Boire & manger

Comment le chocolat noir est-il devenu un produit sain?

Temps de lecture : 2 min

On peut dire merci à Mars, entre autres.

Les Français et Française engloutissent 7,3 kilo de chocolat par an | Daniel Fazio via Unsplash CC License by
Les Français et Française engloutissent 7,3 kilo de chocolat par an | Daniel Fazio via Unsplash CC License by

Sain, bon pour la santé, idéal pour les régimes, aphrodisiaque. Du chocolat noir, on dit beaucoup de choses.

S'il a autant la cote, c'est notamment parce que depuis une trentaine d'années, Nestlé, Mars et d'autres producteurs de douceurs chocolatées dépensent des millions en recherche scientifique pour attester des bienfaits du cacao et transformer l'image de la friandise en quatre-heures sain. Un activisme qui a suffisamment intrigué le magazine américain Vox pour le décider à examiner une centaine de recherches financées par Mars.

98% d'études positives

Alors même que les ventes de bonbons sont en berne, celles de chocolat augmentent aux États-Unis: elles sont passées de 12,8 milliards d'euros en 2007 à 16,5 milliards en 2017. Les consommateurs et consommatrices, avides de nourriture saine, veulent du chocolat fort en cacao qui, dans l'inconscient collectif, est devenu bon pour la santé.

En 1982, Mars Inc. (M&M's, Snickers, Twix...) a ouvert le Centre Mars pour la science de la santé du cacao au Brésil. Depuis et grâce à Mars Symbioscience, le pendant scientifique de l'entreprise créé en 2005, 140 études scientifiques dites «examinées par les pairs» ont été publiées.

Amélioration des performances cognitives, de la pression sanguine, traitement de maladies immunitaires, effets favorables sur les risques de maladies cardiovasculaires. 98% des études Mars analysées par Vox sont positives, seulement 2% sont neutres ou négatives.

De plus en plus évoquent les flavanols, composants chimiques du cacao qu'on retrouve dans les fruits et légumes, auxquels on prête des vertus antioxydantes idéales pour la santé cardio-vasculaire.

Mars Inc. prétend «être toujours clair sur le fait que le chocolat est une friandise, pas un goûter, ni un repas et commercialiser [ses] produits en accord avec cela», ajoutant auprès de Vox que les résultats de la recherche sur les flavanols n'étaient pas à transposer au chocolat en lui-même. Contenues dans les fèves de cacao, les flavanols se perdent dans le processus industriel de production. Et Mars le sait puisqu'il vend sa marque CacaoVia en précisant que les fèves de cacao ont été «délicatement manipulées» pour «préserver et protéger les flavanols de cacao à l'intérieur».

Pour ingérer une dose efficace et saine de flavanols, il faut manger, par jour, soit un peu de chocolat noir, environ 130 grammes, soit 750 calories, soit 700 grammes de sirop de chocolat, soit plus d'un kilo de chocolat au lait (5800 calories) –ce qui semble fortement déconseillé.

Pour Michael Coe, co-auteur du livre The True History of Chocolate, les investissements des grandes entreprises de sucreries ont pour but de contrebalancer l'histoire négative du chocolat, celle d'une industrie dépendante du travail des enfants et des esclaves, celle d'une industrie responsable de l'obésité.

Besoin d'être rassurés

Adam Brickman a publié une recherche sur les flavanols de cacao en 2014, malgré une grande prudence dans les termes pour ne pas associer flavanols et chocolat, l'étude avait été repris par la presse –dont le New-York Times– titrant sur les bienfaits du chocolat sur la mémoire.

En 2015, un journaliste a publié une fausse étude prétextant que le chocolat permettrait de perdre du poids, avec pour but de montrer à quel point il était simple de tromper les médias sur ce sujet. Tout le monde a envie et besoin d'être rassuré sur son péché mignon.

Est-ce que le chocolat est bon pour la santé? Peu probable. Plusieurs études indépendantes ont montré que le fait de manger du chocolat améliore la pression artérielle, mais aucun lien avec la réduction de maladies cardiaques ou d'attaques n'a été démontré. On ne sait pas non plus si le fait que les mangeurs de chocolat noir aient moins de soucis est dû à d'autres facteurs: un meilleur niveau de vie ou d'autres habitudes alimentaires.

Newsletters

Cela fait 4.000 ans qu'on ne mange pas d'huîtres les mois sans «r»

Cela fait 4.000 ans qu'on ne mange pas d'huîtres les mois sans «r»

Une habitude autant hygiénique qu'écologique.

Trois livres à offrir aux fins gourmets (et aux autres)

Trois livres à offrir aux fins gourmets (et aux autres)

Des recettes, des fromages et des vins, le tout par Joël Robuchon, Bernard Antony et Pierre Arditi

Pourquoi on a quand même faim le lendemain d’un festin?

Pourquoi on a quand même faim le lendemain d’un festin?

Une histoire d'hormones et d'habitudes.

Newsletters