Santé / Sciences

«Pourquoi les hommes veulent-ils autant se sentir utiles en "protégeant" la femme qu’ils aiment?»

Temps de lecture : 3 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Nicole, une femme si indépendante que les hommes qu'elle rencontre finissent systématiquement par se détourner d'elle, incapables de trouver leur place.

Nicole Garcia dans «Gare du Nord» de Claire Simon (2013)
Nicole Garcia dans «Gare du Nord» de Claire Simon (2013)

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c’est par là.

Chère Lucile,

Le problème qui m’amène à vous écrire, c’est la sensation que je ne corresponds jamais aux attentes des gens, ce qui me frustre. Ma vie n’a pas toujours été facile, et, depuis toute petite, j’ai cultivé une philosophie de «je n’ai besoin de personne» (surtout parce que je n’avais personne, donc j’étais bien obligée). Devenue adulte, j’ai tendance à ne pas exprimer colère ou tristesse devant les gens, je préfère régler mes problèmes seule.

La plupart des hommes avec qui je suis sortie m’ont reproché ça, de ne pas me reposer sur eux; on m’a souvent dit que je suis assez flippante à cause de mon sang-froid, que ce n’est pas féminin, que je ne suis pas assez mignonne, etc. Mais je ne vais pas faire la vulnérable juste pour leur faire plaisir! Pourquoi les hommes veulent-ils autant se sentir utiles en «protégeant» la femme qu’ils aiment?

Personnellement, je suis bien dans ma vie, et je n’ai pas besoin qu’on me protège, je ne me sens pas vulnérable, et j’estime avoir d’autres choses à partager avec les gens qui me plaisent que des enjeux de sécurité et de protection. Mais, du coup, j’en reviens toujours aux mêmes problèmes: «tu n’es pas assez féminine», «je me sens inutile avec toi». Je suis capable de m’ouvrir aux autres, je raconte mes histoires aux gens, mais souvent mes compagnons ne comprenaient pas le décalage entre certaines choses dures que j’ai vécues et mon attitude, le fait que je me sente bien dans mes baskets.

Bref, si je vous écris c’est que ça commence à me peser. L’homme de qui j’étais en train de tomber amoureuse m’a quittée, en me disant qu’il aimerait que je sois plus dépendante de lui, et que je ne suis pas ce qu’un homme recherche chez une femme. Je dis que «je n’ai besoin de personne», pour survivre en effet, mais pour vivre c’est quand même bien plus agréable d’être plusieurs, et je commence à être un peu désemparée de ne pas réussir à conserver mes relations amoureuses...

Nicole

Chère Nicole,

Je ne serai pas celle qui vous conseillera de jouer à ne pas être qui vous êtes réellement pour rassurer les hommes avec qui vous pourriez être en couple. Quelles que soient les expériences négatives que vous ayez faites de la vie, vous pouvez être fière de votre résilience. Ce serait ridicule d’en avoir honte sous prétexte que vous ne portez pas sans arrêt vos traumatismes sur votre dos.

On nous apprend depuis toujours à faire semblant et vous en payez aujourd’hui le prix. On veut des femmes qui portent des talons hauts mais qui ne peuvent donc plus courir, qui se coiffent et se maquillent et donc doivent protéger ce travail des intempéries, qui pleurent, qui souffrent, et qui sont trop faibles pour se défendre elles-mêmes. Ce sont ces femmes-là qui rassurent certains hommes. Parce qu’ils deviennent ainsi indispensables. On a besoin de leurs bras pour se blottir ou pour ouvrir le bocal de confiture. On a besoin de leur expertise et de leur sang froid.

La vérité, et vous le savez bien, c’est que les femmes peuvent être totalement indépendantes. Financièrement, physiquement et émotionnellement. Ça ne veut pas dire qu’elle n’ont pas besoin d’amour ni de tendresse. C’est juste que pour elles, les relations se construisent autrement que par la domination masculine sur tous les sujets. Je crois, Nicole, que c’est possible de trouver un homme qui respecte ce que vous êtes. Et même qui le valorise. Un homme qui vous aime et qui soit fier de partager sa vie avec une femme qui n’est pas dépendante de lui mais qui choisit de partager une relation basée sur l’égalité et le respect.

Vous doutez aujourd’hui, mais ne perdez pas de vue que cette réaction de rejet de la part des hommes que vous avez aimés est une réaction de faiblesse. Quand on vous reproche de ne pas être assez mignonne, on vous reproche en fait de ne pas savoir valoriser leur force. Quand on vous reproche d’avoir su vous reconstruire, on attend de vous qu’au contraire vous pleuriez dans leurs bras. C’est un problème qu’ils ont. Et qui ne vous concerne pas.

Je vous souhaite de trouver quelqu’un qui, comme vous, sait qui il est. Quelqu’un qui connaît ses failles et ses faiblesses, qui construit ses forces sans avoir besoin d’un faire-valoir à ses côtés. Quelqu’un qui vous aime comme la femme forte et courageuse que vous êtes. Ne changez pas, parce que vous pouvez être fière de la femme que vous êtes devenue.

Lucile Bellan Journaliste

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