Politique / Monde

«Ma génération est celle d’Erasmus, mais ce n’est pas ma marque, à moi»

Temps de lecture : 2 min

Trois jeunes –une Italienne, une Ukrainienne et un Français– s’interrogent sur leur lien avec leur identité nationale. Elles et il ont voyagé, dansé sur les mêmes musiques, et regardé les mêmes séries à la télévision.

L'été, l'Europe | Marie Dubois pour Foule Continentale / France Inter
L'été, l'Europe | Marie Dubois pour Foule Continentale / France Inter

Cet été, Slate s'associe à France Inter pour parler et faire parler de la jeunesse européenne. Six épisodes, six podcasts, six séries de rencontres. En voici la première.

Au bord de la piscine d’un complexe hôtelier du sud de l’Italie, Michela, 27 ans, arbore le t-shirt de son parti. On peut y lire le slogan «Fortemente Credere» (croire fort). Sa croyance, c’est celle du réveil de la nation. «Le temps des patriotes» est de retour, prédit même la présidente de Fratelli d’Italia, dans un clip de campagne (avec drapeau bien repassé, famille tendrement unie dans un champ de blé et patrouille d’avions de chasse).

Michela et les centaines d’autres jeunes présents à cette convention d’extrême droite européenne s’est engagée à défendre les «valeurs» et les «traditions» de son pays.

«Ma génération est celle d’Erasmus, mais ce n’est pas ma marque, à moi. Car j’ai toujours privilégié ma famille et la vie dans mon pays», revendique-t-elle. De nombreux Italiens et Italiennes de son âge ont étudié à l’étranger et, chômage oblige (32% chez les jeunes dans le pays), y sont restées. Michela, elle, se bat pour que cela ne se produise plus. Presque une question de survie, dans sa bouche: «En 2021, il y aura un problème de substitution ethnique», assure-t-elle.

Cinq frontières séparent Michela de Fanni

De son enfance ukrainienne, Fanni se rappelle ses cours de danse, son immeuble «très soviétique» de neuf étages où il faisait «très froid l’hiver et très chaud l’été» et dont les parois étaient si fines qu’elle profitait de la télévision du voisin. Elle se souvient aussi des années 1990 comme d’une période sombre pour son pays «avec des groupes paramilitaires qui contrôlaient les villes». À 29 ans elle constate que les jeunes ne sont pas toujours très fiers d’être ukrainiens et ukrainiennes. Il y a dix ans, celle qui se définit comme «artiste et activiste» chantait, avec son groupe de féministes. C’était avant la guerre. En 2014, c’est un peu contrainte et forcée que Fanni se questionne sur le sens du mot «nation». Son pays connaît alors la Révolution de Maïdan et le conflit armé. 10.000 morts en quatre ans.

Fanni est originaire de la région russophone d’Ukraine, mais par militantisme, elle change de langue et se force à parler en ukrainien à ses parents. «Je suis patriote.» Fanni ne porte le t-shirt d’aucun parti mais un gilet pare-balles de seize kilos. Elle est aujourd’hui interprète pour l’armée ukrainienne, contre les forces pro-russes. «Avant je pensais que tout le monde était libre, après avoir vu la guerre, je ne pense plus cela.»

Plus au nord, la Scandinavie. Clément pourrait peut-être figurer dans les prospectus bien brillants de promotion de l’Union européenne. Jeune chercheur français, il a bénéficié des échanges universitaires européens et des vacances en Irlande en auberge de jeunesse avec un mauvais anglais, des litres de Guinness et presque autant de pluie. Il avait 18 ans.

Une décennie plus tard, il est en Suède. Clément a enchaîné les contrats de recherche précaires un peu partout dans le monde. Prototype de la «génération Erasmus», il dit avoir surmonté le déracinement grâce à la musique. Car Clément, la nuit, devient DJ Miette. Sa communauté, dit-il, est celle de ces forcenés qui ont passé des heures à chercher un disque, LE disque.

Marie Dubois pour Foule Continentale

Sauf que. Dans son campus suédois, Clément conserve quelques réflexes nationaux. Il lit les journaux français et concède qu’il s’intéresse peu à la prochaine élection suédoise de la rentrée. «Autant il faut accepter son noyau, autant il faut aussi accepter une certaine complexité de la vie et que les trajectoires individuelles sont toujours compliquées. Il est impossible d’échapper aux mélanges et aux mouvements des personnes.»

L’épisode 1 «À quoi sert une nation?» est à écouter aussi sur France Inter.

Victoire Faure Journaliste. Grandes ondes et petites histoires

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