Politique / Économie

Mettre en place un plan vélo digne de ce nom est aussi une question de bon sens économique

Temps de lecture : 3 min

Espérée pour le 20 juillet, l'annonce des mesures du plan vélo a été repoussée à la mi-septembre. Une politique ambitieuse en faveur du deux-roues aurait pourtant un vrai intérêt économique.

Pour l'instant, le gouvernement pédale dans la semoule. | Louis Lo via Unsplash License by

Alors que le Tour de France entame sa dernière semaine et que les coureurs se préparent aux étapes dans les Pyrénées, le pays semble déconnecté des problématiques liées au vélo –ou du moins une partie des politiques.

Le gouvernement Philippe a reporté à la rentrée prochaine le plan vélo annoncé depuis décembre dernier. D’après Olivier Schneider, le président de la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB), ce nouveau retard «n'est pas rassurant du tout»: «J'y vois le signe que le ministère de la Transition écologique ne parvient pas à convaincre Bercy et Matignon de l'intérêt de mettre en place une vraie politique publique en faveur du vélo».

Retombées positives

L’intensification de la pratique du vélo est pourtant essentielle et productrice d’externalités positives très importantes. En Belgique, un plan vélo –comparable à celui voulu en France– a été mis en place dès 2014 et a démontré, dans la région francophone de la Wallonie, des effets économiques, sociaux et sociétaux considérables.

Selon le rapport sur les «impact et potentiel de l’usage du vélo sur l’économie et l’emploi en Région de Bruxelles-Capitale», «les bénéfices d’une politique ambitieuse d’ici 2020 seraient de huit à dix-neuf fois plus importants que les coûts. En 2012 déjà, le vélo induit des bénéfices à hauteur de 100 à 200 millions selon les scénarios et hypothèses. Les bénéfices du vélo sont cinq à neuf fois plus élevés que les coûts».

En généralisant l'usage du vélo, on permettrait de réduire drastiquement les dépenses publiques consacrées à la gestion urbaine et aux transports en commun. En Wallonie, les économies sont par exemple estimées à cinquante millions d’euros en 2030. Le trafic serait décongestionné et les heures perdues dans les embouteillages seraient gagnées en productivité et en pratiques de loisirs, bénéfiques à la croissance inclusive.

On contribuerait aussi à améliorer grandement la santé des usagers et à faire baisser les dépenses de sécurité sociale et de frais de santé. L'environnement s'en porterait mieux, à travers une réduction des émissions de gaz et de particules fines.

Le pouvoir d'achat des ménages en sortirait grandi, puisque les dépenses consacrées aux transports seraient réduites de moitié. En Wallonie, on estime que ce gain pourrait atteindre 3.000€ par an et par ménage.

Absence de volonté politique

Malheureusement, le gouvernement français ne semble pas du tout concerné ou touché par ces constats et affiche une totale indifférence pour le vélo. On met en avant la performance sportive et la renommée du Tour de France et des grandes courses cyclistes, on retient la passion pour le sport-spectacle d’Emmanuel Macron, mais on oublie totalement la pratique quotidienne du vélo et son intérêt comme moyen de transport.

La preuve en est le report du fameux plan vélo, d'autant qu'il fait suite à des craintes d'annulation de l'indemnité kilométrique vélo, mise en place en 2016 par François Hollande et permettant de rembourser les déplacements à vélo du domicile au lieu de travail. À cela se rajoute le renforcement des contraintes d'obtention de la prime pour l’achat d’un vélo à assistance électrique.

À se demander si l'on veut vraiment soutenir la pratique du vélo en France et faire de Paris une capitale mondiale du vélo dès 2020, comme l'ont appelé de leurs vœux la maire Anne Hidalgo et la majorité des élues et élus franciliens.

Un rapport remis en décembre 2017 à la ministre des Transports Élisabeth Borne préconisait de rendre obligatoire l’indemnité kilométrique vélo, ce qui permettrait à la Sécurité sociale de réaliser jusqu'à vingt-neuf millions d’euros d’économies.

Les nombreuses associations pour la pratique du vélo, elles, affichent depuis une dizaine d’années les effets bénéfiques du deux-roues sur le bien-être psychique des citadines et citadins. Mais rien n’est fait, et cela risque de durer.

Priorités hasardeuses

La Fédération des usagers de la bicyclette chiffre à 200 millions d’euros par an minimum la mise en place d'un fonds national vélo fonctionnel et pérenne, pour construire et rénover des pistes cyclables et des bornes de stationnement, pour désengorger des artères urbaines et les rendre accessibles aux vélos.

Selon Olivier Schneider, «200 millions d'euros, c'est un montant assez faible pour une politique publique. D'autant que le vélo peut avoir de réelles externalités positives pour la santé, et donc pour le budget de l'État».

Seulement, pour le gouvernement, il s'agit une dépense supplémentaire inefficace et hasardeuse. Emmanuel Macron et Édouard Philippe préfèrent supprimer l’impôt sur la fortune et l’exit tax, couper dans les aides sociales et les politiques de redistribution plutôt que de se tourner vers une véritable révolution sociétale.

Un plan vélo ambitieux sur dix ans, qui aurait inévitablement des retombées économiques et sociales durables, coûterait deux milliards d’euros. En face, la suppression de l’impôt sur la fortune, votée lors de l'examen du projet de loi de finances 2018, a coûté quelque 3,2 milliards d’euros, et ses effets économiques se font encore attendre.

Pierre Rondeau Professeur d'économie à la Sports Management School

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