. Garcia). Et cela a exigé un temps infini, prévu par Jacques Garcia.

Car le Français s'est pris de passion pour la Mamounia, ajoutant sa patte à l'ensemble architectural dans la réfection du patio andalou, de la galerie Majorelle - et l'admirable suite avec le portrait de l'artiste - dans le grand salon remeublé (c'est l'ancien restaurant français) et dans la galerie Mamounia au rez-de-chaussée, trouée d'alcôves pour la conversation. Partout, des perspectives qui attirent le regard, la lumière naturelle croisée avec le «clair-obscur oriental», comme dit Garcia, et dans ces vastes espaces, il y a nichés des lieux d'intimité. La Mamounia n'est pas un musée mais une demeure revivifiée. On s'y sent comme dans un rêve éveillé.

Partout, des trouvailles bien à lui, comme ces torchères et statues de plâtre, des alcôves, des recoins où l'on peut s'asseoir sur des innombrables fauteuils de velours et canapés fermes, pas tous rouges: Garcia a le génie des fauteuils dont les derniers-nés ont un dossier en triangle afin de favoriser le confort. Ainsi, peut-on s'isoler pour le thé à la menthe, les flûtes de champagne (abondante sélection), et autres pâtisseries marocaines. Cela dit, il faut prendre garde où l'on pose les pieds dans la pénombre car il y a des marches à foison dans le prolongement des tapis, attention danger.

Voici donc la Mamounia entrée dans le XXIème siècle qui emploie 800 personnes, jardiniers compris, et 120 cuisiniers, pâtissiers (18) dirigés par l'excellent Richard Bourlon, et boulangers (pains remarquables), plus qu'au George V et au Ritz de Paris, un monde clos dans la ville rouge de la dynastie Almoravide (1062).

On changé de siècle et d'époque. L'hôtel des années 30 de Prost et Marchisio (50 chambres) conjuguant avec bonheur l'architecture marocaine et le style Art déco n'est plus, il a été métamorphosé en un palace contemporain qui restitue la magie du monument mythique, sauvegardé, embelli, enrichi, trop? À chacun sa Mamounia.

Nicolas de Rabaudy

À suivre, les trois cuisines du palace au prochain numéro.

  • La Mamounia. Avenue Bab Jdid 40040 Marrakech. Tél.: 00 (212) 524 388 600. Fax: 00 (212) 524 444 660. Chambres à partir de 600 euros selon la période.
Image de Une: La Mamounia, REUTERS/Jean Blondin
Nicolas de Rabaudy
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