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Quels sont les membres de l'équipe de France 2018 dont on se souviendra dans 20 ans?

Temps de lecture : 8 min

On a bien en tête Thuram et de Zidane, mais peu pensent à citer Diomède parmi les champions de 1998. S'il n'est pas forcément nécessaire d'avoir marqué un but décisif pour passer à la postérité, il y a quand même quelques écueils à éviter.

Le 16 juillet, à l'Elysée, le gardien Hugo Lloris tieint le trophée aux côtés d'Ousmane Dembele, Presnel Kimpembe, Olivier Giroud, Paul Pogba, Alphonse Areola, Benjamin Pavard et Steven N'Zonzi. Lesquels d'entre eux passeront à la postérité?
Photo LUDOVIC MARIN / POOL / AFP
Le 16 juillet, à l'Elysée, le gardien Hugo Lloris tieint le trophée aux côtés d'Ousmane Dembele, Presnel Kimpembe, Olivier Giroud, Paul Pogba, Alphonse Areola, Benjamin Pavard et Steven N'Zonzi. Lesquels d'entre eux passeront à la postérité? Photo LUDOVIC MARIN / POOL / AFP

Le football est une affaire de détails. Une poignée de centimètres y sépare bien souvent l’ombre de la lumière. André-Pierre Gignac aurait pu devenir le héros de l’équipe de France et d’une génération en finale de l’Euro 2016, lui l’attaquant longtemps moqué pour ses régulières surcharges pondérales au retour des vacances.

Mais en juillet 2016 sur la pelouse du Stade de France, son tir avait rebondi contre le poteau dans le temps additionnel du match perdu face au Portugal. «Les trois premières nuits, j'en ai fait des cauchemars. J'ai pensé qu'on gagnait l'Euro, à la joie des coéquipiers, si j’avais marqué ce but à la 92e [...] Tout au long de ma carrière et même après ma carrière, cela va me hanter», confiait-il quelques semaines plus tard sur le plateau de l’émission Téléfoot. Le souvenir qui restera de lui sera simplement celle d’un très bon joueur de Ligue 1. Pas celle d’un héros qui aurait offert un titre de champion d’Europe aux Bleus.

Contrairement à «APG», dont le chemin en équipe nationale s’est arrêté ce soir-là, plusieurs finalistes malheureux de l’Euro 2016 sont montés au firmament du football mondial en cet été 2018 où la France a décroché une deuxième étoile sur son maillot. Pogba, Matuidi, Griezmann, Giroud, Lloris, Varane… Ils sont tous «champioooooons du monde», comme l’ont crié des millions de leurs compatriotes. La gloire ultime pour un footeux.

Oui, mais tous ne resteront pas dans cette satanée mémoire collective. Au fil des années, notre cerveau national sélectionnera quelques-uns des 23 champions du monde de la campagne russe, qui auront le droit de résister aux affres du temps pour demeurer des idoles pour les générations futures de footballeurs en herbes. L’expérience de 1998 a permis de voir ce qu’il fallait avoir fait sur le terrain ou à côté pour ne pas disparaître du paysage. Petit guide à destination des champions 2018.

Ce qu'il ne faut surtout pas faire

Ne pas avoir joué une minute de la Coupe du monde. Au moment de sauter de joie et de soulever le trophée sur la pelouse, il y a toujours un joueur ou deux qui donnent le sentiment d’être mal à l’aise. En effet, pas évident de sauter partout et de s’emparer de la coupe avec joie quand vous n’avez pas disputé une minute du tournoi. C’est ce qui était arrivé aux gardiens remplaçants en 1998, Lionel Charbonnier et Bernard Lama. Ce dernier avait mal vécu d’être le numéro 2 derrière Fabien Barthez dans les buts. Le portier guyanais avait même refusé d’être titulaire lors d’un match sans enjeu face au Danemark. À ce moment-là, «ma Coupe du monde médiatique est terminée depuis longtemps», confiait Lama au Monde en juin dernier. Vingt ans après, les noms de ces gardiens de l’ombre reviennent rarement à l’heure d’évoquer le premier titre de champion du monde des Bleus. Ils sont deux à avoir connu pareil sort cet été: le gardien Alphonse Areola et le défenseur Adil Rami sont restés scotchés sur le banc pendant un mois. Le premier peut craindre à juste titre que son nom soit oublié au fil des ans, le second un peu moins, mais on y reviendra.

Être trop discret dans le groupe. Les documentaires et les récits qui s’attardent sur les épopées victorieuses donnent largement la parole aux leaders qui refont l’histoire à leur sauce, comme naguère le chroniqueur et diplomate Philippe de Commynes enflamma les esprits autour des soldats français et la fameuse «furia francese» lors des guerres d’Italie. Marignan est encore un nom, une date qui résonne. Le sport est le théâtre de la bravoure moderne et le documentaire Les Yeux dans les Bleus a forgé une auréole de légende au-dessus de l’aventure de la Coupe du monde 1998.

Extrait du documentaire Les Yeux dans les Bleus: Desailly qui mime Ronaldo

Devant la caméra, le défenseur Lilian Thuram s’y lançait dans des tirades pleines de réflexion sur le football. On se rappelle aussi de Marcel Desailly, qui y mime les passements de jambes de Ronaldo, ou de Christophe Dugarry qui déclare, vengeur, sur son lit après son but lors du match d’ouverture face à l’Afrique du Sud: «J’étais au bord du gouffre. Moralement, j’étais très mal. Je pense que si je n’avais pas marqué, ça aurait été dur de continuer. Quand je marque, j’ai de la joie et de la haine. De la haine. Dans ma tête je pensais “putain je vous ai tous niqués, je vous ai tous niqués”».

Vingt ans après, le souvenir du verbe compte autant que le souvenir des performances. Aussi talentueux qu’il ait été sur le terrain, l’infatigable milieu de terrain N’Golo Kanté peut donc se faire du souci sur l’image que laissera de lui le documentaire Les Bleus 2018 diffusé par TF1, sorte de remake aseptisé des Yeux dans les Bleus, quelques jours après le sacre des Bleus. Timide maladif, le joueur de Chelsea y refuse de s’exprimer au micro des journalistes, malgré leurs demandes répétées. La génération 1998 avait aussi ses hommes de l’ombre: ceux que l’on ne voit pas beaucoup dans les Yeux dans les Bleus. Bernard Diomède avait disputé trois matchs il y a 20 ans, mais son souvenir pèse beaucoup moins que celui de Dugarry, qui avait joué le même nombre de rencontres.

Les Bleus 2018

Se reconvertir dans une activité de monsieur Tout-le-Monde. Pour ne pas disparaître des radars, même un grand champion doit éviter de se retirer du monde en cultivant son jardin à la façon de Candide. Stéphane Guivarc’h, attaquant muet et malheureux devant le but lors du Mondial 1998, avec notamment deux duels perdus face au gardien brésilien en finale, s’est reconverti à la fin de sa carrière dans la vente de piscines en Bretagne. Depuis onze ans, il enfile son costume de commercial chaque matin pour vendre les bassins produits par une entreprise fondée par un ami proche.

Conséquence, Guivarc’h a disparu des médias, sauf à la veille d’une Coupe du monde où il est invariablement invité à s’exprimer sur le pas de côté qu’il a effectué. «Je pars du principe que chacun fait ce dont il a envie. Je ne regarde pas ce que font les autres, cela ne m’intéresse pas. Je n’ai jamais recherché les caméras. J’existe pour ce que je suis», confiait-il au Parisien en juin 2018. Un conseil à Olivier Giroud, dont le compteur but est resté bloqué à zéro en Russie: ne pas ouvrir pas un salon de coiffure à Chambéry à la fin de sa carrière.

Ce qu'il faut faire

Avoir marqué un but fou. Au fil des ans, la mémoire d’un événement passé se transforme en un clip de quelques flashs d’images fortes. Quand on se remémore 1998, on se souvient des deux buts de la tête de Zidane face au Brésil, du doublé légendaire de Lilian Thuram en demi-finale face à la Croatie et du but libérateur de Laurent Blanc face au Paraguay. Des actions de quelques secondes qui se sont imprimées sur notre rétine. À part les fans, personne ne va revoir l’intégralité d’un match du Mondial 1998. Mais sur YouTube, on se plaît toujours à regarder les buts de Thuram pour sentir un frisson monter.

Les buts Thuram face à la Croatie en 1998.

Deux décennies plus tard, un jeune défenseur inconnu du grand public avant le Mondial russe, Benjamin Pavard, est entré dans la mémoire collective de la même façon: en inscrivant un but crucial et somptueux face à l’Argentine en huitième de finale. Sa demi-volée surpuissante décochée à 30 mètres de la cage argentine a été élue plus beau but du tournoi. Surtout, Benjamin Pavard a désormais une chanson à sa gloire, reprise des milliers de fois sur les réseaux sociaux.

«Benjamin Pavard
Je ne crois pas que vous connaissez
Il sort de nul part
Une frappe de batard
On a Benjamin Pavard»

Le but de Benjamin Pavard face à l'Argentine.

Être l’animateur du groupe. Qui vous a dit qu’il fallait s’être fait remarquer sur la pelouse pour entrer dans le foyer des Français? Benjamin Mendy a disputé un match entier face au Danemark lors du troisième match de poule des Bleus. Adil Rami, autre défenseur du groupe des 23, n’a lui pas joué la moindre minute pendant toute la durée de la compétition. Mais le joueur de Marseille, qui est en couple avec Pamela Anderson, a joué le rôle de l’animateur de colonie de vacances pendant toute la durée du séjour des hommes de Didier Deschamps en Russie. «Dans un pays de 66 millions d'habitants, il y en a 23 qui ont été sélectionnés et j'en fais partie, alors je profite de ça», a-t-il expliqué lors d'un de ses shows en conférence de presse. Loin de la moue et du retrait volontaire de Bernard Lama en 1998. Adil Rami a tenu une véritable chronique quotidienne de la vie de groupe en postant de nombreuses photos et vidéos sur son compte Instagram. On se souviendra de lui et de sa moustache parfaitement taillée et mise en valeur comme il se doit sur les réseaux sociaux.

La #luckystache @antogriezmann #ramistache #ramistyle @equipedefrance @fifaworldcup

Une publication partagée par Adil Rami (@adilrami) le

Devenir consultant sur une grande chaîne ou un coach à succès. Après avoir gagné une Coupe du monde, tout autre exploit sur un terrain sera considéré comme secondaire dans la carrière d’un joueur, à moins d’offrir la Ligue des champions à son club ou de remporter la distinction suprême individuelle dans notre monde d’ego: le Ballon d’or. Mis à part quelques joueurs, comme Kylian Mbappé, qui par son talent immense et ses buts décisifs dans la quête de la Coupe du monde 2018 s’est déjà réservé une place de choix dans les récits des générations futures, et Antoine Griezmann ou Paul Pogba, personne parmi les 23 Bleus ne peut véritablement espérer remporter un jour le Ballon d’or.

Il faut donc passer par d’autres chemins pour inscrire son nom dans le temps. Et pour rentabiliser l’auréole de prestige qui ceint les noms des champions du monde, le mieux à faire est de devenir consultant télé ou entraîneur. Avec une obligation: ne pas abîmer son image de prince sur le plateau d’une chaîne de seconde zone, ni en endossant un rôle d’adjoint sur un banc de touche ou en coachant un club lambda.

Un joueur de 1998 a jonglé avec les deux fonctions, mais en restant à chaque fois dans l’ombre. Il s’agit d’Alain Boghossian. Qui se souvient aujourd’hui qu’il a été adjoint de Domenech puis de Laurent Blanc sur le banc de l’équipe de France entre 2008 et 2012 ? Personne. Les adjoints, s’ils ne montent pas en grade un jour comme Zidane au Real Madrid, ne marquent pas les esprits.

Alain Boghossian, qui a pourtant participé à 5 matchs du Mondial 1998, a également officié comme consultant sur la chaîne Eurosport. Problème, peu de monde regarde cette chaîne payante, mais qui ne possède pas les droits de retransmission des grandes compétitions de football (championnats majeurs européens, coupes d’Europe, Coupe du monde…). On connaît Dugarry, consultant à la grande gueule, sur Canal+ ou Bixente Lizarazu, qui commente les rencontres de l’équipe de France sur TF1. Mais qui a déjà vu Boghossian délivrer une analyse sur un plateau télé? On suggère donc à Hugo Lloris, qui n’élève jamais la voix, de ne pas aller se faire oublier en commentant des matchs de la coupe de France sur Eurosport, une fois ses gants remisés au placard.

Camille Belsoeur Journaliste

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