Santé / Sociéte

Le cycle menstruel influe sur le cerveau des femmes

Temps de lecture : 3 min

Et parfois pour le mieux.

Il y a aussi des effets positifs au cycle menstruel | Tuấn Trương via Unsplash CC License by
Il y a aussi des effets positifs au cycle menstruel | Tuấn Trương via Unsplash CC License by

«Elle a ses ragnagnas non?», cette phrase que chaque femme entend quand elle est de mauvaise humeur –ou juste qu'elle exprime un avis divergeant. Quand sa libido monte en flèche, «elle ovule non?».

Oui, certaines femmes se sentent plus anxieuses et plus irritables avant ou pendant leurs règles et c'est vrai qu'elles peuvent être plus excitées au moment de l'ovulation. Mais pas toujours, ou pas systématiquement, ou pas pour toutes les femmes et il est dangereux de faire de ces symptomes et réactions naturelles des généralités.

Gain de compétences

C'est moins connu, mais le cycle menstruel peut aussi avoir des effets positifs sur le cerveau. Certaines capacités sont accentuées à certains moments du cycle. Juste après les règles, c'est la prise de conscience de l'espace, après le 14e jour, les femmes peuvent être plus calmes, moins anxieuses. Entre le 9e et le 12e jour, l'imagination, la perception, la mémoire et l'habilité sociale sont dopées.

Le cerveau pendant le cycle menstruel / Yoko Miyagawa/BBC

Ce n'est pas l'utérus mais les ovaires qui provoquent ces changements nous rappelle la BBC. Les ovaires diffusent deux types d'hormone: œstrogène et progestérone, à différents niveaux pendant le mois. Si les hormones épaississent les parois de l'utérus et décident du moment de relâcher l'ovule, elles affectent aussi le cerveau.

Depuis les années 30, de nombreuses recherches s'intéressent aux effets des règles sur le cerveau, surtout pour pouvoir comprendre ce qui différencie biologiquement les hommes des femmes. Cela a notamment permis de montrer que les compétences sociales des femmes sont supérieures: elles sont plus empathiques et comprennent plus facilement le point de vue opposé au leur. Elles sont aussi meilleures pour communiquer.

Les femmes parlent plus tôt et sont plus à l'aise avec le langage, un reste d'évolution car il y a quelques milliers d'années, les mères avaient besoin de communiquer des informations vitales à leur enfant plus souvent: ne pas manger telle ou telle plante par exemple.

Les hormones

En 2002, Pauline Maki, une psychologue, s'est penchée avec d'autres scientifiques de Baltimore sur les effets de la fluctuation du niveau d'œstrogènes. Chaque participante était évaluée deux fois: une semaine après ses règles, au plus bas niveau d'hormones et une semaine après l'ovulation, au plus haut niveau.

Les jours où les femmes avaient plus d'hormones féminines dans leur système, elles étaient alors beaucoup moins douées pour se repérer dans l'espace mais plus habiles avec les mots. À un plus faible niveau d'hormones, la conscience de l'espace revenait.

Au plus fort taux d'hormones, le niveau de mémoire implicite augmentait ce qui sert à se souvenir de nouveaux mots et aide notamment à développer les compétences communicatives. Pauline Maki a donc envisagé que les changements soient principalement guidés par l'oestrogène.

Les hormones affecteraient deux régions du cerveau. La première est l'hippocampe, utilisée pour la mémoire et indispensable pour les capacités sociales (se souvenir de sa propre expérience pour comprendre celle des autres). Cette région du cerveau grossit chaque mois avec les hormones.

La seconde est l'amygdale, la partie du cerveau pour digérer les émotions, particulièrement la peur. L'amygdale aiderait aussi à éviter les maladresses sociales en aidant à se mettre à la place des autres. Les femmes seraient plus à même de reconnaître des signes de peur lorsque leur niveau d'oestrogènes est plus élevé. Ce qui pourrait aussi expliquer pourquoi certaines femmes qui produisent moins d'hormones n'ont pas cette compétence et ont de moins bonnes capacités sociales.

Maki est persuadé que les effets de notre cycle sur le cerveau sont des accidents de l'évolution. Même si l'on ne sait pourquoi, ce pourrait toujours être un avantage. Plus que celui des femmes, le cerveau des hommes à tendance à «latéraliser»: utiliser les deux côtés du cerveau pour accomplir une tâche. Mais quand le niveau d'hormones d'une femme est plus élevé, sa capacité à utiliser les deux côtés augmente. Ces changements dans le cerveau permettent aux femmes d'être plus flexibles dans leur manière de penser, alternant l'utilisation du cerveau droit et gauche et permettant aux femmes d'envisager toutes les solutions pour résoudre un problème.

Slate.fr

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