Société / Monde

La presse n’est pas responsable des guerres, les chefs d’États si

Temps de lecture : 3 min

Contrairement à ce qu'affirme Donald Trump, les journalistes n'ont aucun rôle dans le déclenchement des conflits.

We want you for U.S. Army | MANDEL NGAN / AFP
We want you for U.S. Army | MANDEL NGAN / AFP

Dans la bataille face au système médiatique, le président Trump a de nouveau fait parler de lui ce week-end.

Sur Twitter il écrit: «Les médias détestent que je dise qu’ils sont l'ennemi du peuple car ils savent que c’est vrai». Puis il renchérit: «Je suis d’un grand service quand j’explique cela aux américains. [Les médias] suscitent une grande division et de la défiance. Ils peuvent aussi provoquer la guerre!»

Dans les colonnes de The Atlantic, Julian E. Zelizer, historien à Princeton et commentateur politique sur CNN, rappelle que différents faits historiques s’élèvent comme contre-exemples pour prouver que le raisonnement de Donald Trump est erroné et simpliste. Le pouvoir d'entrer en guerre n’est pas entre les mains des médias mais du pouvoir politique, en l'occurrence le Bureau ovale ou au Congrès.

Bien évidemment, l’impact du «fifth power» (entendez le «cinquième pouvoir»), c’est à dire du système médiatique, est réel. Il influence l’opinion publique, attire l’attention sur des sujets particuliers mais les élus ont toujours une marge de manoeuvre importante en ce qui concerne la prise de décision et l’utilisation de la force militaire. La responsabilité ultime d’une entrée en guerre incombe aux élus, pas aux médias.

L’exemple de Johnson et de la guerre du Viêt Nam

Le rôle du choix des présidents et du Congrès en période de guerre explique pour une bonne partie ce qui s’est passé au Viêt Nam. Pendant de plusieurs années, les membres de la Maison Blanche avait fait leurs la «théorie des dominos», selon laquelle si un pays, quelque soit sa taille, tombait au main des communistes, les pays voisins suivraient.

Dans un de ses ouvrages Robert McNamara, ancien Secrétaire à la Défense des États-Unis, affirme que cette théorie a été érigé en modèle alors que c’était une erreur. La presse nationale a toujours été considérée comme responsable de la peur ressentie par les citoyens et leurs responsables politiques. Et de nombreux reporters ont accepté de manière aveugle la logique de la Guerre Froide et ont relayée la théorie des dominos, ce qui a peut-être favorisé le marasme de la guerre du Viêt Nam.

Mais dans son ouvrage, Choosing War, Fredrik Logevall se plonge dans les archives présidentielles pour démontrer qu’en 1964-1965 le président Lyndon Johnson avait une marge de manoeuvre en Asie du Sud bien plus élevée qu'il ne le laisse croire. Malgré la couverture médiatique de la question vietnamienne, la pression de l'opinion publique concernant l’envoi de troupes dans cette région là était très faible et le président était mis en garde par de nombreux politiciens concernant l’ingérence américaine sur ce territoire. Des chefs d’États étrangers tels que le Général De Gaulle proposaient à cette époque là des alternatives diplomatiques pour enterrer la guerre civile en cours dans la région grâce à un accord exhaustif. Ce sera lui et lui seul qui décidera de la guerre.

Le manque d’interrogation de la presse face au conflit irakien

Entre 2002 et 2003, rappelle The Atlantic, les autorités américaines sont de nouveau entrés en guerre en Irak, pour faire tomber le régime de Sadam Hussein- un effort très coûteux qui a alimenté l’instabilité du Proche-Orient.

Après avoir appris qu’aucune arme de destruction massive n’était présente sur le sol irakien, le système médiatique, qui avait relayé la propagande gouvernementale, s'est remise en question. Selon les critiques, les reporters avaient été trop passifs après les attentats du 11 septembre et avaient suivi un peu trop aveuglément George W. Bush. En 2004, un éditorialiste du New York Times a admis qu' «en y repensant, nous aurions aimé être plus exigeant dans l’examen des déclarations sur l’émergence de nouvelles preuves». Une erreur collective qui aura finalement poussé les générations suivantes de journaliste à questionner un peu plus leur rôle dans ce genre de cas.

Reste que là encore, analyse le magazine américain, les médias n’ont pas eu la capacité de «causer» une guerre: le système médiatique est trop rarement unanime pour disposer de cette force de frappe. Dans le cas de l'Irak, ce sont les politiques, républicains et démocrates, qui l'ont autorisée, sans écouter les anti-guerre, dont la parole était -faiblement- relayée par certains journaux, comme celle de du conseiller de Bush, Brent Scowcroft, qui avait écrit dans le Wall Street Journal qu'il n'y avait que «peu de preuves pour lier Saddam Hussein aux organisations terroristes, encore moins aux attaques du 11-Septembre».

«Avec ses tweets provocateurs de ce week-end, Trump intensifie son effrayante campagne contre les journalistes, les mettant potentiellement en danger, conclut Zelizer. Et il détourne l'attention des seules personnes qui ont vraiment la capacité de mener les Américains dans un bourbier militaire: Trump lui-même et les majorités du Congrès qui le soutiennent.»

Slate.fr

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