Parents & enfants / Société

Les gens qui partent au même endroit tous les ans sont-ils plus heureux?

Temps de lecture : 3 min

Par contrainte ou par choix, vous faites peut-être partie des ces nombreuses personnes qui retrouvent chaque année le même lieu de vacances.

Pétanque | Paul Lacoste via Flickr CC License by
Pétanque | Paul Lacoste via Flickr CC License by

Pour les vacances, vous êtes plutôt du genre à tester de nouvelles destinations à chaque départ, ou au contraire à revenir toujours au même endroit? Pour ma part, et pour la vingt-huitième année consécutive, j'ai passé quelques jours dans le sud de la France, au bord de la mer, dans un village non loin de Montpellier. Comme 45% des Françaises et des Français, je me suis rendu dans un lieu «que j'ai déjà visité cinq fois ou plus par le passé». J'y croise des gens qui eux aussi viennent depuis des années, et se réunissent tous les soirs ou presque dans la même contre-allée pour jouer à la pétanque et prendre l'apéro.

Alors je leur ai demandé: pourquoi reviennent-ils toujours dans la même maison, à la même période de l'année? Certains ont de la famille ici, d'autres suivent leurs proches. «Mon cas est encore différent: j'ai habité dans cette ville il y a une quinzaine d'années», explique Fred, 32 ans. «Désormais, je n'y viens plus que pour les vacances. J'ai vraiment l'impression d'être d'ici… sans l'être vraiment. Je connais mieux que les touristes, mais j'en reste un quand même!»

Je le comprends: nos cas sont similaires, et je connais bien ce sentiment de fausse appartenance –alors que la volonté d'appartenir est la raison principale qui pousse les vacanciers à revenir toujours au même endroit, comme l'expliquait il y a deux ans l'anthropologue Saskia Cousin, spécialiste des pratiques touristiques, dans une interview accordée au Parisien. «Retraités ou ados, les raisons [qui expliquent cette habitude] sont les mêmes: construire des liens sociaux, un sentiment d'appartenance à un lieu et à une petite communauté soudée par ses souvenirs d'enfance, par ses habitudes de rafting ou de barbecue, de boîte de nuit ou de jeu de pétanque, peu importe».

Au point que lorsqu'un ou une tête connue ne revient pas, tout le monde s'inquiète: «Cette année, un ami qui vient chaque année depuis cinq ans n'est pas là», confie Fred. «Avec sa femme ils reçoivent des proches chez eux alors ils ne pouvaient pas venir. Mais il m'appelle tous les jours pour me demander comment ça se passe, et pour savoir si tout le monde va bien. On lui manque, il me parle de nos soirées barbecue et répète sans cesse qu'il se ferait bien une petite partie de pétanque!»

Petanque2

«Les vacances, c'est d'abord le moment où l'on prend le temps de se retrouver en famille, entre amis, rappelle Saskia Cousin au Parisien. Partir au même endroit est donc logique puisque ce qui compte, ce sont les retrouvailles: retrouvailles avec les parents et les copains, retrouvailles avec des lieux qui se chargent de souvenirs années après années. Très nombreux sont les Français qui se ressourcent dans leur village d'origine, chez les grands-parents ou dans la maison dite "de famille".»

Et quand ce n'est pas le cas? Mes voisines et voisins d'apéro ne sont pas forcément du coin: «J'ai découvert ce village grâce à un client», me confie Thierry, 56 ans, qui travaille dans le bâtiment. «Il me parlait toujours de sa maison ici, alors je suis venu une année pour essayer. Maintenant ça fait six ans qu'on revient avec ma femme, chaque été!» Entre deux verres de pastis, il ne cache pas son plaisir d'avoir conquis la station balnéaire: «Je sais quelle est la meilleure des deux boulangeries, le meilleur boucher, et surtout à quelle heure aller à la plage pour éviter la foule», lâche-t-il dans un rire tonitruant. Il est ici comme chez lui et ne s'en cache pas –contrairement à d'autres.

Personnellement, j'apprécie ces vacances qui pourraient sembler répétitives. Revenir toujours au même endroit a quelque chose d'apaisant. «Cela permet de retrouver des émotions positives», précisait la psychothérapeute Christel Petitcollin à 20 minutes en 2015. «On a l'impression de rentrer chez soi. On ne perd donc pas d'énergie à prendre ses repères». Et on la conserve pour se reposer, se ressourcer… ou s'améliorer à la pétanque entre vacanciers.

D'autres sont tout de même moins enthousiastes, comme Rodolphe, 38 ans, qui a passé toute son enfance et son adolescence au bord de la même plage en Charente-Maritime. «C'était tellement toujours la même chose. On est obligé de sympathiser avec les enfants des copains de nos parents, sinon on est exclu du clan qui se crée. Et on arpente chaque année les mêmes rues et les mêmes terrasses. Moi je rêvais de partir ailleurs, de voir d'autres coins de la France. Et ce n'était même pas une question de budget: mes parents gagnaient bien leur vie. C'était juste leur façon à eux d'envisager l'été. Pas la mienne». Père de deux filles, Rodolphe met aujourd'hui un point d'honneur à leur faire voir du pays coûte que coûte. Sa façon à lui d'assurer leur épanouissement.

Saeptem Beseven Journaliste

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