Société

Avital Ronell, philosophe féministe, suspendue après des accusations de harcèlement sexuel

Temps de lecture : 3 min

La professeure a été suspendue après une procédure initiée par Nimrod Reitman, un ancien étudiant. Un affaire révélée par le New York Times qui pose nombre de questions.

New York University | Jonathan71 via Wikimedia CC License by
New York University | Jonathan71 via Wikimedia CC License by

Avital Ronell philosophe, critique littéraire et féministe américaine mondialement connue, figure de proue du déconstructionnisme et professeure d'allemand et de littérature comparée de l'université de New-York (NYU) est accusée de harcèlement sexuel par un de ses anciens élèves, Nimrod Reitman, nous apprend aujourd'hui le New-York Times.

À l'issue d'une enquête d'onze mois au nom du Title IX (loi fédérale anti-discrimination qui oblige, notamment, toutes les écoles à investiguer sur des accusations de harcèlement ou violence sexuelles envers les étudiants), Ronell a été reconnue responsable de harcèlement sexuel, physique et verbal et a été suspendue pour la prochaine année scolaire.

Selon le rapport final produit par la NYU et obtenu par le New York Times, M. Reitman raconte avoir été harcelé pendant trois ans. En témoignent des douzaines de mails dans laquelle la professeure l'appelait «mon favori», «bébé calin mignon», «mon adorable et magnifique Nimrod».

Deux versions

Ce n'est que deux ans après avoir quitté la NYU que l'ancien doctorant a porté plainte au nom du Title IX pour motif d'harcèlement sexuel, agressions sexuelles, harcèlement et représailles. Reitman dit avoir, à de nombreuses reprises, subi des baisers et attouchements ainsi qu'un harcèlement continu par messages, emails et appels.

Ronell dément toutes les accusations de harcèlement: «Nos communications étaient entre deux adultes, un homme gay et une femme queer, qui partagent un héritage israélien, comme un penchant pour la communication complexe et élaborée découlant de notre passé académique et sensibilités communes, a-elle écrit dans une déclaration au New-York Times, ces communications étaient à maintes reprises demandées, répondues et encouragées par lui sur une périodes de trois ans.» La professeure a admis qu'elle ne savait pas que son élève n'était pas à l'aise avec les emails libidineux qu'elle pouvait lui envoyer. Au terme de l'enquête, seul le harcèlement sexuel a été retenu contre elle.

Levée de boucliers

Peu de temps après le verdict de l'université, un groupe de chercheurs et de chercheuses a écrit une lettre à la NYU pour défendre Avital Ronell. Parmis les signataires: Judith Butler, l'autrice de Trouble dans le genre, l'une des chercheuses féministes les plus influentes.

«Bien que nous n'ayons pas eu accès au dossier, nous avons tous travaillé pendant de nombreuses années avec la Professeure Ronell, peut-on lire sur le blog d'un universitaire ayant partagé la lettre, Nous avons tous vu ses relations avec ses étudiants, et certains d'entre nous connaissons l'individu qui a mené cette campagne malveillante contre elle

Après avoir rappelé leur «profonde et tenace admiration» pour la professeure, la lettre déplore «les dommages que cette procédure lui causent, et nous visons à inscrire dans des termes clairs notre objection à tout jugement produit contre elle. Nous maintenons que les allégations prononcées à son égard ne constituent pas de preuves, mais soutiennent plutôt l'attention malveillante qui a animé et soutenu ce cauchemar juridique».

«Nous témoignons de la grâce, de l'esprit affuté et de l'engagement intellectuel de la professeure Ronell et demandons à ce que lui soit accordé la dignité qu'elle mérite pour quelqu'un de cette stature internationale et de sa réputation.»

Le New York Times et Quartz notent que la lettre rappelle les arguments utilisés pour contrer les enquêtes de harcèlement sexuel commis par des hommes: elle s'intéresse aux dommages potentiels sur la réputation de la chercheuse. Sans avoir eu accès au dossier, les soutiens certifient du côté malveillant et malhonnête de la plainte.

Il a été par ailleurs reproché à l'étudiant d'utiliser un outil féministe comme le Title IX pour attaquer une féministe. Diane Davis qui dirige le département de réthorique de l'université du Texas, signataire de la lettre, précise au New-York Times: «Je soutiens, bien sûr, ce que le Title IX et le mouvement #MeToo essaie d'accomplir, leur effort pour confronter et éviter les abus, le fait de réclamer plus de justice. Mais, c'est pour cette raison qu'il est tellement décevant quand cette énergie incroyable de justice est retournée contre elle-même, ce que beaucoup de nous pensons qu'il s'agit dans ce cas.»

Slate.fr

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