Société

Ma crise de la cinquantaine, je l'attends toujours

Temps de lecture : 2 min

[BLOG, You will never hate alone] J'ai eu cinquante ans en octobre dernier, et à part avoir perdu quelques cheveux supplémentaires, ma vie n'a en rien changé. C'est quoi ce bordel?

Flickr/Jürg Stuker-Birthday
Flickr/Jürg Stuker-Birthday

En octobre dernier, j'ai eu cinquante ans. Rien que de l'écrire, j'éprouve comme un frisson rétrospectif mais bon, c'est bien connu ma bonne dame, on s'habitue à tout. Même à l'idée de vieillir et de finir son existence sans savoir où toutes ces années ont bien pu passer. Sans avoir rien compris à cette chose étrange qu'à défaut de mieux on nomme la vie et qui n'aura pas été avare en coups du sort et autres déconvenues. En même temps, je ne suis pas encore mort. Du moins je crois.

Mais cinquante ans tout de même !

Je m'attendais à partir en vrille, à décider du jour au lendemain de changer de métier, de femme, de chat, de rédacteur en chef, de marque de sous-vêtements. Je me voyais tomber dans la drogue, me réveiller aux bras d'inconnues au milieu de paysages exotiques, claquer l'intégralité de mes économies pour m'acheter une berline aussi puissante que racée, investir toute ma fortune dans des bitcoins et les revendre à la hausse, passer mes soirées dans des boites de nuit réputées et danser à m'en démettre le bassin au son de musiques endiablées, draguer ma belle-mère juste pour voir de quel bois elle est faite, adopter une portée de chiots histoire d'emmerder mon vieux chat, voyager en Amazonie et fraterniser avec des indiens à la peau mate et au nez percé, écrire des romans pornographiques vendus sous le manteau avec des couvertures scandaleuses, me convertir au catholicisme et apprendre l'art de la flagellation et de la confession, m'inscrire dans un club de tir au pigeon et dégommer des hirondelles en partance pour annoncer la venue du printemps, devenir pote avec Cyril Hanouna et lui servir d'homme à tout faire, me laisser pousser la barbe et finir par ressembler à un loubavitch halluciné, verser dans l'étude des textes sacrés, me commander une perruque et jouer les play-boys d'opérette à la sortie des restos U, commencer mes journées par une pinte de bourbon et les achever dans un tonneau de vodka, débarquer aux urgences et exiger qu'on procède à l’enlèvement immédiat de mes hémorroïdes, coucher avec une transsexuelle argentine et l'épouser le lendemain à la grande synagogue de Jérusalem sous l'oeil scandalisé et un brin jaloux de toute ma famille, m'engager en politique, fonder mon propre parti et entreprendre la sœur de Brigitte, traverser l'Atlantique à la nage et à reculons, sous l’œil ébahi de dauphins ventriloques, partir au fin fond de l'Inde, faire vœu de chasteté et me raser les couilles avec du lait de vache; vivre, enfin vivre, vivre follement, vivre ardemment pour ne rien avoir à regretter.

Évidemment de tout cela, je n'ai rien fait. Rien.

Je suis resté exactement le même que j'étais les années passées. Tous les jours j'ai prié pour que la crise survienne, qu'elle illumine mon existence et l'embrase à tout jamais, que je sente au plus profond de mon être cet appel à une autre vie, à un dérèglement complet de tous mes sens, à ce basculement dans la folie et l'intempérance. Résultat, le seul changement notable que j'ai pu remarquer a été cette soudaine mollesse dans le dos, le jour où je revenais des courses, chargé comme une bourrique. Sans parler de mon taux de cholestérol qui pour une raison inconnue a connu une accélération foudroyante. Ma tension qui s'est trouvée une nouvelle jeunesse. Mes yeux qui se sont mis à confondre l'entrée de la porte avec celle des toilettes. Ma prostate qui a commencé à faire des heures supplémentaires. Et mes cernes qui se sont creusées si profondément que je ressemble désormais à une publicité pour des somnifères.

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Voilà en quoi a consisté ma crise de la cinquantaine. Un surplus d'emmerdements en tout genre. Et qui ne sont pas près de s'arrêter.

Par contre pour mes soixante ans, c'est décidé: je prends une année sabbatique et je me produis à l'Olympia. En tutu et avec le Chœur de l'Armée rouge.

Chaud devant !

Laurent Sagalovitsch romancier

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