Égalités / Santé

Adieu tampons, serviettes, cup, votre cerveau peut prendre le relais

Temps de lecture : 5 min

Ne plus utiliser de protections hygiéniques et se vider de son sang menstruel aux toilettes comme on le fait pour sa vessie, ça peut attirer. N'en faisons pas pour autant «la» méthode miracle.

Il est possible de ne laisser s’écouler que par à-coups le sang menstruel. | 
Antonio Arcos via Unsplash License by

On l’a appris le 19 juillet. Les protections hygiéniques, tant les protège-slips, serviettes que tampons et coupes menstruelles, contiennent des substances chimiques toxiques dont les effets peuvent être cancérogènes ou qui peuvent s’avérer des perturbateurs endocriniens. Cette bonne nouvelle est tirée d’une évaluation des risques sanitaires relative à la sécurité des protections intimes réalisée par l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail).

Si les tests en laboratoire ont révélé de très faibles concentrations de ces éléments et pas de dépassement des seuils sanitaires, on peut néanmoins être révolté ou révoltée qu’«il n’existe pas de réglementation spécifique encadrant la composition, la fabrication ou l’utilisation des produits de protection intime» et avoir envie, en raison de la présence de ces résidus, de vivre ses règles autrement.

En les supprimant par exemple. Il suffit pour cela de prendre une pilule en continu ou bien d’avoir un DIU hormonal, qui fait disparaître chez la plupart des femmes l’écoulement menstruel, si tant est que les effets de la contraception hormonale soient réellement secondaires et pas indésirables. Ou bien en optant pour le «flux instinctif», qui consiste à ne laisser s’échapper le sang menstruel qu’aux toilettes, quand on sent que la coupe vaginale est pleine. Bye bye les protections tant internes qu’externes. C’est moins d’argent dépensé et également mieux pour la planète. Mais ça ne doit pas devenir pour autant une nouvelle injonction.

Continence

Testez si l’utérus vous en dit. D’abord, parce que ça n’a rien d’une lubie. On en parle depuis peu, certes. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut se dire que, si les femmes pouvaient retenir leurs règles, ça se saurait, qu’elles ne s’amuseraient pas à acheter des protections périodiques (il a fallu attendre 2016 pour que la «taxe tampon» baisse et que ces produits soient considérés comme de première nécessité) si elles n’en avaient pas besoin et le marché des tampons et des serviettes ne serait pas aussi florissant.

«Il y a peut-être des femmes qui le font depuis très longtemps, souligne le médecin féministe et écrivain Martin Winckler. Mais, jusqu’à il y a dix ans, il n’y avait pas de réseaux sociaux et surtout ce n’étaient pas des sujets qui étaient traités par les journalistes parce que c’était de l’ordre du tabou.»

Ensuite, ça n’a rien d’impossible physiologiquement. «Le cerveau et ce qu’il peut faire sont extrêmement étonnants, poursuit Martin Winckler. Si un moine tibétain peut ralentir son cœur par le biais de la méditation, je ne vois pas pourquoi certaines femmes ne pourraient pas retenir leurs règles.» Dans leur utérus directement, les contractions utérines, qui font se détacher la paroi endométriale, étant, comme la fréquence cardiaque, entre autres modifiées par le système nerveux parasympathique. Ou alors dans le vagin, qui est, il ne faut pas l’oublier, un organe musculeux. «Il y a des muscles dits releveurs de l’anus à l’entrée du vagin.» Il est donc possible de ne laisser s’écouler que par à-coups le sang menstruel.

Sensations

Les adeptes du flux instinctif ne disent d’ailleurs pas qu’elles contractent sans arrêt leur périnée dans l’optique de fermer leur vagin, juste qu’elles sentent lorsqu’il est temps d’aller se vider aux toilettes. Sur le blog Passion menstrues, Jack Parker avait ainsi donné la parole en juin 2015 à deux femmes qui vivaient leur flux de manière instinctive.

«C’est très simple, on a comme une envie d’aller faire pipi, une sorte de sensation de “plein”: c’est signe qu’il faut aller aux toilettes», expliquait Lena. Cela ne signifie pas que le vagin a un sphincter comme la vessie; juste que, suivant son flux et ses sensations et sans avoir à être contractée consciemment et constamment, on peut contenir le sang.

Mike Wilson / Unsplash

«C’est un peu du même ordre que les femmes sans contraception qui sentent le jour de leur ovulation. Longtemps, les médecins ont dit que c’était faux, mais c’est possible! s’exclame Martin Winckler. Lors de l’ovulation, un peu de liquide s’échappe du follicule et il peut être irritant pour le péritoine et donc être senti. Le cerveau perçoit l’intérieur du corps différemment pour chaque personne. Il n’y a pas de raison de penser que ces femmes se trompent ou racontent des histoires: ce qu’elles perçoivent doit être respecté.» C’est une méthode qui leur est propre.

Instinct

Pour autant, ce n’est pas parce que le flux instinctif a des sympathisantes, qui osent en parler, que cela doit devenir LA méthode de référence. «Est-ce que c’est applicable à tout le monde? Probablement pas… Chaque corps est différent», pointe le médecin. Et en effet les témoignages de femmes qui n’y parviennent pas existent sur la toile. Ce peut être une question d’abondance et de constance du flux, de proximité de toilettes ou tout simplement d’impossibilité à identifier les prémisses de l’écoulement voire à le retenir.

«Le périnée est un muscle lié à la respiration et qui intervient notamment dans l’équilibre postural, indique la kinésithérapeute Marina Cremel. Il doit être compétent, c’est-à-dire pouvoir se contracter mais aussi se relâcher. Le contracter pendant toute une journée et pendant plusieurs jours consécutifs, ce n’est pas du tout conseillé puisque cela peut renforcer une hypertonie de ce muscle!» Si vous vous crispez toute la journée pour éviter que le sang ne s’écoule, c’est donc que votre instinct à vous est de le laisser couler (jusque dans une coupe, un tampon ou une serviette).

«Il ne faudrait pas diaboliser celles qui optent pour cette méthode ni culpabiliser celles qui ne le font pas», insiste Martin Winckler. Pas question de considérer que celles qui ont déjà taché leur culotte ou leur pantalon n’ont pas appris à se retenir ni à être propres, comme un bébé à qui on retire ses couches et qui se fait pipi dessus. «Chaque femme trouve midi à sa porte, comme pour les méthodes de contraception.» En somme, on peut vouloir retenir ses règles, utiliser des tampons, une coupe menstruelle, une éponge, une serviette à usage unique ou lavable, une culotte périodique… Chacune ses choix.

Et c’est bien pour cela qu’il y a en réalité une chose à ne pas laisser couler: le fait que le choix soit limité parce qu’il n’y a pas de restriction des substances ayant des effets «cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques» dans les produits d’hygiène féminine –et d’ailleurs qu’on parle d’hygiène féminine alors qu’en fait les règles n’ont rien de sale et ne sont pas non plus une maladie!

Daphnée Leportois Journaliste

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