Sciences / Société

Bientôt, le soleil sera notre meilleur allié pour voyager au frais

Temps de lecture : 5 min

Les températures extrêmes rendent nos déplacements pénibles, quel que soit le mode de transport utilisé. Ces situations de forte chaleur sont appelées à se généraliser et même à s'accentuer dans les prochaines années.

Un panneau indique les mesures à prendre en période de canicule, sur la rocade de Bordeaux, le 6 août 2018. | Mehdi Fedouach / AFP
Un panneau indique les mesures à prendre en période de canicule, sur la rocade de Bordeaux, le 6 août 2018. | Mehdi Fedouach / AFP

Si on y réfléchit deux secondes, le problème des fortes chaleurs dans les transports pourrait être très simple à résoudre: il suffirait d'équiper l'ensemble des véhicules automobiles et des transports en commun d'une climatisation efficace. Tous les voyageurs circuleraient alors en étant baignés dans un nuage de fraîcheur, gage d'un bien-être souverain. Cela permettrait de renvoyer au rayon des mauvais souvenirs les pics de chaleur insoutenables, sources de nombreux malaises et d'un réel inconfort pour les voyageurs. Tout récemment, les usagers des transports en commun franciliens ont dû affronter des températures dépassant les 43°C dans les wagons bondés de la ligne B du RER, pire qu'en plein cagnard. Un véritable enfer.

Mais les choses ne sont pas aussi simples. Le problème de la climatisation, c'est que c'est précisément notre consommation excessive d'énergies fossiles et de gaz à effet de serre qui est majoritairement responsable des températures élevées que nous subissons. D'après une étude de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME), un véhicule à essence climatisé rejette jusqu'à 20% de CO2 supplémentaire en ville et 5% sur route, entraînant inexorablement une augmentation de la consommation de carburant.

Et c'est sans compter sur le gaz HFO-1234yf, l'élément-clé pour générer du froid, un hydrofluorocarbure très polluant lui aussi rejeté dans l'atmosphère. Généraliser l'usage de la climatisation aggraverait donc de façon importante le réchauffement climatique. Il faut trouver d'autres solutions pour pouvoir nous déplacer au frais. Et c'est là que la fée innovation entre en piste.

Climatiser sans polluer

Le salut viendra du véhicule électrique. Les progrès en la matière avancent aujourd'hui à pas de géant, laissant présager que les voitures électriques vont commencer à remplacer de façon conséquente les voitures à essence dans les cinq à dix ans qui viennent. Que ce soit en matière d'autonomie ou de recharge des batteries, pas une semaine ne passe sans qu'une nouvelle invention vienne changer la donne. Et c'est une bonne nouvelle pour permettre aux véhicules de rester au frais sans abîmer la planète.

L'année dernière, la start-up américaine LightYear avait défrayé la chronique en présentant le tout premier modèle de voiture électrique utilisant les ressources du photovoltaïque pour recharger son moteur. Bardée de panneaux solaires, la LightYear One offre aux conducteurs et conductrices la possibilité de faire le plein d'électricité naturellement lorsque la voiture roule et qu'elle capte les rayons du soleil.

Mais elle leur permet aussi de disposer d'une réserve importante d'électricité pouvant être affectée à d'autres fonctions du véhicule, et notamment la climatisation de l'habitacle. Le couplage solaire/électrique permet de garder un véhicule au frais grâce à la grande quantité d'électricité disponible. Et en restant dans les limites d'un impact environnemental modéré, comme l'explique Daniel Mugnier, ingénieur-expert du bureau d'études Tecsol, spécialisé dans l'énergie solaire: «La climatisation solaire est l'alternative écologique la plus crédible aux climatisations classiques. Avec un système photovoltaïque, on produit l'électricité qui va alimenter le système classique, grâce à l'énergie solaire».

Reste néanmoins le problème du gaz HFO-1234yf. Pour qu'une voiture puisse rouler de façon écologique sans que ses passagers ne soient écrasés par la chaleur, il faut donc faire encore mieux. Si le recours au CO2 –nettement moins polluant que le HFO1234yf– est évoqué par certains constructeurs (dont Renault) pour rendre les climatisations moins polluantes, cela revient encore à choisir entre la peste et le choléra. C'est là qu'une seconde innovation, qui s'appuie elle aussi sur le photovoltaïque, pourrait jouer un rôle déterminant.

Équiper les véhicules d'une climatisation solaire présente de nombreux avantages. Cette technologie, déclinée sous la forme d'un ventilateur, est peu coûteuse, facile à utiliser car ne nécessitant pas de câblage électrique, et énergétiquement sobre. Elle offre d'excellents résultats pour rafraîchir un habitacle. Le principe est simple: une turbine couplée à un moteur électrique à très basse consommation va brasser l'air et créer une ventilation à l'intérieur du véhicule. Le moteur électrique tire son énergie d'un panneau solaire dédié, relié directement à l'aérateur. Il est possible d'ajouter une batterie au dispositif pour stocker de l'électricité et continuer à ventiler l'habitacle quand le soleil ne brille pas. Simple et efficace.

Enfin, nos voitures pourraient bénéficier également d'une meilleure isolation pour se protéger de la chaleur. Les revêtements isolants conçus spécialement pour l'automobile permettent aujourd'hui de créer un véritable écran qui évite à la carrosserie de chauffer et limite ainsi l'augmentation de la température à l'intérieur du véhicule. De même que les films réfléchissants infrarouges, appelés Ultra Clear Solar Film, qui sont posés sur le pare-brise et les vitres, se révèlent très efficaces pour faire chuter la température dans l’habitacle.

Des métros et des bus bientôt toujours frais

Dans cette quête de fraîcheur, les transports en commun ne sont pas en reste. À travers son plan d'action énergie-climat, la RATP met au point des solutions nouvelles pour rafraîchir stations et rames, en s'appuyant sur les énergies renouvelables. Si jusqu'à présent elle misait sur la ventilation mécanique forcée et la ventilation mécanique réfrigérée –dispositifs peu efficaces– pour apporter un peu de fraîcheur aux voyageurs et voyageuses qui n'ont pas la chance de circuler dans un wagon climatisé, elle teste actuellement un dispositif inédit sur la ligne 14 du métro parisien.

Il s'agit de mettre en place un captage géothermique pour climatiser, mais également chauffer pendant l'hiver une partie du réseau, en mettant en place des tubes dans les cages d’armature des parois afin de permettre la circulation d’un fluide caloporteur. Impulser du froid dans les tunnels et les stations permettra de faire baisser la température globale, y compris dans les wagons. La démarche est innovante, comme l'explique Marie-Claude Dupuis, directrice stratégie, innovation et développement de la RATP:

«Sur le prolongement d’une ligne de métro actuellement en cours de construction sur Paris, nous mettons en place un dispositif de géothermie inséré dans les parois de la future station. Ces parois descendent jusqu’à quarante-cinq mètres de profondeur et l’énergie récupérée permettra d’alimenter entièrement la station et de couvrir sans polluer ses besoins thermiques.»

Actuellement expérimenté dans les stations encore en construction de Porte de Clichy et de Mairie de Saint-Ouen, le dispositif garantira des émissions de CO2 en baisse de 50% et des stations qui vont pouvoir se rafraîchir de plusieurs degrés.

Côté bus, un «matériel roulant particulièrement difficile à refroidir» selon la RATP en raison de l'ouverture fréquente des portes, IDF Mobilités, qui gère les transports en Île-de-France, s'est engagé à équiper les nouveaux véhicules d'une climatisation douce à partir de 2019 en pulsant de l'air refroidi dans l'habitacle, ce qui permet de garder une température fraîche stable en baisse de 5°C par rapport à l'extérieur.

Climatiser nos moyens de transport tout en respectant la planète est un véritable tour de force. Leur diversité et leur complexité –véhicule personnel, transport collectif, motorisation à essence, au gaz, à l'électricité– nécessite de trouver des solutions adaptées à chaque cas de figure.

Néanmoins, la volonté de mettre au point des dispositifs qui permettront de voyager sans souffrir des fortes chaleurs est bien là. Et elle peut compter sur l'innovation pour atteindre ses objectifs. Espérons que la climatisation polluante et énergivore trouvera sous peu une remplaçante respectueuse de l'environnement pour que nous puissions continuer à nous déplacer en restant au frais.

Arnaud Pagès Journaliste indépendant

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