Politique / Culture

Disney vire le réalisateur des «Gardiens de la Galaxie 3» à cause de tweets sur le viol et la pédophilie

Temps de lecture : 3 min

L'«humour» pratiqué par James Gunn il y a quelques années n'a pas du tout plu à l'entreprise à grandes oreilles.

James Gunn et un raton-laveur lors de la première européenne des Gardiens de la Galaxie, le 24 juillet 2014 à Londres | Carl Court / AFP
James Gunn et un raton-laveur lors de la première européenne des Gardiens de la Galaxie, le 24 juillet 2014 à Londres | Carl Court / AFP

Cet automne, il devait réaliser le troisième volet des Gardiens de la Galaxie 3, dont il était en train de finaliser la préparation. Au lieu de ça, James Gunn pourra rester bien au chaud chez lui à contempler ses erreurs passées. Disney vient en effet d'annoncer sa décision de ne plus collaborer avec l'auteur-réalisateur suite à la remise en avant d'une série de tweets dans lesquels il tentait de faire de l'humour avec des sujets aussi épineux que le viol ou la pédophilie.

Les tweets en question ne datent pas d'hier: ils ont été postés entre 2009 et 2012. Mais ils étaient là, quelques part, dans les lointaines archives du compte Twitter de James Gunn. Intervenu sur Twitter pour défendre le réalisateur Mark Duplas, pris dans un conflit avec l'éditorialiste conservateur Ben Shapiro, Gunn a été épinglé peu après par un site conservateur, The Daily Caller. Après avoir exposé l'affaire Gunn-Duplass-Shapiro dans un article, deux journalistes du Daily Caller en ont profité pour expliquer que le réalisateur des deux premiers Gardiens de la Galaxie ferait mieux de se taire étant donnés ses agissements passés sur Twitter.

Les recherches menées par l'équipe du Daily Caller ont en effet porté leurs fruits, puisque de nombreux tweets plus que gênants ont été retrouvés dans le fil Twitter de Gunn. Les membres du Parti républicain n'ont pas attendu bien longtemps pour s'en saisir afin de s'en servir contre le réalisateur, qu'ils avaient sans doute dans le viseur depuis quelques temps quite à ses sorties réucrrentes contre Donald Trump et son administration.

Que trouve-t-on dans les compilations de tweets signés par James Gunn entre 2009 et 2012? Des vannes. Des tas de vannes. Toutes aussi navrantes les unes que les autres. Détournements pédophiles de titres de livres et de films, blagues sur le viol, tentatives de cumuler les deux. Impossible de plaider le dérapage: ses tweets sur le sujet sont aussi nombreux qu'insistants. Ça n'est d'ailleurs pas la ligne de défense qu'a choisi le réalisateur, qui affirme avoir changé (de personnalité, d'humour) et en vouloir pour preuve le fait qu'il n'a rien publié de tel depuis une demi-douzaine d'années.

Regrets tardifs

«Il ne s'agit pas de dire que je suis meilleur», a déclaré le réalisateur dans un communiqué résumé par Esquire, «mais je suis très, très différent de celui que j'étais il y a quelques années. Aujourd'hui, j'essaie de m'accomplir dans l'amour et la connexion avec les autres, et non plus dans la colère. Cette époque pendant laquelle je disais certaines choses juste parce qu'elles étaient choquantes, en espérant faire réagir, est terminée. (...) Par le passé, je me suis déjà excusé lorsque mon humour a pu blesser des gens. Toutes ces excuses étaient sincères.»

«Pour information, je n'ai jamais rien expérimenté qui ressemble au contenu de ces blagues choquantes. C'est une déclaration un peu bizarre à faire tellement c'est évident, mais voilà, je le dis. (...) C'est la pure vérité: j'ai fait beaucoup de blagues offensantes. Je n'en fais plus. Je ne blâme pas mon moi d'avant, mais je me préfère maintenant et j'ai l'impression d'être un meilleur être humain et un meilleur artiste aujourd'hui.»

Cette déclaration peut sembler sincère, mais cela n'a pas suffi à Disney, pour qui un réalisateur avec de telles casseroles ne pouvait pas continuer à réaliser des films en partie destinés à un jeune public. C'est ce qu'a affirmé le président de Walt Disney Studios, Alan Horn, dans un communiqué: «Les déclarations choquantes de James sur son fil Twitter sont indéfendables et en totale incohérence avec les valeurs défendues par notre studio.»

S'il a réellement changé de façon aussi radicale qu'il l'affirme, James Gunn paie en tout cas le prix de plusieurs erreurs commises ces dix dernières années. À commencer par la publication des tweets en question, loin d'être hilarants (c'est un euphémisme), même sans les examiner à la lumière de #MeToo. Peut-être aurait-il dû ensuite faire amende honorable de façon publique et revendiquer haut et fort sa volonté de tourner la page après des années de blagues regrettables. Sans doute aurait-il dû supprimer ses vieux tweets afin de marquer clairement sa volonté d'effectuer un nouveau départ... et de se protéger d'opposants politiques qui ont eu le nez creux en allant inspecter son passé.

Slate.fr

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