Économie

Inflation à 2,3%: le retour de l’hydre?

Temps de lecture : 3 min

Les jeunes générations n’ont pas à interroger leurs parents pour anticiper les difficultés de la vie courante avec des prix à 10%.

Les prix de l'alimentation ont augmenté de 2% sur un an en France. | stevepb via Pixabay License by

Les jeunes générations ignorent l’effet d’une hausse régulière des prix. L’inflation qui atteignait 10% l’an dans la décennie 1970 a été vaincue au milieu des années 1980. Depuis lors, elle n’était plus en moyenne que de 1,6% par an, reculant même autour de 0,5% avec la crise financière et la faible croissance ces cinq dernières années. L'inflation, c’est une hausse sensible de tout: du pain, des aliments, des vêtements, des transports, des assurances, des automobiles, des loisirs. Une de celles qui vous font dire: «ça augmente». Et qui vous font immédiatement calculer: et mon salaire il augmente de combien lui? L’inflation, c’est une course prix-salaires qui a cassé la tête des gouvernements et qui a poussé les électeurs à unir bulletin de vote et feuille de paie.

C’était fini. L’inflation était morte. Les politiques monétaires dites restrictives (taux d’intérêt élevés), la mondialisation qui a ouvert la porte aux produits chinois pas chers et les progrès techniques (téléphone) l’ont abattue. Depuis vingt-cinq ans, la hausse en moyenne de 1,6% annuelle est devenue «insensible». Elle correspond, selon les banques centrales, à l’amélioration de la qualité des produits. Autrement dit, il s’agit d’une hausse normale, acceptable et acceptée. Au-delà du seuil de 2%, il en va autrement, le mouvement des étiquettes redevient sensible.

L’inflation est-elle de retour? La hausse des prix a été de 2,8% sur un an dans les pays de l’OCDE. Regain universel: 2,5% au Canada, 2,9% aux États-Unis, 2,1% en Allemagne (le pays de la vertu), 4,4% au Brésil, 1,9% en Chine, 3,9% en Inde, 2,1% en Arabie Saoudite. En France, en juillet, les prix à la consommation ont progressé de 2,3% sur un an, soit leur plus forte hausse depuis mars 2012, dit l'Insee. Cela fait le troisième mois consécutif avec un indice au-dessus du seuil de 2%.

Du calme!

Tranquillisez-vous, répondent les économistes. Non, l’inflation n’est pas de retour. La poussée des indices s’explique par les prix de l'énergie qui ont grimpé avec le pétrole de 10,4% sur un an dans l’OCDE. En France la flambée a même été de 14,3% sur un an, en raison notamment d'une forte augmentation des prix du gaz. Les économistes conviennent que les prix alimentaires ont eux aussi eu chaud (1,8% dans l’OCDE, 2% en France dont 6,3% pour les produits frais). Les services également sont tirés vers le haut.

Mais pour peu que Donald Trump cesse de s’en prendre à l’Iran, le marché du pétrole ne va plus se tendre et tout va se calmer. L'Insee, dans sa dernière note de conjoncture, parue en juin, table sur un reflux durant le second semestre. L'inflation sur douze mois devrait retomber à 1,7% à la fin de l'année.

Les économistes sont sur la même ligne. Les forces qui ont cassé l’inflation il y a vingt-cinq ans sont toujours à l’œuvre. La concurrence demeure, les poussées protectionnistes sont très loin de nous obliger à racheter des t-shirt américains ou européens dix fois plus chers que ceux venus d’Asie. La progression technologique donne parfois des signes de ralentissement (l’épuisement de la loi de Moore en électronique) mais là aussi nous sommes loin d’une véritable inflation.

Du calme! donc. Les jeunes générations n’ont pas à se plonger dans les livres d’histoire ou à interroger leurs parents pour anticiper les difficultés de la vie courante avec des prix à 10%. Pour le gouvernement français, le regain d'inflation serait la pire des calamités dans un contexte de croissance affaiblie et de chômage persistant.

Les prix grimpent quand même

Les économistes français nous rassurent à nouveau: le pouvoir d’achat des ménages devrait progresser encore cette année de 1%, selon l'Insee, en moyenne, du fait notamment de la baisse des cotisations sociales pour les salariés et salariées, et de la diminution de la taxe d'habitation pour 80% des Français.

Tout va très bien, Madame la marquise. L’hydre de l’inflation, comme on la désignait dans les années 1970, n’est pas près de revenir terrifier la terre, Hercule gagne encore, Jupiter avec lui.

Il n’empêche. La séquence de la crise financière avec des taux d’inflation quasi-nuls offrant des avantages historiques pour la vie de tous les jours, semble terminée. Les prix connaissent à nouveau des hausses. Pas tous, pas tous ensemble en vérité, mais on est reparti sur des indices compris entre 1,5% en 2%. On sort de la zone 0,5%. C’est un changement qui se fera sentir quand même. Et qui, quand même, va renforcer l’obsession française du pouvoir d’achat. Ce n’est bon ni pour Macron, ni pour personne.

Eric Le Boucher Cofondateur de Slate.fr

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