Économie

Capitalisme: les illusions de Sarkozy

Temps de lecture : 2 min

Le président français affirme qu’on peut refonder le capitalisme et le rendre plus humain. Il a de l’espoir… Par Jacob Weisberg, président de Slate Group.

«Il n’existe pas de repas gratuit» est un autre lieu commun économique infirmé à Davos: au Forum économique mondial, on peut manger gratuitement partout. La nourriture est essentiellement composée de sandwichs (au pain noir) à l’emmental.

Mercredi soir, Nicolas Sarkozy, l’un des grands pontes à s’être déplacé dans la station suisse, a remis en cause comme jamais la vision du monde des économistes. Au cours d’une allocution passionnée qui, à une autre époque, aurait été considérée comme vantant ouvertement la «troisième voie» économique, il a tenté de trouver le juste milieu entre un capitalisme inhumain et un socialisme non viable. Dans la mesure où le terme «socialisme» garde un mauvais goût même en France, même après la crise économique, Sarkozy a préféré envisager sa démarche comme la proposition d’une autre forme de capitalisme. Une économie de marché complètement libre est une menace pour les valeurs humaines, argumente-t-il: «Nous ne réconcilierons pas les citoyens avec la mondialisation, avec le capitalisme si nous ne sommes pas capables d’apporter au marché des contrepoids, des correctifs.»

Un capitalisme doux?

La question est de savoir si le capitalisme plus doux préconisé par Sarkozy existe. Le président de la République française pense qu’il est possible d’inciter les capitalistes à mieux se comporter en leur rappelant leurs responsabilités vis-à-vis de la société. Il veut aussi distinguer le capitalisme sain d’un côté, qui crée des emplois et de la richesse, et de l’autre un «capitalisme financier» malsain. Sarkozy a déploré la situation économique qui a précipité la crise, une situation où, selon lui, «le rentier prenait le pas sur le travailleur, où les effets de levier, atteignant des proportions déraisonnables, engendraient un capitalisme dans le lequel il était devenu normal de jouer avec l’argent des autres, de gagner facilement, rapidement, sans effort et trop souvent sans aucune création de richesses ou d’empois».

Aussi pertinentes soient certaines parties de cette analyse, il y a, à mon sens, peu de chances que les capitalistes deviennent plus gentils, plus généreux ou moins rapaces simplement à cause de la crise. Et je ne crois pas que la distinction que fait Sarkozy entre le bon capitalisme d’entrepreneurs et le mauvais capitalisme de spéculateurs tiendra longtemps. Cela me fait penser à la réflexion qu’on attribue à tort à George W. Bush, selon laquelle il n’existe même pas de terme en français pour le mot anglais entrepreneur.

Dans la réalité, tous les entrepreneurs sont des spéculateurs (même si l’inverse n’est pas toujours vrai). Dans la réalité, les entrepreneurs sont aussi avides de profits que les directeurs d’institutions financières, si ce n’est plus. Les financiers, qui soutiennent les entrepreneurs, jouent un rôle tout aussi crucial dans la création d’emplois. Et la spéculation n’est qu’un terme qui peut gêner certains pour parler d’un investissement. Sans la spéculation, le concept de capitalisme est en fait… très français.

Jacob Weisberg

Traduit par Micha Czifra

Image de une: le 27 janvier 2010 / REUTERS/Michael Buholzer

Jacob Weisberg

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