Monde

Rien de ce qu’Omarosa dira ou fera n’a d’importance

Temps de lecture : 5 min

Le flot constant de révélations sur le racisme et l'incompétence de Donald Trump fait paraître celles de son ex-conseillère, considérée comme une opportuniste sans principes, peu dommageables.

Omarosa Manigault-Newman, ex-conseillère du président en charge des relations avec la communauté noire-américaine, ici dans la Roosevelt Room de la Maison-Blanche, le 14 février 2017. SAUL LOEB / AFP
Omarosa Manigault-Newman, ex-conseillère du président en charge des relations avec la communauté noire-américaine, ici dans la Roosevelt Room de la Maison-Blanche, le 14 février 2017. SAUL LOEB / AFP

Cette semaine, Omarosa Manigault-Newman fait la tournée des talk-shows pour assurer la promotion de son livre, Unhinged: An Insider’s Account of the Trump White House, qui promet des détails graveleux sur les rouages de l’administration américaine. Les plus grosses révélations connues à ce jour sont liées à trois enregistrements: un premier datant de l’époque de l’émission de télé-réalité The Apprentice, dans lequel Donald Trump emploierait le mot «nègre»; un deuxième du licenciement d’Omarosa Manigault-Newman par John Kelly, chef de cabinet du président, dans la salle de crise de la Maison-Blanche; et un troisième d’un coup de téléphone au cours duquel le président affirme ne pas être au courant du licenciement de son ex-conseillère.

Omarosa Manigault-Newman assure avoir écouté l’enregistrement contenant le «n-word», même si dans son livre, elle déclare en avoir seulement entendu parler. Les deux autres enregistrements lui appartiennent: Omarosa Manigault-Newman les a faits et les a stratégiquement rendus publics avant la sortie de son livre, le 14 août. Elle a diffusé l’enregistrement de John Kelly sur le plateau de «Meet the Press» samedi dernier et celui de Donald Trump au «Today show» lundi. D’après les déclarations anonymes de fonctionnaires de la Maison-Blanche à ABC News, Omarosa Manigault-Newman serait en possession d’autres enregistrements, qui auraient pu être réalisés à l’aide d’un stylo enregistreur.

Une narratrice peu fiable

Mais même si les propos de l’ex-conseillère et ses enregistrements sont exactement ce que les opposants du président veulent entendre –à savoir que c’est un raciste, un idiot maladroit incapable de contrôler son administration –, son «témoignage de l’intérieur» ne sera jamais aussi satisfaisant que pourrait l’espérer le mouvement anti-Trump. Le premier problème tient à la source elle-même. Comme le président, Omarosa Manigault-Newman est une opportuniste, créée par et pour la télé-réalité. Elle est prête à tout pour accéder à la notoriété, y compris à avoir le mauvais rôle dans un jeu télévisé ringard et à accepter un poste au sein d’un cabinet présidentiel raciste, ce qui fait d’elle une narratrice peu fiable.

Le deuxième problème est lié au contenu. Un enregistrement où Donald Trump utilise le mot «nègre» pourrait servir de raccourci pour illustrer le racisme du président aux yeux de ceux qui ne souhaitent pas ou ne sont pas capables de le voir dans sa politique. Et inciter quelques leaders républicains à couper les liens, au moins temporairement, comme lorsque l’enregistrement de l’émission «Access Hollywood» a été rendu public en octobre 2016. Mais il existe des raisons de penser qu’un tel enregistrement ne suffirait pas à torpiller la présidence de Donald Trump ni à l’empêcher d’être réélu.

Plus grand chose à salir

À ce stade, nous n’avons pas besoin d’entendre Trump prononcer le mot «nègre» pour comprendre qu’il considère les Noirs comme des citoyens de seconde catégorie. Par ailleurs, il est peu probable que les personnes l’ayant soutenu dans l’affaire du faux certificat de naissance d’Obama, lorsqu’il a affirmé que les cinq de Central Park étaient coupables, ou encore quand il a pris la défense des suprémacistes blancs, des «gens très bien» selon lui, lui tournent le dos parce qu’il a employé une insulte raciste.

Nous sommes peut-être face à la seule administration américaine (à ce jour!) à avoir rendu les fuites d’informations et les enregistrements secrets presque entièrement inutiles. Donald Trump n’a plus une once de dignité à perdre et il ne reste plus grand-chose à salir de la réputation de la Maison-Blanche actuelle. Il faudrait une histoire vraiment extraordinaire pour nous convaincre que le président et son administration sont pires qu’il n’y paraît. Et pour que cette histoire ait un véritable impact, il ne faudrait pas qu’elle soit racontée par une commère en quête de célébrité, un idiot incompétent ou un sympathisant du mouvement suprématiste blanc. Et cette contrainte joue en faveur de Donald Trump puisque, par définition, n’importe quelle personne disposée à travailler sous les ordres du président ou presque relève de l’une de ces catégories.

Traîtresse impitoyable

C’est le cas d’Omarosa Manigault-Newman, qui ne s’est pas vraiment rendu service sur le plan de la crédibilité. En effet, l’image de traîtresse impitoyable qu’elle cultive depuis sa participation à «The Apprentice» –un personnage apprécié du public qu’elle a complètement adopté puisqu’elle a intitulé son premier livre The Bitch Switch [Mode garce on/off, ndlr]– n’inspire pas beaucoup confiance. Sur le plateau de «Today», l’ancienne candidate a interrompu à plusieurs reprises Savannah Guthrie pour évoquer Unhinged avec un mauvais goût affirmé, allant même jusqu’à accuser la présentatrice de ne pas avoir lu son livre avec suffisamment d’attention.

Après avoir écrit qu’elle n’avait eu qu’une confirmation indirecte de l’enregistrement contenant le «n-word», Omarosa Manigault-Newman a finalement affirmé pendant le week-end qu’elle l’avait elle-même écouté. Face à une information aussi croustillante, on aurait pu s’attendre à ce que son éditeur sollicite un addendum, ou mette au moins le livre à jour. Mais non. On aurait également pu s’attendre à ce qu’une personne ayant soi-disant écouté l’enregistrement soit capable d’en parler de façon convaincante, ce que l’ancienne conseillère du président a été incapable de faire pendant l’émission.

Mais qu’Omarosa Manigault-Newman mente ou dise la vérité semble hors sujet. Ses griefs et ses intérêts sont personnels, et non politiques. Furieuse d’avoir été licenciée, elle considère ses révélations sur Donald Trump comme un moyen de se faire une place dans le paysage culturel. Ses accusations de racisme n’ont pas d’autre objectif que d’attirer l’attention des médias.

Tournée médiatique des opportunistes

Omarosa Manigault-Newman promet maintenant de rendre publics des enregistrements d’appels d’Ivanka Trump et de Jared Kushner, selon lesquels les «Javanka» auraient été attristés par son licenciement. Des enregistrements qui auront sans doute bien plus d’importance pour elle que pour n’importe qui d’autre. Pour l’heure, sa meilleure monnaie d’échange, sur laquelle elle a décidé de tout miser lors de ses apparitions à la télévision, est l’enregistrement contenant le mot «nègre», qu’elle prétend avoir écouté sans pour autant pouvoir le partager.

La tournée médiatique d’Omarosa Manigault-Newman, une campagne d’autopromotion plutôt bien vue par l’opposition, n’est pas la première que connaît l’ère Trump. Peu après la publication dans le Wall Street Journal d’un article qui lui a valu le statut de star nationale, la vedette du porno Stormy Daniels a lancé une tournée intitulée «Making America Horny Again». Son avocat, Michael Avenatti, s’est par ailleurs servi du dégoût du public à l’égard de Donald Trump pour donner un coup de pouce à sa potentielle future candidature à la présidence.

Soyons clairs: Stormy Daniels et Michael Avenatti ont tous deux l’air un poil plus honnêtes qu’Omarosa Manigault-Newman. Mais il est intéressant de noter que les personnes ayant dénoncé Trump sont des égocentriques sans vergogne à l’affût de la moindre publicité. Un opportuniste à la Maison-Blanche ne peut attirer que des opportunistes. Il n’est donc pas étonnant qu’Omarosa Manigault-Newman soit une informatrice dépourvue de principes. Si vous choisissez de travailler pour Trump, c’est forcément que vous n’en avez pas.

Newsletters

Au Texas, un ancien agent de l'immigration découvre qu'il est mexicain et risque l'expulsion

Au Texas, un ancien agent de l'immigration découvre qu'il est mexicain et risque l'expulsion

Son certificat de naissance avait été falsifié.

En Tunisie, les modifications corporelles pour faire partie des gros durs

En Tunisie, les modifications corporelles pour faire partie des gros durs

Des tatouages et des scarifications pour prouver sa résistance à la douleur, pour montrer qu'on est un vrai mec, pour exprimer aussi une souffrance sociale.

La France ne veut pas de ses djihadistes, la Turquie non plus

La France ne veut pas de ses djihadistes, la Turquie non plus

Les extrader sert la rhétorique anti-occidentale du président turc pour gagner du crédit auprès de l'opinion publique de son pays.

Newsletters