Santé / Économie

Philip Morris trolle la sécurité sociale britannique

Temps de lecture : 2 min

«Une action totalement inappropriée», a déclaré le sous-secrétaire d’État à la Santé.

Une cigarette qui se consume  | Mathew MacQuarrie via Unsplash CC License by
Une cigarette qui se consume | Mathew MacQuarrie via Unsplash CC License by

Le leader de l’industrie du tabac fait une fois de plus parler de lui. Philip Morris International, qui détient Marlboro et de nombreuses autres grosses marques de cigarettes, a adressé une lettre au secrétaire d’État à la Santé, Matthew Hancock et à toutes les branches du national health service (NHS), l’équivalent britannique de la sécurité sociale française. Dans ce courrier, la trop célèbre entreprise propose son aide dans la lutte contre le tabagisme –notamment des alternatives à la consommation de tabac classique.

Elle en profite pour faire la promotion de son nouveau produit, l’IQOS, qui se présente sous la forme d’un stylo dans lequel on insère une cigarette filtre, moins longue qu’une cigarette classique. Elle est ensuite chauffée et produit de la vapeur. Elle ne dégage aucune fumée et, in fine, pas de goudron ni de monoxyde de carbone, ce qui sous-tend qu’elle serait «moins toxique».

Une opération périlleuse

Selon les règles de l'organisation mondiale de la santé (OMS), l’ingérence des entreprises tabacoles dans les opérations de santé publique est prohibée car leurs produits sont à l’origine de millions décès.

Or dans la lettre, Mark MacGregor, directeur des affaires générales de Philip Morris au Royaume-Uni et en Irlande, écrit: «Pour fêter le soixante-dixième anniversaire du NHS, nous sommes ravis de vous proposer nos services afin d’aider les 73.000 fumeurs de votre institution à arrêter. Ce serait une campagne collaborative: vous fourniriez les conseils nécessaires pour arrêter d’être dépendant à la nicotine et pour ceux qui n'arriveraient pas à arrêter nous les aiderions à passer à un produit alternatif sans-fumée.»

Le sous-secrétaire d’État à la Santé, Steve Brine, a affirmé jeudi dernier, lors d’un débat à la Chambre des communes que l’action de Philip Morris était «totalement inappropriée et contre le protocole [de l’OMS]». Pour certains activistes ces propos ne sont pas assez forts.

Un «coup de com’ honteux»

Deborah Arnott, directrice d’Action on smoking and health, un organisme de charité qui lutte contre le tabagisme, décrit ainsi la démarche de l’entreprise comme un «coup de com’ honteux». Elle a ainsi déclaré au quotidien britannique The Independent: «Je suis ravie que le sous-secrétaire à la Santé ait dénoncé la manoeuvre de Philip Morris vis-à-vis du NHS. Mais cette entreprise a aussi fait des offres à des autorités locales».

Elle espère qu’il réaffirmera un soutien invétéré aux règles de l’OMS qui stipulent que «l’industrie du tabac n’a le droit d’être le partenaire d’aucune initiative allant dans le sens des politiques de santé publique étant donné que ces intérêts sont en conflit direct avec les objectifs de ces politiques.»

Pendant des décennies, Philip Morris a refusé d’admettre que le tabagisme était lié au cancer et à d’autres maladies malgré des preuves irréfutables. L'entreprise a dépensé des milliards de dollars dans le développement de ce produit alternatif qui permettrait aux fumeurs et fumeuses de délaisser la cigarette traditionnelle.

Selon le Collège royal de médecine, cette addiction coûte chaque année 200 millions de livre (soit environ 224 millions d’euros). Et les fumeurs et fumeuses ont en moyenne 56% de jours de congés maladies de plus que les autres, ce qui coûte chaque année 101 millions de la livre (environ 113 millions d’euros) au NHS.

Le porte-parole de Philip Morris a enfin affirmé que l’initiative de l’entreprise était «totalement en accord» avec les règles de l’OMS. Puis d’ajouter: «Nous sommes convaincus que nous pouvons jouer un rôle essentiel afin de prodiguer des conseils et de permettre aux fumeurs de se tourner vers des alternatives comme les cigarettes électroniques ou le tabac chauffé».

Slate.fr

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