Clearstream, un feuilleton navrant, du début à la fin
Le jugement de l'affaire Clearstream est à l'image du dossier et de ses acteurs: farfelu et inquiétant.
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L'affaire Clearstream a bel et bien existé. Enquêteurs, magistrats, victimes, personne n'a rêvé. Mais la machination n'a pas été pensée, ni voulue. Elle n'a pas eu de chef. Pas d'instigateur. Aucun grand manipulateur politico-financier, dans l'ombre, n'a fait bourrer les listings de la fameuse chambre de compensation luxembourgeoise de noms fantaisistes, en y ajoutant, pour nuire plus directement, celui du futur candidat à l'élection présidentielle, Nicolas Sarkozy.
En relaxant Dominique de Villepin —sous réserve d'appel— du chef d'accusation de complicité, même par «abstention», le tribunal, présidé par Dominique Pauthe, consacre l'aspect farfelu, digne des Pieds Nickelés, d'une histoire qui a pourtant fait couler beaucoup d'encre, et que beaucoup de Français jugent inquiétante. C'est au moins aussi grave que si les magistrats de la 11e chambre correctionnelle, après une longue instruction, s'étaient persuadés que l'ancien Premier ministre, ou un autre personnage, avait effectivement organisé, façonné et mis en musique une énorme calomnie. Car celle-ci, désormais, se retrouve en lévitation dans notre paysage politique et policier. Libre de tout machiavélisme. Objet du seul hasard.
Que restera-t-il de cette histoire?
Voilà: existent des listings bancaires, dans nos sociétés, qui se gonflent de faux assez grossiers, mais personne, apparemment, n'en a commandité la falsification. Ils vont, viennent, détournent un magistrat instructeur de tâches plus urgentes en le mettant aux prises avec un «corbeau», ils monopolisent des enquêteurs, qui s'épuisent à vérifier des fantasmes, ils s'incrustent dans la capitale et dans la République. Ils sont forcément nuisibles, corrupteurs, sujets à chantage possible. Ils minent l'adhésion des citoyens, et d'abord des responsables de l'appareil d'Etat, à l'idéal démocratique. Puis ils disparaissent de notre actualité, de nos mémoires, laissant un mauvais arrière-goût. C'est ce qui va advenir. L'affaire Clearstream va disparaître de notre présent, de notre passé communs, faute, justement, d'instigateur. Des historiens auront beau se pencher dessus, plus tard, des auteurs additionner les livres d'enquête. Il ne se sera rien passé.
Ne restera qu'un feuilleton, navrant ou hilarant, selon le degré d'humour de chacun, un polar échevelé; un gros cas d'école sur les dérives psychologiques de personnages placés au cœur notre appareil policier et militaire. Des fous! Doux dingues dangereux, qui aiment jouer avec des allumettes, sans que les contrôleurs du système ne s'en alarment vraiment. Il est en effet angoissant, maintenant que personne ne s'avance plus pour endosser le rôle de l'inspirateur du complot, de constater que des hommes comme Jean-Louis Gergorin, ancien haut-dirigeant d'EADS et Imad Lahoud, mathématicien en lisière de mythomanie, aient pu à eux seuls, ou à peu près seuls, concevoir et conduire une telle machination, sans que leurs motivations apparaissent clairement, même après un procès et ce jugement du 28 janvier.
Double errance mentale
Car laver Dominique de Villepin de tout soupçon revient à nous laisser, stupéfaits, face aux acteurs secondaires de cette histoire. A nous obliger à reprendre leur parcours dément, et sans contrainte, dans les coulisses du pouvoir. A revenir au moment, en 2003, où la DGSE, notre service de sécurité extérieure, se cherchant des spécialistes des recherches financières informatisées, s'empresse de recruter Imad Lahoud... qui sort d'une inculpation pour escroquerie. Un personnage fantasque, pour le moins. Matheux ou informaticien, on ne sait pas très bien. Ancien «trader» —ce qui doit fasciner, déjà en 2003. Bien sûr, nos espions recrutent rarement de vertueuses dames d'œuvre, mais tout de même, ce candidat-là présentait déjà quelques handicaps de véracité existentielle. Il dit vouloir se racheter, collaborer à une œuvre patriotique. C'est aussi simple que ça: on le croit.
Le voilà aspiré. Croisé avec Jean-Louis Gergorin, lui aussi proche des «services», personnage influent, grande intelligence, mais enclin à la paranoïa —selon les attendus du tribunal. En pleine crise de ce mal, en plus, car il est convaincu que son maître et ami, Jean-Luc Lagardère, le patron historique d'EADS, qui vient de mourir, a en fait été assassiné par des Russes manoeuvrant via des sociétés bancaires... Les listings Clearstream, qui apparaissent alors, sont donc le fruit d'une double errance mentale, celle d'un faussaire ambitieux et illusionniste, celle d'un grand spécialiste de l'armement gagné par les affres de la théorie du complot. Le tout avec, au balcon, la hiérarchie de nos services secrets.
A mesure que les listings s'enflent de noms variés, d'actrices, de confrères journalistes, puis, d'hommes politiques, ce qui ne met toujours pas la puce à l'oreille des professionnels, le feuilleton tourne au guignol. Le général Rondot, l'espion qui note tout dans ses cahiers, et laisse ceux-ci bien en évidence, rend compte au Premier ministre et à sa ministre de tutelle, Michèle Alliot-Marie, à la Défense.
Longtemps, on va croire les listings vrais, ou vraisemblables. L'afflux de noms, tout le bottin, ou tout le Gotha, de Paris, ne trouble pas, ou pas assez. Ni Dominique de Villepin, informé, qui aurait pu battre le rappel du réalisme. Ni le ministère de la Défense, qui doit pourtant avoir l'habitude des montages et des faux grossiers. Ni même le juge Renaud Van Ruymbeck, alléché par le lien possible, lui fait-on croire, avec l'affaire des vedettes pour Taïwan...
Sans comploteur en chef, l'histoire des listings n'est rien d'autre qu'un immense marais d'amateurisme, une collection d'actes individuels hystériques, laissés sans surveillance, et ce n'est pas des plus réconfortants, quant à la santé de nos modes d'alertes.
Philippe Boggio
Image de une: arrivée de Villepin au palais de Justice de Paris, le 28 janvier. REUTERS/Gonzalo Fuentes
La réaction de Villepin à la sortie du tribunal
Mis à jour le 28/01/2010 à 16h25












![[Le 20'12 #7] Dominique de Villepin: «Il faut une politique d'union nationale, sinon nous sommes perdus» [Le 20'12 #7] Dominique de Villepin: «Il faut une politique d'union nationale, sinon nous sommes perdus»](http://www.slate.fr/sites/default/files/imagecache/bloc-alaune/villepin_4_0.jpg)































Moi j'attends toujours la liste des vrais noms de fraudeurs du fichier Clearstream... Curieusement, aucun média ne s'y est intéressé. Pas envie de balancer le patron, messieurs les journalistes ? 2 juges mobilisés sur cette affaire qui a nécessité minimum 2 ans d'instructions + perquisitions : les seuls à payer sont encore les français. Du moins ceux qui n'ont pas de compte chez Cleartream...
Que l'espèce d'appel du 18 juin qui clôt ( provisoirement ?) "l'affaire"
souffre de la comparaison avec le vrai et que toute l'histoire
soit du même acabit, à ceci près que les Pieds Nickelés, eux,
sont drôles, d'accord ! Le bon La Fontaine en eût sans doute
cousu fable. Ce qui sonne étrangement est le sentiment
qu'un trophée argenté d'ancien grand chambellan du royaume
aurait suffi à donner de l'assise à toute cette pile de fadaises.
Rien n'est moins sûr ! Las, il faudra donc en rester avec ce goût
d'inachevé à moins d'apporter des faits nouveaux ou que l'un
des protagonistes insatisfait, lui aussi, de la conclusion du jour,
relance la partie en appel. Nous ne serions, de toute façon,
encore et toujours, que spectateurs un peu éberlués
du nouvel acte théâtral.
Est-il alors entièrement à l'image de cette mauvaise intrigue,
le monde qui nous gouverne ? Devons-nous vraiment
rester avec cette impression ?
Avec aussi celle que le nom même de l'affaire et son parfum
de "grosse argent" en sont curieusement absents...
Une bien creuse pantomime en fin de compte, assurément !
Affairsuivainement.
Nous ne savons toujurs ce que cache cette affaire soit la déstabilisation d'EADS soit une partie des dessous des frégates de Taiwan où TOUS les politiques de droite comme de gauche refusent de lever le secret défense et pour cause les rétros com qui ont du arroser tous les jardins secrets.
Cette affaire montre le vrai visage d'une partie des grands commis de l'Etat mais également du niveau de nos politiques et cela au plus haut niveau de l'Etat dans le jeu du poker menteur.
A la différence du rugby et du football, respectivement sport de voyous joués par des gentlemen pour l'un et l'inverse pour l'autre, ce genre de procès donne une image de la politique comme un sport de voyous joué par des voyous!
et on demande ensuite aux citoyens de respecter leurs institutions et leurs élus! dans vos rêves!
Et quand les (anciens) reporters critiquent les décisions de justice, on fait vraiment avancer la démocratie!!
Il est impensable d'ouvrir à notre bon peuple si délicat, gavé de liberté, d'égalité, de fraternité, que le moindre mot de travers effarouche, il est impensable, disais-je, de lui ouvrir les fosses d'aisance de notre belle République.
Cependant, par respect pour notre institution judiciaire et pour les contribuables qui la financent, il faudrait éviter ces procès-mascarades en série, en arrêtant toute procédure dès l'annonce du refus de la levée du secret-défense.
Cela éviterait à la Justice de s'acharner sur des seconds couteaux, et ce d'autant plus, qu'elle est sûre de ne jamais pouvoir atteindre les donneurs d'ordre.