Société / Monde

«Je rêvais que mon grand-père soit le grand révolutionnaire qui combattait la colonisation!»

Temps de lecture : 2 min

Deux jeunes femmes ont décidé de fouiller les cartons familiaux. Dépoussiérer le passé pour créer. Anja Kofmel et Delphine Wil sont deux réalisatrices européennes. Elles ont (re)tourné leur passé.

L'été, l'Europe | Marie Dubois pour Foule Continentale / France Inter
L'été, l'Europe | Marie Dubois pour Foule Continentale / France Inter

Cet été, Slate s'associe à France Inter pour parler et faire parler de la jeunesse européenne. Six épisodes, six podcasts, six séries de rencontres. Quatrième épisode.

Un soir, Anja observe sa mère répondre au téléphone. Un coup de fil au début du mois de janvier, de ceux que personne ne souhaite jamais recevoir: ces appels qui bouleversent une vie. Anja est alors enfant et apprend la mort de son cousin, Chris, un jeune journaliste parti officiellement couvrir le tout début du conflit serbo-croate en 1991.

Un cousin qu’Anja idéalisait et idéalisera d’autant plus après sa disparition. Chris a été retrouvé en uniforme. L’autopsie révèle une mort violente. Il a été torturé. Cette nuit-là, Anja, petite Suissesse âgée de 9 ans, est envoyée au lit. Le souvenir de son cousin, «le grand reporter», «le Tintin de la famille», la hantera pendant des décennies. «Chris était plus âgé, il voyageait beaucoup, c’était un aventurier. Je voulais être comme lui», se souvient-elle.

Alors quand elle a eu 26 ans, l’âge que Chris n’a pas dépassé, elle a décidé de mener l’enquête. «Ce n’était pas juste un bon journaliste luttant pour une cause juste, il était bien plus complexe.» Anja Kofmel en a réalisé un film, Chris the Swiss, avec pour décor le conflit yougoslave où l’Europe s’est révélée impuissante à arrêter les affrontements. Les petites histoires de famille en disent parfois beaucoup sur la grande.

Delphine Wil, elle, est Belge. «Je suis un tabou», dit-elle; elle est née d’une mère métisse belgo-congolaise. Adulte, elle a voulu en savoir plus sur son grand-père, un missionnaire arrivé sur les terres de sa grand-mère. Cet homme que sa mère, oncles et tantes admirent tant n’était peut-être pas «du bon côté de l’histoire». C’est le risque quand on fouille trop les greniers des anciens. «L’info était trop partielle», alors elle a épluché les carnets de son aïeul, «comme un ethnologue qui découvrirait une terre inconnue, il y décrit ses journées».

Son grand-père a rejoint les ordres en 1934, cela lui a permis d’étudier, puis il est parti au Congo où il a rencontré la mère de ses enfants, de 25 ans sa cadette.
«Toute mon histoire est liée au passé colonial belge. Eh oui, mon grand-père était un colon. Quand j’ai commencé mes recherches, je rêvais qu’il soit le grand révolutionnaire qui combattait la colonisation!», poursuit-elle. La réalité est ailleurs. Delphine apprend ce que sa famille taisait, les douleurs que trainent encore aujourd’hui, ses oncles et tantes qui ont passé la première partie de leur enfance au Congo. «Là-bas, ils ne pouvaient pas aller à l’école avec les Blancs puisqu’ils étaient métisses. Leur papa donnait les cours. Mon grand-père leur a tout appris.» Puis, la grande histoire rattrape la petite. En 1960, le pays proclame son indépendance mais la région du Katanga fait sécession, soutenue par Bruxelles. Une crise politique qui pousse la famille à regagner la Belgique.

Depuis toute petite, Delphine demande à aller en Afrique, à connaître le pays de sa grand-mère. De sa curiosité pour son histoire personnelle et celle de son pays est né un film, Mémoires de missionnaire.

Pour son enquête, elle est allée en RDC et a retrouvé la famille de sa mère. «En fait ils nous avaient cherché pendant des années. C’était assez dingue. Je reconnaissais des traits de mes oncles chez la famille congolaise. Ils se ressemblent!» Aujourd’hui, elle admet entretenir un rapport peut-être idéaliste vis-à-vis du pays d’origine de sa grand-mère. Elle se sent toujours prête à y retourner, comme sa sœur. «On a une conscience d’avoir ces origines et on en est fières. Alors que ma mère a eu à les cacher. Elle s’est défrisé les cheveux toute sa vie.»

L’épisode 4 «Retourner son passé» est à réécouter sur France Inter

Victoire Faure Journaliste. Grandes ondes et petites histoires

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