France

Frêche: une polémique sans objet en Israël

Jacques Benillouche, mis à jour le 29.01.2010 à 21 h 20

En Israël, la controverse autour des propos de Georges Frêche semble ridicule quand les véritables comportements antisémites ne sont même pas relevés.

georges-freche

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En Israël, on s'étonne beaucoup que traiter en France un juif de juif soit une insulte et fasse couler autant d'encre. En revanche, l'utilisation manifeste d'un éventuel «dérapage» à des fins politiciennes trouble.

Le Parti socialiste, suivi par les médias, semble vouloir sauter sur l'occasion de la plaisanterie déplacée de Georges Frêche pour régler son problème avec la liste Languedoc-Roussillon aux élections régionales et non pas pour s'élever contre la banalisation des propos anti-juifs. Rappelons qu'en France, 631 incidents antisémites ont été répertoriés en 2009 par les autorités sans que l'opinion publique et les politiques, les socialistes en particulier, manifestent leur désapprobation devant ce qui devient une constante acceptée. Les atteintes verbales contre les juifs sont monnaie courante et n'inquiètent pas outre mesure la communauté qui est plutôt sensible aux actes de violences, à l'incendie des synagogues, aux tags sur les tombes juives et aux souillures du mémorial de l'Holocauste.

Il y a pourtant beaucoup d'autres cas où cette soudaine sensiblerie n'a pas fonctionné avec efficacité. Les Israéliens n'ont pas apprécié le silence planétaire devant le dernier rapport de l'ONU sur la guerre à Gaza qu'ils jugent clairement antisémite. Pour eux, les rédacteurs du rapport Goldstone ont utilisé deux stylos. L'un pour le Hamas et l'autre pour Israël. Le thème fondamental de l'accusation est la notion d'intention qui n'est pas sans rappeler la vulgate historique antisémite, les juifs étant l'incarnation du mal. Ainsi, Israël a commis des meurtres en ciblant «intentionnellement» des civils innocents, des hôpitaux et des centres de l'ONU dans une action planifiée au plus haut niveau de l'Etat. En revanche, le Hamas n'avait rien d'intentionnel quand ses combattants s'habillaient de vêtements civils pour envoyer des roquettes et des obus de mortier à destination des villes du sud d'Israël à partir de zones densément peuplées et quand des populations arabes servaient de boucliers humains selon les propres termes du rapport.

Peu de médias non israéliens ont même noté l'extraordinaire action de l'armée israélienne à Haïti qui a été la première à installer en vingt quatre heures un hôpital complet. Les Israéliens répugnent aussi à rappeler au député arabe Ahmed Tibi que, quand il compare de la tribune de la Knesset les victimes de l'opération «plomb durci» à celles de la Shoah, il banalise des faits indicibles. Enfin, lorsque l'évêque de Cracovie, Tadeusz Pieronek, confirme le 28 janvier à un journal italien que la Shoah est une «pure invention juive», les Israéliens doutent de la volonté occidentale de faire taire les brebis galeuses qui parviennent à semer le doute dans les esprits faibles.

Alors, au sujet de Georges Frêche, les Israéliens pensent, sans chercher à s'immiscer dans le débat politique français, que «l'injure» faite à Laurent Fabius d'avoir une «tronche pas catholique» relève plus de la provocation que de la volonté de nuire aux juifs.

Jacques Benillouche

Image de Une: Georges Frêche Reuters

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