Monde

Les forces du régime syrien aux portes d’Israël, une «win win situation»?

Temps de lecture : 5 min

Le drapeau syrien flotte de nouveau sur un ancien point de passage sur le Golan, à quelques dizaines de mètres des soldats de Tsahal.

Cette photo, prise le 25 juillet depuis la partie du plateau du Golan annexée par Israël, montre de la fumée au-dessus des immeubles de l'autre côté de la frontière, en Syrie, durant l'offensive du régime d'al-Assad pour reprendre la province de Qouneitra. | Jalaa Marey / AFP
Cette photo, prise le 25 juillet depuis la partie du plateau du Golan annexée par Israël, montre de la fumée au-dessus des immeubles de l'autre côté de la frontière, en Syrie, durant l'offensive du régime d'al-Assad pour reprendre la province de Qouneitra. | Jalaa Marey / AFP

Le régime syrien, appuyé inlassablement par la Russie, continue d’enchaîner à grande vitesse les conquêtes de fiefs rebelles depuis le début d’année, récupérant au cours des dernières semaines deux provinces clés du sud du pays à proximité d’Israël.

Après avoir conquis la Ghouta orientale, aux portes de Damas, ainsi que le sud de la capitale, les forces loyales à Bachar al-Assad ont lancé en juin une offensive d’envergure contre la province méridionale de Deraa, berceau de la contestation anti-régime en 2011, faisant plier les rebelles en moins de trois semaines, avant d’étendre son avancée sur la province voisine de Qouneitra. Celle-ci comprend le très délicat plateau du Golan, dont la majeure partie est occupée et annexée par Israël depuis un demi-siècle.

Zone démilitarisée

Les troupes du régime ont atteint le dernier point séparant la partie syrienne du plateau de celle sous contrôle israélien, hissant le drapeau national à quelques dizaines de mètres des soldats de Tsahal positionnés dans le secteur –un mouvement inédit depuis le début du conflit syrien.

Ce point de passage ainsi que la ville de Qouneitra, situés dans une zone démilitarisée en vertu de la résolution onusienne 350 de 1974, étaient sous le contrôle d’une force onusienne (FNUOD) avant le début du conflit, avant que les rebelles s’en emparent à partir de 2013.

Pour marquer son retour en force, le régime a même investi les quartiers de cette ville abandonnée et en ruine depuis les guerres israélo-arabes des années 1960 et 1970, tandis qu’un portrait de Bachar al-Assad a été installé sur une place baptisée «Place de la Libération» au milieu de la ville.

Revirement de 180 degrés

Ce déploiement de l’armée syrienne à la frontière avec l’État hébreu s’est déroulé sous le regard indulgent, voire approbateur des autorités israéliennes.

Longtemps hostiles au retour du régime dans cette zone par crainte d’une implantation à ses portes des forces iraniennes et des milices pro-Téhéran, alliées de Bachar al-Assad et dont le poids en Syrie est estimé à 20.000 combattants, les responsables israéliens ont opéré un revirement de 180 degrés en l’espace de quelques semaines.

Le ministre israélien de la défense, Avigdor Liberman, en visite le 2 août dans le nord du pays, a même été jusqu’à applaudir la dernière victoire du régime face aux rebelles. Ceux-ci ont pourtant été soutenus par Tel Aviv durant la période précédente, avec l'idée de créer une zone tampon sunnite entre les milices chiites pro Assad (dont le Hezbollah libanais et des membres des Gardiens de la Révolution) et la frontière israélienne.

Main tendue

Tsahal avait même mené des frappes à plusieurs reprises pour repousser toute avancée des troupes de Damas et leurs alliés. En janvier 2015, un raid israélien non loin du plateau du Golan a tué six membres du Hezbollah et un général iranien, suivi en mai 2018 par des dizaines de raids contre des cibles iraniennes dans la région et près de Damas.

«En Syrie, la situation revient à celle qui prévalait avant la guerre civile, à savoir qu'il y a clairement à qui s'adresser, il y a quelqu'un qui est responsable et il y a un pouvoir central», a affirmé Avigdor Liberman lors de sa visite, confirmant le virage vis-à-vis de Bachar al-Assad, après des années d’hostilité affichée, ou au mieux d’ambiguïté à certaines périodes.

Liberman a toutefois mis l'accent sur la nécessité de préserver l'accord de démilitarisation de 1974 et que le territoire syrien ne soit pas «utilisé comme un avant-poste iranien contre l'Etat d'Israël» ou de chemin de passage «des armes destinées au Hezbollah», allié de l'Iran et dont le QG se situe dans le sud du Liban.

Ce geste de main tendue de la part du ministre israélien serait lié à des garanties russes de non-déploiement des forces iraniennes ou pro-Téhéran dans la zone frontalière du Golan, où Israël soupçonne l’Iran d’avoir installé une base militaire.

Accord tacite

Moscou, qui tire les ficelles du jeu syrien, cherche, en effet, à limiter l'influence de l'Iran en Syrie, dans l'optique de s'imposer comme acteur et arbitre incontournable entre les divers puissances régionales impliquées dans le conflit et de mieux asseoir ainsi son rôle croissant au Moyen-Orient.

La Russie n’a d’ailleurs jamais réagi aux multiples frappes menées par Tsahal en Syrie depuis 2015, et va déployer dans le Golan «huit postes d'observation de la police militaire pour empêcher d'éventuelles provocations», a assuré le général Sergueï Roudskoï, lors d’un briefing en juillet à Moscou.

L'autre raison à ce geste pragmatique d’Avigdor Liberman réside dans l'historique des liens entre Israël et le régime Assad depuis le milieu des années 70, notamment en ce qui a trait à la zone disputée du Golan: aucune frappe syrienne n’a, en effet, eu lieu en quarante ans contre la partie occupée du plateau, assurant ainsi une stabilité à l'État hébreu sur ce front. Accord tacite ou pas, volonté américaine en contrepartie de garanties, le régime syrien a été durant plusieurs décennies le garant d'une stabilité sécuritaire pour Israël, en dépit d’un discours souverainiste et nationaliste anti-israélien.


Le 26 juillet, un drapeau syrien flotte à la frontière entre la zone du plateau du Golan occupée par Israël et la Syrie, après que le régime a repris le territoire aux rebelles. | Jack Guez / AFP

Triomphe d’Assad

Mais au-delà de cette zone à haut risque sur laquelle l’armée de Bachar al-Assad et la police russe règnent désormais en maître, c’est surtout la progression inédite du régime sur le terrain qui fait aujourd'hui l’actualité syrienne et proche-orientale. Plus de sept ans après le début d’un des conflits les plus meurtriers, dévastateurs et complexes de l’histoire de la région, les forces de Bachar al-Assad ont réussi à reprendre aux rebelles et aux djihadistes des régions entières, contrôlant désormais près des deux tiers du territoire, y compris la plupart des villes principales, contre moins de 9% pour les groupes rebelles (et 27% pour les milices kurdes, neutres à l’égard du régime).

Qousseir, Homs, Hama, Palmyre, Alep, Qalamoun, Deir Ezzor, Ghouta orientale, Deraa, Qouneitra... Le régime, aux abois durant les premières années du conflit et qui ne contrôlait plus que 17% du territoire à la veille de l'intervention russe en septembre 2015, a été remis en selle et, fort du soutien de la Russie, de l'Iran ainsi que de celui du Hezbollah et de miliciens irakiens, afghans et pakistanais, a reconquis toutes ces villes et provinces du pays en l'espace de moins de trois ans.

Depuis le début de l'année, le rythme des conquêtes s'est même accéléré, les derniers fiefs rebelles tombant l'un après l'autre comme des dominos.

Fin juillet, un haut responsable de l’état-major israélien, le général Sergueï Roudskoï, s’est félicité de la reprise express des provinces méridionales, une opération qu’il a qualifiée d’«unique», ayant permis la reconquête d’un territoire de plus de 3.300 km2, , et «le contrôle de la frontière entre la Syrie et la Jordanie».

Concomitamment et dans une lettre ouverte à ses troupes début août, à l’occasion du 73e anniversaire de l’armée, Bachar al-Assad s’est montré plus que jamais rassuré et rassurant. «Notre victoire est proche», a-t-il écrit aux soldats, dont des dizaines de milliers ont péri sur les multiples fronts d’une longue guerre aux ramifications régionales et internationales, ayant fait au total plus de 400.000 morts.

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