Santé

La popularité des charlatans du bien-être révèle les errements de la médecine

Temps de lecture : 4 min

Les praticiens qui ne savent pas écouter les souffrances de leurs patients les poussent vers des produits et services scientifiquement fumeux.

De plus en plus de personnes ont recours aux techniques de bien-être | Jamie Street via Unsplash CC License by
De plus en plus de personnes ont recours aux techniques de bien-être | Jamie Street via Unsplash CC License by

L'industrie du bien-être, avec ses divers suppléments alimentaires, cures detox et cristaux purificateurs, est en pleine apogée. Autrefois chasse gardée des yogis cocotant le patchouli et autres illuminés hippies, les produits et services scientifiquement fumeux composent aujourd'hui un secteur à 199 milliards de dollars, selon les estimations du Global Wellness Institute en 2015, ce qui fait que Goop [la marque bien-être de Gwyneth Paltrow ndlr] et ses épigones sont désormais difficiles à ignorer. Une croissance qui s'est accompagnée d'un boom de la condescendance des médecins et des professionnels de santé vis-à-vis des consommateurs de bien-être. Si la chose est compréhensible, elle ne permet pas pour autant de saisir pourquoi, partout dans le monde, tant de gens préfèrent s'en remettre à Gwyneth Paltrow qu'à leur médecin.

Rituels ancestraux

La complainte la plus récente dans cette symphonie de mépris est une tribune publiée dans le New York Times le 1er août. Intitulée «L'adoration des fausses idoles du bien-être», elle est signée par la gynécologue et obstétricienne Jen Gunter. «Avant tout», commence Gunter, «j'aimerais clarifier quelque chose. Le bien-être n'est pas de la médecine». Gunter liste ensuite toutes les récriminations familières –et exactes– contre le secteur du bien-être: ce n'est pas médicalement solide, la désinformation y est endémique et cela peut inciter «des gens souffrant de graves maladies à retarder une prise en charge médicale effective».

Là où Gunter se trompe, c'est quand elle cherche à expliquer pourquoi des gens se tournent vers des œufs de jade et de la poussière de lune. Ses arguments vont de l'esthétique («Les potions dans leurs magnifiques bocaux aux ingrédients non-testés et à la pureté inconnue sont quasiment faites pour êtres postées sur Instagram») au spirituel («C'est une sorte de nostalgie médicale, comme si les plus belles années de la médecine remontaient à 5.000 ans. Ce sont de vieux rituels de purification remis à la sauce moderne»).

Sauf qu'elle passe bien trop rapidement sur une autre raison de cet engouement –que beaucoup de gens s'en remettent aux gourous parce que leurs souffrances ont été ignorées ou raillées par des médecins en bonne et due forme.

Discriminations médicales

«De nombreuses personnes –et de nombreuses femmes en particulier– sont depuis longtemps marginalisées et rejetées par la médecine», écrit-elle dans un moment d'honnêteté, juste avant de balayer d'un revers de main la méfiance qu'une telle marginalisation est susceptible de générer. «Mais la réponse n'est pas à trouver dans des théories du complot prédatrices, de fausses religions ou de la magie hors de prix». Au mieux, l'article de Gunter se fiche des motivations des individus allant voir des charlatans pour des conseils médicaux. Au pire, elle aggrave le genre de mépris qui, dès le départ, aura poussé ces gens à ne plus aller voir de vrais docteurs.

Que les femmes, les personnes de couleur et les personnes grosses voient leurs symptômes minimisés ou tout simplement ignorés par des médecins devrait être aujourd'hui un fait bien connu. Quand les femmes ont mal, elle ont plus de chances de se voir prescrire des sédatifs que des antidouleurs, elles attendent en moyenne 16 minutes de plus que les hommes aux urgences en cas de douleurs abdominales aiguës et, selon une étude publiée en 2000, les «femmes ont 7 fois plus de risque que les hommes de recevoir un mauvais diagnostic ou d'être autorisées à sortir de l'hôpital au beau milieu d'une crise cardiaque»

Les enseignements infirmiers sont riches d'informations fausses et racistes sur les patients de couleur, comme par exemple l'idée que la communication non-verbale devrait être privilégiée avec les Afro-américains ou que les «Arabes/musulmans» pourraient choisir de «remercier Allah pour la douleur si elle résulte du processus de guérison» au lieu de demander des antalgiques. Statistique effrayante: 25% des internes en médecine interrogés dans cette étude de 2016 estiment que la «peau des noirs est plus épaisse que celle des blancs». Dans la même enquête, 14% d'entre-eux avaient appris par cœur la maxime «les blacks jamais ne craquent» et pensent que les noirs vieillissent plus lentement que les blancs.

Les préjugés grossophobes sont aussi courants dans la médecine, avec parfois des histoires relevant de la torture –comme lorsqu'une patiente s'était vu orienter vers un zoo pour faire un scanner car ceux des hôpitaux ont une limite de 225 kilos. Dans un article du New York Times, on apprenait que des médecins avaient d'autant plus l'impression de perdre leur temps que leurs patients étaient lourds. Que «les patients les plus gros sont considérés comme les plus pénibles […] les médecins ayant moins de patience plus leurs patients sont gros». Des préjugés incitant les médecins à prescrire des régimes à leurs patients plutôt que de faire attention à leur symptômes, ce qui engendre des retards de diagnostic sur des troubles aussi graves que des thromboses ou des issues médicales plus dramatiques une fois le diagnostic, par exemple d'un cancer, posé.

Déculpabiliser les patients

Voilà, entre autres, pourquoi on peut se tourner vers des détox au charbon ou des gélules de placenta –parce que vous avez été négligé ou vilipendé par ceux chez qui vous étiez venus demander de l'aide. Est-il réellement surprenant qu'un remède miracle qui n'est à portée que d'un clic et d'un numéro de carte bleue soit plus séduisant que l'idée d'avoir à suer sang et eau pour convaincre un médecin de la réalité de vos souffrances? (Et cela si vous avez la bonne mutuelle et les ressources bureaucratiques adéquates pour obtenir un rendez-vous). Répondre à l'exploitation du vide laissé par la médecine traditionnelle, ce n'est pas pointer du doigt ceux que séduit un ersatz habilement markété. C'est combler ce vide.

Rachelle Hampton Adjointe à la rédaction de Slate.com

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