Santé / Société

Mon ennemi, c'est la chaleur

Temps de lecture : 3 min

[BLOG, You will never hate alone] Quand il fait chaud comme ces jours derniers, je deviens si con que je n'arrive même plus à m'étonner de l'être.

On fait comme on peut | Laura LaRose via Flickr CC License by
On fait comme on peut | Laura LaRose via Flickr CC License by

J'ignore quel est l'idiot de service qui depuis quelques années s'amuse à augmenter de quelques degrés la température sitôt l'été installé mais je ne lui dis pas merci. Quelle enflure mais quelle enflure! Il devrait être poursuivi pour crime contre l'humanité, atteinte à la dignité de la personne, tentative d'homicide volontaire sur individu en état de faiblesse. La chaleur, je le répète chaque année sur ce blog –c'est mon marronnier– est l'ennemie avérée du genre humain, la responsable de tous ses malheurs, la cause de tant d'infortunes qu'elle devrait figurer en tête de liste des plus grands fléaux à combattre.

Quand il fait chaud comme ces jours derniers, je deviens si con que je n'arrive même plus à m'étonner de l'être. J'ai le regard vide de celui qui vient de plonger dans une piscine alors que le bassin n'est pas encore rempli, je me traîne dans les rues avec la même allégresse qu'un condamné à mort qu'on viendrait d'extraire de sa cellule pour l'amener à son peloton d’exécution, je passe le plus clair de mon temps à surveiller mon baromètre et quand il gagne un ou deux degrés, je m'exclame d'une voix éplorée comme le mari qui vient d'être à nouveau cocufié: «Cela ne s'arrêtera-t-il donc jamais?».

Et lorsque je cesse de batailler avec mon baromètre, c'est pour mieux interroger un moteur de recherche qui saura trouver le remède le plus efficace pour lutter contre les effets de la chaleur. Pas un que je n'ai point essayé. Du drap que je «picardise» dans mon congélateur, entre deux paquets de frites, au bac de glaçons déposé à l'autel de mes huit ventilateurs disposés dans mon appartement comme autant de miradors auprès desquels je viens demander asile et protection. Des bouteilles d'eau congelée postées aux quatre coins du lit comme des capsules de survie à la douche d'eau froide, d'eau tiède, d'eau brûlante –c'est selon les pays– prise juste avant les retrouvailles avec le lit chaud comme une bouilloire. Des rideaux fermés, entrouverts, le jour, la nuit, aux plaques d'aluminium collées aux vitres.

Rien n'y fait. La chaleur est en moi qui m'étrangle comme une sorcière maléfique, à jamais sourde à mes récriminations. Je vais dans la ville, aveugle, somnambule, hagard au point de prendre des fontaines publiques pour des mers océanes où je me noie sans pour autant apaiser ma soif de fraîcheur. La puanteur est atroce, la pollution immonde, la promiscuité écœurante. Tout sue, suinte, ruisselle avec dans l'air des parfums lourds de senteurs si musquées qu'on dirait que des cocottes viennent d'éternuer à l'unisson. Je me découvre des passions soudaines pour des supermarchés dotés d'air conditionné. J'erre des heures durant le long de ses allées comme un touriste lubrique dans les ruelles du quartier rouge d'Amsterdam. Je les quitte à regrets pour une salle de cinéma où je m'endors tel l'ivrogne sur sa banquette, vaincu par les vapeurs d'alcool.

Je suis fatigué encore plus que d'habitude. Je jette vers le ciel des regards courroucés et quand vient l'heure de rentrer à la maison, je gravis l'escalier d'un pas si lourd que les voisins ont l'illusion d'abriter dans leur immeuble un hippopotame dépressif occupé à gravir les lacets du Tourmalet, les pattes lestées d'haltères en plomb fondu. Je plonge directement dans la baignoire, j'aligne les longueurs et je contemple le pommeau de la douche comme s'il s'agissait du Christ crucifié en quête de résurrection.

En deux jours, j'épuise mon stock de sous-vêtements.

J'ai l'appétit d'un croque-mort, l'allégresse d'un chômeur en fin de droit, la pétulance d'un directeur de cabinet auditionné par une commission de l'Assemblée nationale; mes humeurs sont flasques, mes envies atones, mes désirs exsangues: mon horizon se limite aux prévisions de la météo que je consulte dix fois par jour, et comme elles n'annoncent rien de bon, rien de frais, je m'enfonce jour après jour dans les sables mouvants d'un désespoir brûlant. Bientôt, je renonce à toute activité et demeure prostré sur mon canapé, balayé par les vents de mes ventilateurs dont je sollicite les turbines avec une telle ardeur que j'ai l'impression de vivre au cœur d'un avion à réaction.

Je hais la chaleur autant qu'elle me hait. Je la maudis, je l’exècre. Elle est mon pire ennemi, un affront à l'intelligence humaine. C'est comme si nous plongions dans une sieste éternelle où nos pensées auraient la légèreté de profiteroles surchargées en crème fouettée. Nous sombrons. Corps et âmes. Et rien ne viendra nous sauver, rien hormis un Dieu aimant qui pour une fois écouterait nos prières.

Putain, qu'il pleuve et que j'arrête de me plaindre!

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