Sciences / Monde

Comprendre le lien entre réchauffement climatique et météo avec un seau de balles

Temps de lecture : 3 min

Les liens de cause à effet entre météo et climat sont compliqués.

Le réchauffement climatique n’est pas une hypothèse lointaine, mais bien une réalité qui s’affiche sur nos thermomètres. | Linh Nguyen via Unsplash License by

Nous connaissons actuellement un été caniculaire avec des records de chaleur dans le monde entier. Le 5 juillet, la température a atteint 51 degrés en Algérie, un record pour le pays et pour le continent africain. Le lendemain, le thermomètre à Los Angeles atteignait les 43 degrés, un record historique. Dimanche dernier, le Japon a enregistré sa température la plus élevée au beau milieu d’une vague de chaleur qui a fait au moins quatre-vingts morts à ce jour. Les implications semblent claires: le réchauffement climatique n’est pas une hypothèse lointaine, mais bien une réalité qui s’affiche sur nos thermomètres, ici et maintenant.

Mais est-ce complètement vrai? De chaudes journées d’été, on en voit tout le temps. Alors peut-on vraiment imputer la canicule de cet été au changement climatique?

Identifier la cause d’un événement météorologique est un défi de taille, car le climat est une chose complexe. D’une part, il est influencé par de nombreux facteurs, des orbites planétaires aux courants océaniques en passant par l’activité humaine. D’autre part, il est capricieux. Depuis des dizaines d’années, on observe une hausse des températures, mais cette tendance n’est pas constante. Au printemps dernier, la côte est des États-Unis a notamment enregistré une vague de froid inhabituelle avec 1.291 températures minimales record (et seulement 110 températures maximales record) en une semaine seulement. Comment démêler tout cela?

L'attribution des événements extrêmes

La réflexion est aussi importante qu’elle est difficile. Les effets à long terme du réchauffement climatique, tels que la hausse du niveau de la mer qui finira par entraîner le déplacement de dizaines de millions de personnes, ne sont que la partie visible de l’iceberg. Le changement climatique affecte également les êtres humains en augmentant (vraisemblablement) la fréquence à laquelle des phénomènes météorologiques extrêmes –ouragans, inondations, sécheresses et vagues de chaleur– se produisent, y compris à notre époque. Un nouveau domaine scientifique est en train d’émerger et cherche à nous aider à comprendre le rapport précis entre la lente modification du climat mondial et les variations météorologiques naturelles du quotidien: il s’agit de l’attribution des événements extrêmes.

Ou pour reprendre l’expression du scientifique Michael Wehner: l’attribution «probabiliste» des événements extrêmes. Chercheur principal au Lawrence Berkeley National Laboratory, Michael Wehner a veillé à ne pas présenter sa science comme une formule magique permettant de trouver la cause indisputable à des événements climatiques isolés. «L’idée n’est pas que le changement climatique a inondé ma maison, mais que le changement climatique a changé les probabilités que ma maison soit inondée», explique-t-il.

Des pompiers combattent un incendie à Griffith Park (Los Angeles), le 10 juillet 2018. De nombreux incendies se sont déclarés en Californie du Sud lors de la vague de chaleur ce mois-ci. | Mario Tama / Getty Images North America / AFP

Une analogie simplifiée permet de comprendre le fonctionnement de l’attribution des événements extrêmes. Imaginez un seau rempli de balles bleues et rouges. Si vous tirez une balle bleue, le temps sera modéré; si vous tirez une balle rouge, le temps sera extrême. Avant le réchauffement climatique, le seau ne contenait presque que des balles bleues, et seulement quelques balles rouges. Depuis, des balles rouges sont venues prendre la place de balles bleues. Si un ouragan frappe aujourd’hui, nous savons qu’une balle rouge a été tirée. Mais nous ne savons pas si cette balle rouge était là à l’origine ou fait partie de celles apportées par le changement climatique. L’attribution des événements extrêmes nous permet simplement d’estimer le nombre de balles rouges qui ont été ajoutées au seau.

Le changement climatique opère à la vitesse de l'éclair

À vrai dire, cette science naissante s’est révélée plus utile sur certains types d’événements climatiques que d’autres. Si l’application de l’attribution des événements aux inondations est encore hésitante, les conclusions de recherches menées sur les vagues de chaleur, en revanche, sont bien plus cohérentes. «Les vagues de chaleur sont simples. À peu près partout dans le monde, le changement climatique a aggravé le phénomène», affirme Michael Wehner.

Il faudra du temps avant que les scientifiques puissent affirmer avec assurance dans quelle mesure cet été record est dû au réchauffement climatique, mais Michael Wehner a bien voulu fournir de premières estimations. Il considère, par exemple, que le changement climatique a augmenté la probabilité d’une vague de chaleur dans le sud de la Californie de vingt à cinquante fois.

Bien entendu, les preuves les plus solides du réchauffement climatique ne résident pas dans des événements isolés comme les jours de grosse chaleur. Une journée chaude ne permet pas de démontrer le réchauffement climatique, tout comme une journée froide ne permet pas de le démentir. Les preuves se trouvent plutôt dans un ensemble toujours croissant de données sur le changement climatique pointant vers des tendances cohérentes et irréfutables. À l’échelle humaine, le changement climatique est un processus lent, mais du point de vue de la Terre, il opère à la vitesse de l’éclair et si nous le laissons poursuivre sa route, il finira par avoir des conséquences désastreuses pour l'humanité et l’environnement. Et pour l’arrêter, notre détermination ne peut se permettre d'être aussi changeante que la météo.

Irineo Cabreros

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