Economie

A Davos, les très riches se croient très intelligents

Daniel Gross, mis à jour le 29.01.2010 à 18 h 55

Au World economic forum, dans la bouche des très riches, les opinions communément admises semblent d'une rare intelligence.

J'étais présent au déjeuner organisé par George Soros. On a eu droit à du bon saumon fumé, de l'agneau - pas mal, et de la crème brûlée à la myrtille - délicieux!

Je suis reparti de là avec une impression quelque peu nouvelle. George Soros, avec son histoire haute en couleur, est vraiment un personnage fascinant. Cet intellectuel unique, à la tête de hedge funds (fonds spéculatifs), exprime souvent des points de vue qui diffèrent du consensus. Il s'est également révélé un investisseur hors pair, même s'il rechigne à partager son expertise en matière d'investissement quand les journalistes l'y invitent. Interrogé au sujet des produits de première nécessité, voici quelques unes des ses réponses: «Je sais exactement comment vont évoluer les prix de ces produits, mais je n'ai pas le droit de vous le dire». Il préfère parler de la situation générale; il philosophe, parle de la santé de l'économie, de la politique...

Et voici ce que j'ai remarqué pendant que Soros disait quelque chose de génial à propos des swaps sur défaillance de crédit: «vous achetez une assurance sur la vie de quelqu'un, et puis vous avez le droit de le tuer». Reprenant mes notes, je constatai que son discours était somme toute assez conformiste. C'est ce qu'on pourrait entendre de la bouche d'un grand maître de conférences.

Il a parlé de la «réflexivité», sa théorie selon laquelle les fondements des marchés et de l'économie peuvent être influencés et renforcés par la façon de voir les choses. L'enseignement qu'il a tiré de l'éclatement de la bulle immobilière est toujours le même et il le connaît bien: les investisseurs sont irrationnels tandis que les bulles peuvent être assez rationnelles. «Quand je vois une bulle, je me précipite pour acheter». Ce qu'il faut, c'est mettre sur pied des organismes de régulation qui veillent à ce que les bulles ne grossissent pas démesurément, car le simple contrôle de la masse monétaire n'empêchera pas les excès en matière de crédit. Les organismes de régulation - et nous avons besoin d'organismes internationaux de régulation compétents - peuvent éviter la création de bulles en obligeant les banques à élever le seuil minimal des apports de capital ou à instaurer des conditions de couverture plus strictes. Soros a critiqué le sauvetage des institutions financières en expliquant que c'était trop facile pour les banques et trop cher pour les contribuables. D'autres l'ont dit maintes et maintes fois avant lui, souvent de façon plus cohérente. Pourtant, nous apprécions chacun de ses mots.

A ce déjeuner, des exemplaires de son nouveau livre, The Soros Lectures [Les conférences de Soros]  , étaient disponibles. Mais je me suis remémoré un autre ouvrage de Soros, The Alchemy of Finance [L'Alchimie de la finance]. Et ce qui m'a frappé, c'est que la différence entre la banalité et la profondeur tient en général à quelques milliards de dollars: la véritable alchimie de la finance est de conférer aux spécialistes de la finance de l'autorité dans des domaines parfois complètement différents.

Et Davos se passe ainsi. Les banquiers exposent leurs théories sur des sujets qui n'ont rien à voir avec les questions bancaires ou financières. Vous entendrez toutes sortes de discours conformistes sur la mondialisation, le changement climatique, l'éradication de la pauvreté la crise financière. Et vous aurez parfois l'impression de boire des paroles profondes et percutantes, tout ça parce que c'est un PDG milliardaire, un haut cadre de private equity ou un directeur de hedge fund qui parle, pas un journaliste.

Daniel Gross

Traduit par Micha Cziffra

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Image de Une: George Soros à Davos Michael Buholzer 2 / Reuters

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