Monde

«J’ai l’impression que ma génération n’a connu l’Europe qu’en crise»

Temps de lecture : 3 min

Qui se cache derrière les parois si propres du quartier Schuman de Bruxelles? Les institutions européennes n’ont pas cent ans mais sont en permanence critiquées. Rencontre avec des fonctionnaires européens trentenaires ni pessimistes ni eurobéats.

L'été, l'Europe | Marie Dubois pour Foule Continentale / France Inter
L'été, l'Europe | Marie Dubois pour Foule Continentale / France Inter

Cet été, Slate s'associe à France Inter pour parler et faire parler de la jeunesse européenne. Six épisodes, six podcasts, six séries de rencontres. En voici la seconde.

Emmanuel et Timothée travaillent tous les deux au Parlement européen. Mais d’un bout à l’autre de l’Hémicycle. Emmanuel pour les Verts, Timothée pour le Rassemblement national. Ils ont le même âge, tous les deux de l’humour, alors, parfois, ils mangent un bo bun dans le quartier Schuman de Bruxelles. Emmanuel et Timothée ne sont pas amis, «mais potes», précisent-ils.

«Aujourd’hui, en Europe: en Italie, en Bulgarie, en Autriche… On a des gouvernements avec la participation ou le soutien de l’extrême droite. Donc à un moment faut se poser les bonnes questions», lance Emmanuel.

Pour lui comme pour Timothée, l’Europe est menacée. «Moi je me souviens avec bonheur des années 2004-2005 où tous les Français parlaient d’Europe… C’était comme l’affaire Dreyfus. Un vrai moment d’effervescence démocratique.» Les années ont passé… Ces deux fonctionnaires sont perçus «de très, très loin par les concitoyens», concèdent-ils. «C’est un Parlement bâtard.»

511,8 millions d’Européens, et moi, et moi, et moi…

Selon Timothée, «il y a peut-être quatre, dix, allez vingt personnes au maximum dans toute la bulle européenne qui sont capables d’influencer les choses. C’est tellement monstrueux comme fonctionnement que tout le monde a l’impression d’être un petit rouage qui ne peut pas faire bouger la marche globale des choses».

C’est un paradoxe, Timothée travaille pour une institution qu’il aimerait voir disparaître.

Pour les deux attachés parlementaires, l’Union européenne souffre plus d’un déficit politique que démocratique. «Si on veut un cadre, il faut d’abord vouloir le fixer ensemble. Le politique ne donne plus aucun sens et ne dit plus où il veut t’amener en tant que peuple», déplore Emmanuel.

À des milliers de kilomètres, Maxime vient de s’installer en Birmanie avec une carrière européenne derrière lui. Quand il était à Bruxelles, il a cofondé un blog, Les Grecques, publiant des billets satiriques sur les coulisses des institutions. Un blog anonyme, à plusieurs mains, signé, très sobrement par «un collectif de bas-fonctionnaires européens vivant dans l'ombre des institutions, à la recherche d'un after dans cette fin de soirée européenne». Leur premier billet «Europe, fin de soirée» a fait glousser, paraît-il, députés de tous bords, de toutes nationalités.

«Contre toute attente, les eurocrates sont des gens très drôles», assure-t-il.

Quand Maxime est arrivé au Parlement, il avait «l’impression d’aller dans le sens de l’histoire. Et j’ai retrouvé l’ambiance Erasmus. Un bon assistant est un décodeur en fait, capable de comprendre les sensibilités de chacun». Maxime travaillait pour un député anglais, puis français, de quoi nourrir amplement son blog. Aujourd’hui, en dehors du sérail, c’est le seul «bas-fonctionnaire européen» à pouvoir s’exprimer.

«J’ai l’impression que ma génération n’a connu l’Europe qu’en crise. L’Europe se meurt de ne pas être représentée.» Incarnée.

Marie Dubois pour Foule Continentale

Dans l’hémicycle du Parlement à la moquette verdâtre et aux fauteuils «bleu triste», Terry Reintke dénote un peu. Cette députée européenne allemande a 31 ans et siège avec le groupe Verts/Alliance européenne. Elle a été élue en 2014, alors qu’elle n’avait que 27 ans. Quand Terry est arrivée la première fois dans l’institution avec son énorme sac à dos, elle s’est dit que, peut-être, elle ne se sentirait pas à sa place. «En réalité, quand je suis passée par le portique de sécurité, personne ne m’a rien dit ni n’a fait attention à mes vêtements un peu usés. Pour moi ça a été un moment positif. J’ai senti que c’était aussi mon espace démocratique à moi, ma maison.»

Lors de son élection, elle aussi a dû faire face au scepticisme, de la part même de ses parents, pas toujours convaincus de l’utilité des 750 députés européens. Elle a dû leur prouver. Terry Reintke s’est fait connaître du grand public il y quelques mois. Avant le mouvement #MeToo, elle a témoigné d’une agression, debout, dans l’hémicycle.

La vidéo a été très partagée. Son quotidien est tout autre. Elle l’assure, «même quand on est membre d’un tout petit groupe politique à Bruxelles, on peut vraiment influencer la législation. J’ai travaillé sur les travailleurs détachés, et j’ai senti que les décisions prises avaient un véritable impact sur la vie des gens».

L’épisode 2 «Rencontre avec le diable» est à écouter aussi sur France Inter.

Victoire Faure Journaliste. Grandes ondes et petites histoires

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