Monde

Un musée dédié au journalisme et à l’information peut-il vendre des goodies labellisés «Fake News»?

Temps de lecture : 3 min

Le Newseum, célèbre musée des États-Unis, a provoqué un débat et l’ire des journalistes.

Capture d'écran de la boutique du site du Newseum, via le site Poynter.
Capture d'écran de la boutique du site du Newseum, via le site Poynter.

C’est peu dire que les relations entre les médias et l’administration Trump ne sont pas au beau fixe. Le 2 août par exemple, lors d’un discours, le président américain s’en est pris pendant un quart d’heure aux journalistes et aux médias. Le soir-même, sa fille Ivanka Trump a indiqué, elle, qu’elle ne considérait pas les journalistes comme «l’ennemi du peuple».

Une rhétorique reprise ensuite par son père, qui a déclaré sur Twitter qu’elle avait eu raison de dire non. «Ce sont les fake news, qui constituent un gros pourcentage des médias, qui sont les ennemies du peuple».

C’est dans ce climat que de nombreux médias, dont Poynter qui a sorti l’info en premier, repris par le Washington Post, ont pointé les goodies vendus par le Newseum. Ce musée dédié à «l’importance d’une presse libre et du premier amendement (qui aborde la liberté de la presse ou la liberté d’expression, ndlr)», situé à Washington, vend notamment des t-shirts: «Vous êtes vraiment des fake news» («You are very fake news» en VO).

De nombreux journalistes et soutiens ont réagi sur les réseaux sociaux, notamment Twitter.

«Vos “fake news” t-shirts ne sont pas drôle, @Newseum. Ils se moquent des reporters dont vous avez inscrit les noms sur les murs, qui sont morts pour leurs vocations».

«C’est une très mauvaise idée @Newseum – vous existez pour honorer, examiner et protéger les médias d’informations, pas pour embrasser des mots-clés par lesquels d’autres cherchent à les saper».

«Un mémorial au Newseum rend hommage aux 2.323 journalistes qui sont morts pour l’information, de nombreux d’entres eux l’ont été de la main de régimes étrangers hostiles à la presse».

Face à la polémique lancée, le Newseum s’est défendu et a indiqué que les t-shirts, casquettes et autres font partie de l’attachement du musée à un large éventail de points de vue. «Nous reconnaissons que la question est légitime», a déclaré Sonya Gavankar, la directrice des relations publiques, à Poynter. «En tant qu'organisation non-partisane, les personnes ayant des points de vue différents se sentent à l'aise lors de leur visite du Newseum, et l'une de nos plus grandes forces est que nous sommes les défenseurs non seulement d'une presse libre mais aussi de la liberté d'expression».

Cette défense n’a pas plus convaincu les journalistes. «Ce n’est pas une question de “liberté d’expression”. Les gens peuvent dire "fake news" et le Newseum peut vendre les t-shirts s’il le souhaite. Le problème est que c’est contraire à la mission du Newseum. Le Hall of Fame du baseball ne vend pas des t-shirts : “Le baseball, c’est nul”», a écrit l’un d’entre eux.

Deux journalistes du Washington Post ont pointé que «fake news» n’était pas «un argument politique»:

«C’est une stratégie politique cynique qui reflète des années de travail effectuées par des personnes très bien rémunérées dont le but était de peindre les médias en tant que faction politique - ainsi qu’un cri de ralliement pour ceux qui considèrent les erreurs des médias non pas comme le résultat inévitable du comportement humain mais plutôt comme une confirmation de leur duplicité».

Le 4 août, le Newseum a indiqué qu'il avait retiré les t-shirts présentant les médias comme des fake news.

Slate.fr

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