Georges Frêche, la polémique de trop
Le «dérapage» du président de Languedoc-Roussillon ne mérite pas les indignations outrancières de ses anciens camarades socialistes. Attention aux dérives de l'inquisition linguistique et du politiquement correct.
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Il ne faudrait pas qu'au prétexte de régler son compte politique à Georges Frêche, ce qui est son problème, le Parti socialiste se mette à renforcer, en France, l'inquisition linguistique et le politiquement correct, déjà fort agissants comme ça.
Car il s'agit de cela dans la violente condamnation du dernier «dérapage» du président de la région Languedoc-Roussillon par les responsables du PS. D'une exagération, peut-être opportune à leurs yeux, d'une emphase volontaire, et sûrement utilitaire, qui peuvent s'avérer bien plus préjudiciables à l'intérêt général, à notre morale langagière commune, qu'à leur cuisine électorale dans le sud. On ne joue pas avec l'effroi que provoque et doit provoquer la parole et la pensée antisémites. On ne l'invente pas, ne l'invoque pas quand il n'y a pas lieu qu'il soit, au risque d'affaiblir la référence sacrée à la Shoah et de trahir ceux aux noms desquels on prétend s'insurger.
Georges Frêche, bien sûr, n'en est pas à son premier «dérapage». Il avait qualifié des harkis de «sous-hommes» le 11 février 2006 lors d'une cérémonie publique. Toujours en 2006, le 16 novembre, il avait regretté cette fois que l'équipe de France de football compte «neuf blacks sur onze» alors que, selon lui, «la normalité serait qu'il y en ait trois ou quatre».
Les derniers propos du même Georges Frêche sur Laurent Fabius sont certainement ridicules. Démagogiques et gras. Ils sentent, comme souvent, chez l'homme fort de Montpellier, les fins de banquet macho, devant des auditoires serviles, goguenards et conquis d'avance. Mais au-delà? «Il a une tronche pas catholique», a-t-il déclaré à propos de Laurent Fabius, et c'est ce qui bouleverse les socialistes. Manifestement, il ne porte pas l'ancien Premier ministre dans son cœur. Mais cela signifie-t-il qu'il ait cherché là à évoquer son origine juive, comme le PS veut le faire croire? «Pas catholique» ou «pas très catholique» est une expression française, parcelle de patrimoine -et pas seulement celui de l'Action française, des années 1930 et des écrivains collabos. Non la plus fine, certainement pas née sous la plume d'un grand prosateur, plus sûrement une expression populaire, peut-être même d'après-boire, et peu bienveillante, à l'oreille.
Elle découle d'une réalité religieuse majoritaire dans le pays, autrefois. «Pas très catholique» signifiait non conforme; ou non dans la norme; par extension: bizarre, anormal. Aujourd'hui, mais c'est insultant pour les points cardinaux, on dit: «à l'ouest». Ou: «pas bien dans ses baskets», mais c'est dégueulasse vis à vis des chaussures de sport. «Fort comme un turc» -ce qui est gênant vis à vis des femmes fragiles d'Istanbul- , peut-être «soul comme un Polonais» quand il a tenu ces propos -inadmissibles, pour nos amis de Varsovie- Georges Frêche aurait aussi bien pu s'esclaffer en prétendant que Laurent Fabius a «une tronche pas très orthodoxe». Qui est une tronche, on en conviendra, assez voisine de la catholique.
Il n'a pas échappé à ceux qui ont lu ou écouté leurs réactions offusquées que les socialistes ont sauté sur la première occasion linguistique pour lancer, à Montpellier, la liste concurrente qu'ils tenaient au chaud, autour d'Hélène Mandroux, la maire PS de la ville. Mais ils sont allés, pour ce faire, loin, jeudi 28 janvier, dans l'indignation de «vierges effarouchées» -pardon aux vierges et aux effarouchées-, trop loin pour que ces plaintes soient perçues comme tout à fait honnêtes et sincères.
Martine Aubry, qui se dit «indignée» par de tels propos, «insulte aux valeurs de la gauche»; la porte-parole du groupe parlementaire, Aurélie Filipetti, qui appelle à tourner «cette page sordide», et qui juge «à vomir» la phrase de Georges Frêche; Manuel Valls, député-maire d'Evry, qui évoque des mots «difficiles à prononcer tant ils font honte à notre conscience»... Abus de mots. Abus d'appels aux consciences. Jeu dangereux. Que diront-ils, ces socialistes, quand fleuriront, chez Le Pen ou ailleurs, les vraies formules antisémites, les saillies xénophobes et les insultes racistes? Cette révision du dictionnaire, cette correction de ce qui «se dit» ou «ne se dit pas», «se fait» ou «ne se fait pas», qu'on pensait appartenir à un camp plus conservateur, laisse comme une ombre inquiétante.
Philippe Boggio
LIRE EGALEMENT SUR GEORGES FRECHE: En Israël, on s'en fiche.
Image de Une: Source Flickr ajordanjrphoto
Mis à jour le 29/01/2010 à 18h06











































C'est un professeur d'université qui sait que les mots ont un sens, et quel sens les mots peuvent avoir, au premier ou au seconde degré. Ce n'est donc pas la polémique qui est de trop, mais c'est bien sa déclaration initiale...
Ah bon les journalistes de l'Express ont interviewé Frêche un peu éméché à la fin d'un banquet ? Je n'ai pas d'animosité particulière contre Frêche, je préfère un type efficace qui ne mâche pas ses mots à un falot bien-pensant, et par ailleurs je n'aime pas Fabius. Mais là vraiment il faut se lever tôt pour défendre comme le fait Philippe Boggio cette attaque antisémite parfaitement calculée. Puis-je ajouter que cet article ne m'étonne pas de la part d'un Corse (ou d'un Rital, je ne me suis pas renseigné) ? en priant le modérateur de ne pas me censurer bêtement...
N'importe quoi. Ca ne m'a pas effleuré l'esprit un instant qu'il ait pu dire ça en allusion aux origines juives de Fabius. Tant bien même c'eut été le cas, je ne vois aucune remise en cause du peuple juif ou du fait d'être juif, vraiment je ne comprends pas ce qu'il peut bien y avoir d'antisémite là-dedans.
Je combat le racisme, l'antisémitisme. Cette dernière déclaration de Frêche est bien dans la lignée des
précédentes, et, prise en conséquence, a un sens nettement antisémite. Cependant, me refusant à croire que Frêche est un imbécile, je suis porté à croire qu'il n'a pas pu s'empêcher de jouer sur l'ambiguïté de l'expression dans ce cas précis. Il aurait pu dire de Fabius qu'il a "l'air faux-cul", autre sens de "pas catholique"...
Je suis d'accord avec l'auteur de l'article: le PS, "pas catholique" ( sens populaire) semble être resté en embuscade pour attaquer au premier dérapage; Frêche leur a servi l'occasion sur un plateau. Enfin, d'une part, les politiques semblent avoir pris l'habitude de réagir à chaud, et d'autre part le "politiquement correct" est absolument insupportable!
Que vous jugiez que le terme "pas catholique" est "une attaque antisémite" vous regarde, je respecte vos opinions linguistiques.
Par contre je trouve inadmissible vos propos insultant la nationalité du journaliste auteur de l'article ainsi que le peuple corse et "rital" dans son ensemble.
Pour le coup je n'hésite pas à taxer votre intervention pleine d'amalgame de raciste.
Etonnant que les modérateurs ne vous aient censuré.
Que G. Frèche soit une "grande gueule" tout le monde le sait. Qu'il traite les autres - tous les autres- de noms d'oiseaux est certain (je sais,je l'ai pratiqué).Il n'est sans doute pas le seul au regard de deux personnages publics qui défraient aujourd'hui l'actualité judiciaire dont on sait que le verbe "niquer'" ou le substentif "connard" font partie de leur langage coutumier.
Ce qui est curieux c'est que la source de tous les ennuis "médiatiques- de Frèche reposent sur une seule source journalistique. Homme correspondant sous des divers pseudos d'hebdos par ailleurs soi-disant rivaux depis de très longues années. Règlements de comptes instrumentalisés par les socialistes qui rèvent de succéder la aussi au vieux lyon
Quand à dire que G. Frèche est raciste, homophobe ou antisémite,celà relève d'affabulations. Nous devons redire que les tribunaux saisis ne les ont jamais condamnés
Je ne sais pas si Frêche est raciste ou pas mais l'expression "n'être pas catholique" est archibanale et n'a jamais eu de connotation douteuse.
Le PS, parce que ça l'arrange bien, une bonne partie des journalistes et la foule niaise sont prompts à se jeter sur un incident fabriqué ; n'y a-t-il pas mieux à faire pour combattre le racisme ?