Hadopi: une loi plus CONTRE Internet que POUR la création
Le texte de loi consacre le divorce entre l'Etat, les majors et les consommateurs connectés.
- Prise USB. Image CC FLickr Vizzual-dot-com -
Contrairement à ce que son nom indique, la loi «Création et Internet» ne réglera pas le problème de la création sur Internet. Cette loi qui instaure une haute autorité appelée Hadopi, compte faire baisser les échanges (via les réseaux P2P principalement) de fichiers numériques jugés illégaux par la menace d'une suspension de l'abonnement Internet. Et la logique voudrait, selon les industries du contenu (cinéma et musique en tête), que ces pirates - avertis ou sanctionnés - reprennent alors le droit chemin du système commercial classique: je vends, tu achètes et je gagne de l'argent. Non seulement cette loi arrive tardivement, cible une technologie qui sera vite dépassée et crée une usine à gaz juridique mais surtout il y a erreur sur l'analyse. Le divorce est bien plus grand entre les sociétés industrielles et des nouveaux consommateurs, les racines du mal plus profondes et il faudra plus qu'une simple loi — bancale — pour retisser du lien.
Un débat plus politique que culturel
L'économie du disque est l'une des premières, avec la presse, à avoir pris de plein fouet la révolution numérique. Ce qui peut expliquer les erreurs commises à l'époque. Ainsi lorsque Napster a déboulé, l'industrie s'est acharnée à faire fermer ce nouveau service à coups de procédures judiciaires. Au lieu d'imaginer comment adapter leurs modèles économiques à ces nouveaux usages. Même les grands patrons des Majors de l'époque reconnaissent aujourd'hui qu'ils auraient mieux fait de mettre leur argent dans la créativité plutôt que dans le juridique.
Cette tendance s'applique aussi à la France. Souvenez-vous de cette campagne du Syndicat national de l'édition phonographique de 2004 avec ce doigt d'honneur derrière des barreaux pour expliquer que télécharger illégalement pouvait conduire en prison. Mais plus largement, le débat a été placé dès le départ sur des bases politique et idéologique. Et que ce soit la loi DADVSI en 2005-2006 ou la loi Création et Internet d'aujourd'hui, il ne faut pas s'étonner si les discussions perdurent sur ce malentendu. Et qu'on n'arrive pas à sortir de l'hypocrisie et la mauvaise foi induites par l'affrontement idéologique entre les méchants capitalistes des Majors d'un côté et les gentils anarcho-téléchargeurs de l'autre. D'autant qu'en caractérisant ce week-end de «gus dans un garage» les membres de l'association La Quadrature du Net qui refuse ce texte de loi, l'Etat retombe dans les travers de la suffisance vis-à-vis des acteurs du net.
Pris à leur propre piège d'inflation consumériste
Majors et indépendants continuent d'avoir cette image d'ogre capitalistique, de nébuleuses tentaculaires qui s'intéressent plus au fric qu'à l'artistique. Or, il s'agit plutôt de PME, désormais obligées par la crise de se recentrer sur l'artistique. Ce qui n'est pas forcément un mal en soi. Mais il faudra du temps, des idées et de la bonne volonté de part et d'autre pour faire évoluer les mentalités.
Je reste persuadé que cette image négative a été amplifiée avec la révolution numérique, par un simple réflexe de survie des consommateurs. Consciemment ou inconsciemment, ils n'ont pas voulu racheter leur CDthèque en fichiers numériques. Parce que c'est ce que beaucoup d'entre eux avaient déjà fait en rachetant en CD leur discothèque. Et ils ont vu le coup venir : il leur faudrait repayer leur catalogue pour la troisième fois. Et c'est probablement ce que l'industrie du disque se préparait à faire: susciter une nouvelle fois la demande du consommateur pour revendre ce qu'elle avait déjà vendue. Cela avait marché une fois, il n'y avait pas de raisons que cela ne se reproduise pas. Sauf que la technologie est passée par là et que les internautes ont pu eux-mêmes numériser les titres et les mettre dans leur ordinateur et à disposition des autres sur des réseaux de partage.
Prenant les maisons de disques à leur propre piège de l'inflation consumériste. De fait, ce sont elles qui demandent à abolir les règles d'un jeu qu'elles ont suscité mais qu'elles ne maîtrisent plus.
Une législation n'évite pas les conneries
La loi n'empêchera pas les mêmes erreurs de se répéter. Il est navrant de voir que certains n'ont pas appris des errements de l'industrie du disque. Ainsi de grands groupes capitalistes à la tête de chaînes de télévision ont tout fait pour planter Wizzgo, un système de magnétoscope numérique qui permettait d'enregistrer les émissions sur les ordinateurs. Le réflexe juridique a une nouvelle fois primé sur celui de la créativité. Problème: les responsables ne proposent rien en échange d'aussi simple et peu cher, laissant la porte ouverte à l'arrivée de nouvelles solutions technologiques, tout aussi illégales.
Il n'y a guère que l'industrie du jeu vidéo qui prenne le problème avec une logique différente de celle à laquelle nous ont habitué le disque et le cinéma: elle poursuit les revendeurs, les grossistes, ceux qui gagnent de l'argent à contourner le système. Mais elle ne s'attaque jamais aux consommateurs, refusant d'entrer dans la schizophrénie qui consiste à s'en prendre à celui qui la fait vivre.
Internet, c'est plus que des bits dans des tuyaux
La loi «Création et Internet» remet sur le devant de la scène un vieil affrontement entre producteurs de contenus, producteurs de contenants (FAI, plateformes d'échanges, opérateurs mobiles...) et internautes. Avec au centre des flux économiques allant des uns aux autres. Mais du coup, on n'oublie qu'Internet s'est avant tout fondé sur des notions de partage, de gratuité et d'ouverture. Des notions absentes de ces débats formalistes.
Et pourtant, le web est perçu de plus en plus comme un besoin fondamental. Aujourd'hui, la vision «droitdelhommiste» de l'accès à Internet n'est pas le seul fait de quelques eurodéputés en mal de notoriété. Dans le très sérieux «Wired», Daniel Roth, en traçant le portrait du très haï patron de Comcast Brian Roberts, reprend cette thèse: «Internet est ressenti comme quelque chose d'essentiel, comme l'eau ou l'électricité, et les consommateurs commencent à penser la bande passante comme un droit constitutionnel».
Avec une loi comme Création et Internet, le système économique cherche à encadrer une forme d'émancipation aux systèmes d'échanges commerciaux actuels, à centraliser le web comme s'il s'agissait du minitel. C'est un peu comme si un ministère de la Chasteté avait voulu brider la révolution sexuelle de 1968. Bon courage.
Matthieu Josse
A lire également sur Slate.fr:
La lutte contre la piraterie pour les nuls
Le web contre le reste du monde
Image de une: Prise USB. Image CC FLickr
Mis à jour le 09/03/2009 à 16h59







































Ce pourrait sans doute être le crédo de madame Albanel, et des magistrats.
Dès qu'il est question d'Internet nos politiques et nos juges perdent toute rationalité. On l'a déjà vu avec l'obligation de conservation par les FAI de tout échange de mails (on se demande quelles auraient été les réactions si les mêmes mesures avaient été appliquées au courrier acheminé par la poste qui pourtant présente pourtant les mêmes caractéristiques qu'un mail).
En ce qui concerne Wizzgo, comment les juges qui ont condamné cette initiative peuvent-ils expliquer qu'il est légal que j'appuie sur la touche rouge de ma freebox pour enregistrer un programme de la TNT mais illégal d'appuyer sur la touche rouge figurée sur le site Wizzgo pour enregistrer exactement le même programme ? J'attends avec impatience les réponses (argumentées cela va de soi).
Pour ce qui est de la loi en cours de discussion, on est tout d'abord surpris du lobbying exercé par madame Albanel. Serait-ce la conséquence d'un autre lobbying exercé par les majors du disque ? Ensuite devant le dispositif de masse qui va être mis en place quelles seront les garanties des citoyens qui ne font rien d'illégal mais qui transfèrent par obligation des fichiers volumineux (les webmasters par exemple), ceux qui auront leur adresse IP utilisée à leur insu par un hacker, ou ceux qui tout simplement feront l'objet d'une erreur de transcription d'une adresse pour avoir le plaisir d'être condamnés sans aucune voie de recours par une instance qui n'a aucun caractère juridictionnel et sans débat contradictoire.
Il ne restera que la possibilité de recours devant la Cour Européenne de justice qui, vu sa jurisprudence actuelle, condamnera, mais un peu tard, de façon certaine les coupures de réseau sans procès équitable préalable.
Il semble que dans notre pays, les juges et les politiques estiment que tout ce qui est sur le net est virtuel, y compris l'exercice des libertés individuelles.
Les polémiques récurrentes depuis quelques années sur le piratage des oeuvres culturelles via internet ne lassent pas de m'amuser. En effet, auteurs, compositeurs, artistes ne cessent de se plaindre du piratage de leurs oeuvres et ne cessent d'appeler au téléchargement légal ( hallucinant le nombre de rappels à l'ordre lors de la soirée des Enfoirés !).
Je ne suis pas un pirate professionnel, encore moins un pirate régulier, mais j'avoue que de temps en temps, il m'arrive de piquer sur le net un bon film et quelques chansons; en tout cas, je n'en fais pas commerce. Et ce pour les quelques raisons suivantes:
- Sur un CD, il est fréquent que seule une chanson ou deux m'interresse. Le reste de l'album est souvent sans intérêt.
- La technologie me permet de réaliser par gravage et copiage les disques que je souhaite avec uniquement les chansons et artistes que je désire entendre. Le dernier que je me suis fabriqué comporte 12 chansons de 8 interprètes différents.
- De cette façon, je suis moi-même le créateur de mes "propres" albums
- A l'achat, un CD (ou un DVD ) vaut au minimum 15 à18 euros; je suis désolé, tout le monde n'a pas forcemment les moyens de se faire plaisir à ce prix là.
- Le taux de la TVA sur les bouquins est 5,5% (sauf erreur de ma part) sous pretexte que ce sont des biens culturels. Sur les CD et DVD, la TVA est à 19,6%, cherchez l'erreur!
- Idem pour le cinéma, une place au ciné à Paris, c'est en moyenne 8 euros (50 de nos"anciens francs") + le trajet + les faux-frais; une sortie au ciné, c'est souvent bien plus de 8 euros. Et elle est de combien la TVA sur les places de ciné ? Je vous laisse deviner...
Ca fait au moins 6 bonnes raisons de pirater, et je suis sûr qu'en cherchant bien, il doit y en avoir d'autre...
Alors, on nous dit que le pirate sera à terme, privé d'abonnement à internet pendant un mois, un an ? Pas grave se dit le pirate, mon père, ma mère,mes frères et mes soeurs, mes amis en prendront un pour moi, rien de plus facile...
Alors Madame Albanel et consorts, la solution au problème, si tant est que cela soit un réel problème, du piratage n'est certainement pas dans la répression.
Cordialement,
Celui qui n'a pas le droit de signer.
Consciemment ou inconsciemment, ils n'ont pas voulu racheter leur CDthèque en fichiers numériques : cet argument m'étonne beaucoup, vu que la transformation d'un CD en fichier mp3 n'a jamais posé pb à qui que ce soit, aussi bien du point de vue technique que du point de vue légal.
Internet lieu d'échange certes, comme au vide-greniers, sauf si vous découvrez sur la place du village que votre voisin a vidé votre grenier au lieu du sien.
Des programmes ont été créés, et mis à disposition des internautes gratuitement, permettant ainsi l’échange de fichiers.
Lorsque l’on télécharge, de la musique, des vidéos, des textes ou des images sur le net, c’est comme si de manière plus imagée, des personnes déposaient des objets sur la voie publique et que d’autres les récupéraient.
Viendrait-il à ce gouvernement l’idée dans ce cas de punir celui ou celle qui récupère l’objet sur la voie publique par ce qu’il n’a par rémunérer le « créateur/fabriquant » de l’objet ?
Non ! Je vois d’ici le tableau… je récupère une chaise déposée aux « encombrants » et je reçois une lettre d’avertissement pour piratage ! Comme dirait Desproges « étonnant…Non ? »
Lorsque j’échange un fichier avec mon voisin c’est comme si on d’échangeait physiquement un sac avec ou sans contenu.
Comment fera alors, Albanel, les majors, ou ses successeurs, empêcheront ils les internautes de s’échanger aussi des fichiers ?
L’état ne vient pas contrôler le contenu du sac, de même qu’il ne contrôle pas le contenu systématique du courrier des Français… A moins que je ne me trompe !
Quelqu’un pourrait-il m’ôter d’un doute soudain ?
Un film, ou la musique devraient, soit après un période donnée, soit à la mort de leur créateur, auteur, tomber dans le domaine public comme c’est le cas pour les inventions des inventeurs.
Et encore eux sont, moins bien lotis que les « artistes ».
Si l’on devait respecter le principe de cette loi, rien de ce qui est déposé sur le net ne devrait être copier (sauf renonciation explicite de l’auteur à ses droits), ou échangé.
Le simple fait de copier une page de Slate (par exemple) pour pouvoir la lire sur un autre support, l’envoyer à quelqu’un, ou l’imprimer constitue un acte de piraterie.
Autant virer son abonnement au net !
Ce n’est plus un divorce… C’est un enterrement !!!
"Lorsque l’on télécharge, de la musique, des vidéos, des textes ou des images sur le net, c’est comme si de manière plus imagée, des personnes déposaient des objets sur la voie publique et que d’autres les récupéraient."
Cette comparaison est fausse et marque bien la confusion faite entre vol et piratage (de données dématérialisées).
Bien sûr, si j'ai déposé un objet sur la voie publique - ce qui, en soit, n'est pas forcément génial - et que vous me le prenez (sans me l'acheter !), ce sera du vol. Je possédais cet objet mais je ne l'ai plus car vous me l'avez volé.
Si je pirate un morceau de musique, un film que vous avez créé(s), je ne vous vole rien car le film et/ou le morceau vous appartiennent toujours en tant que tel. On ne peut pas voler une idée. Ce que je parais vous voler est la matière (plastique pour un DVD ou un CD, etc.) qui a servi de support pour votre film ou votre musique. En réalité, ce que je vous vole est la part que vous aurait donné la maison qui vous produit (major, etc.) si vous aviez vendu le cd ou le dvd supportant votre création.
Problème que ces gros "arnaqueurs" cachent - je parle des grosses pointures : le pourcentage usurier pris sur chaque artiste. Universal, par exemple ne verse QUE 8 à 10% en moyenne ! Cela ramène chaque vente à plus ou moins 1 euros par DVD (de 10,00 euros) vendus. Pas terrible pour l'artiste.
Ainsi donc, en ces temps où tout se dématérialise, les oeuvres artistiques, le plus souvent musicales et cinématographiques n'ont plus vraiment besoin d'être sur un support. Merci iTunes, par exemple. La dématérialisation justifie grandement la baisse des prix et les majors prennent peur. "Nin Inch Nails" en est la preuve formelle : ils s'autoproduisent à présent, proposent le téléchargement gratuit de leur dernier CD et font un carton dans les ventes. Exit les dinosaures !
Conclusion : je prefère et de loin un artiste, un vrai qui se produit et se fait connaître à travers ses concerts ou ses propres films (sur le Net par exemple) qu'un de ses produits d'appel "vu à la tv", une de ces daubes qui retombera très vite dans l'oubli. J'ai alors le choix entre donner à l'artiste ou donner à sa maison de disque. Le choix est vite fait... Pourquoi paierais-je une boîte qui se sucre sur le dos de son poulain ? C'est donc (pour moi): ou bien les majors baissent leurs prétentions puisque les CD et DVD tendent à disparaître ET redonnent tout ça aux artistes, ou bien les artistes virent les majors et font leur vie à travers Internet, se rapprochent de leur public avec de la valeur ajoutée.
Et, au-delà de tout ça, c'est plus la mainmise du gvt sur nos vie privée qui est condamnable, surtout défendue par des élus qui n'y entravent que dalle au Net. Ils en ont peur : ils veulent le museler en créant une loi inapplicable et anticonstitutionnelle... et se font bai*er derrière les rideaux.
Ce gouvernement a voulu faire passer cette loi envers et contre tous parce qu'il a toujours détesté que les "ados pillent", ce qui a provoqué en réalité l'un de ses "pires ratages" !
Et maintenant, il va falloir retisser le lien entre le public et les artistes tout aussi ignares du net (manipulés ?) qui ont signé le pacte du diable et n'ont pas compris que leurs droits ne justifiaient en rien de bafouer les lois établies.
Quand je lis la note de Corto74, je ne peux m'empêcher de lui demander s'il ouvre les paquets de nouilles chez Carrefour pour n'en prendre que ce qu'il veut et s'il prépare sa salade composée directement sur l'étal du magasin. Pour aller au bout, on pourrait aussi lui demander si c'est lui qui fixe le prix qu'il va payer quelqu'en soit le motif ou son appréciation du taux de tva.
Ces arguments X fois entendus sont des faux nez. Ils tendent à faire croire qu'un bien est différent d'un autre à partir du moment ou il est dématérialisé et que les outils techniques en permettent la copie et la diffusion.
Même si le petit pirate qui sommeille en moi à tendance à trouver la situation très belle, le débat qui pourrait être de société autour de la loi Albanel n'aura pas lieu car se situant sur un autre plan, celui de la valeur d'un bien immatériel et de son respect par tout un chacun comme étant une production banalement comme une autre appartenant à celui qui la crée et/ou la distribue.
Depuis qu'Internet est un outil de masse, on a voulu le transformer en Xème continent, libre des lois et de l'argent et ou la grande fraternité des hommes partage allègrement ce qui est à moi donc à tout le monde, youplaboum tralalère. Certains anarchistes ont bien tenté l'essai il y a quelques siècles mais avec un succès mitigé.
Il y a tellement d'intrêts contradictoires avec le net (les fournisseurs de hard, d'accès, de contenu, de services, ...) et si peu de règles que oui, y toucher aujourd'hui relève de l'atteinte à la liberté individuelle.
C'est sans doutes là où Madame Albanel aurait pu faire preuve d'un peu d'intelligence et de pédagogie comme expliquer qu'un bien immatériel reste un bien. Organiser de la pédagogie en collaboration avec l'éducation nationale (haut lieu d'apprentissage du piratage), pousser à l'harmonisation fiscale de la distribution des biens dit immatériels ou culturels, mettre les industriels pillés en face de leurs contradictions et les artisites revendicatifs en face du problème de la durée des droits d'auteurs par exemple.
Bref, il y avait vraiment de la matière pour faire de la cohésion nationale, sortir par le haut et espérer, à terme élever le niveau général pour faire d'un outil si beau soit-il un espace ou chacun y trouve son compte. On me dira sûrement que tout celà est utopiste et naif mais bon, j'ai quand même la faiblesse de croire que dans une société équilibrée et moderne, chacun doit pouvoir y trouver son compte.
A la place, on fait ce qu'on sait bien faire, du répréssif. On donne à la représentation nationale une image de ringardise, on continue d'accroitre la fracture entre la rue, les politiques et l'argent, chacun se sent lsé et déjà les solutions techniques pour contourner la loi pointent le bout de leur nez.
Comme disait chaque matin Philippe Meyer "on vit une époque moderne, le progrès fait rage !".
D'accord avec vous monsieur Marchassyn, mais il faut savoir qu’aujourd’hui toutes les nouilles dans un même paquet sont de la même qualité, on achète donc un volume de nouilles identiques. On ne va pas aimer celle-ci et détester telle autre. Sur un CD, il n’y a parfois qu’un morceau qui mérite réellement d’être écouté, que fait-on des autres ? Doit-on les payer ?
A cela on répondra sans doute que des sites légaux de téléchargement existent, certes ! Mais il faut bien comprendre les réels enjeux économiques que nous vivons actuellement. Mettons les couplets sur la création de côté. Personne n'y est réellement sensible, ce sont des écrans de fumées !
Aujourd’hui, avec un serveur tout ce qu’il y a de plus banal et de moins cher, les sites pirates le font d'ailleurs très bien, on peut mettre en ligne des milliers, dizaines de milliers ou même centaines de milliers de titres sans avoir de problèmes de logistique, de merchandising, de distribution, de gestion d’invendus, de stock, de délais, de sous traitance, de prévision, de qualité, etc …
Bref, avec l’ère du numérique ce sont des pans entiers d’emplois qui disparaissent. Vendeurs, magasiniers, livreurs sont remplacés par une équipe de quelques informaticiens avec un infographiste capable de rendre le site de vente attrayant.
Les couts de distribution sont peut être divisés par 10, les couts de fabrication ont pratiquement disparu, les royalties pour auteurs, compositeurs n’augmentent pas, alors une question, qui récupère cette marge qui explose ? Les majors vont-elle raisonner en volume de marge et non plus en pourcentage ? Hier elles gagnaient sans doute net 1 euro pas CD, elles gagnent aujourd’hui 4 à 5 fois plus !
Hadopi dopera leurs profits. Il est temps d’indexer les prix sur les couts réels, nous ne sommes pas dans une industrie de luxe.
Et cerise sur le gâteau, n’oublions pas qu’un fichier MP3 et de bien moindre qualité qu’un CD.
c'est toujours le même débat qui revient ! du temps ou vous (moi) achetions des 33T, le problème était le même. Quand bien même un 45T était sympa en face A et la face B contenait souvent une daube parce qu'il fallait une face B et ne pas tuer la poule aux oeufs d'or du prochain single.
un fabricant de voiture par exemple fait de même. il vous vend un cendrier et un allume cigare même si vous ne fumez pas ou d'autres options dont vous estimez ne pas avoir besoin. Dans tous les métiers on peut trouver les mêmes exemples.
La seule vraie alternative au disque pour la musique est bien le téléchargement. Vous écoutez, vous sélectionnez et vous n'achetez QUE ce qui vous plait (aujourd'hui). combien d'entre nous n'ont-ils pas été surpris de redécouvrir telle ou telle chanson sur un album oublié.
Vous pouvez ensuite débattre du prix de la chanson en téléchargement. Là aussi, je vous rejoint mais partiellement. Si les majors se gavent en ne répercutant pas les économies faites sur la fabrication et la distribution, n'oubliez pas que le nombre de chansons vendues (tous supports confondus) a considérablement baissé. Elle maintiennent donc leurs revenus qui sont ... confortables.
Maintenant, il ne faut pas oublier que de très nombreuses solutions alternatives se développent. Demain il n'y aura pas un modèle unique comme aujourd'hui (c'est en partie ce qui trouble l'industrie) mais X modèles tous aussi pertinents et complémentaires en fonction des cibles ou autre. Le modèle 100 % a vécu et il faut faire confiance à l'inventivité des auteurs ou des éditeurs (petits bien souvent) pour créer un tas de choses très attirantes pour le consommateur pour peu qu'une rencontre ai lieu entre le fait de payer (un prix acceptable) et une offre de qualité.
Je vous rejoins absolument sur la qualité des Mp3. Très bien adaptée à la soupe, elle n'offre aucun intérêt quand on passe sur du vocal, de l'instrumental ou des musiques de type jazz ou classique. Apple avec son système propriétaire offre d'ailleurs une qualité bien supérieure aux Mp3 de base encodés en 128K. Demain on pourra sûrement choisir son niveau de qualité au moment de déclencher le chargement.
N'oubliez pas que la loi ne porte pas sur la seule musique mais sur tous les supports immatériels. On ne peut pas dire d'un film qu'on veut choisir les passages qui nous intéressent encore moins d'un jeu vidéo. Demain (très très bientôt donc), le livre numérique va entrer dans les moeurs. Industrie déjà fragile, le livra va très sévèrement "morfler" avec l'arrivée massive du numérique car cette industrie et ses modes de distribution sont encore moins bien préparés à cette déferlante.
Je ne peux que redire qu'il s'agit donc bien d'un problème de société pour faire intégrer au public qu'un bien immatériel ou dématérialisé est quand même un bien et qu'un juste retour peut légitimement en être attendu. Rien ou pas grand chose n'est fait dans ce sens à part du répressif et c'est vraiment dommage. Le débat n'est pas de savoir s'il faut nationaliser telle ou telle activité ou revenir au contrôle des prix. Le débat a déjà été tranché (ceci n'est pas un jugement personnel) et c'est l'économie de marché qui est en vigueur aujourd'hui donc laissons là trouver ses équilibres.
La loi aurait pu encadrer ces fameux équilibres et accompagner la conscience collective du respect de l'immatériel. Ce n'est pas le cas. Nous allons donc continuer de connaître des affrontements d'intérêts contradictoires basés sur une incompréhension grandissante ce qu'on ne peut que regretter, preuve qu'il n'y a pas de solution miracle mais que ça n'oblige pas nos politiques à ériger la facilité en mode d'action.
vive les débats !
Je ne crois plus à un encadrement de ces fameux équilibres qui pourrait accompagner la conscience collective du respect de l'immatériel.
Pour reprendre l'exemple automobile, nous sommes dans la même situation que pour le contrôle de la vitesse, il y a quelques années. On était alors dans la transgression généralisée de la loi. L'opinion était vaguement consciente de la nécessité d'un contrôle, dès lors que cela ne les concernait pas directement, avec des arguments douteux du genre "J'ai une grosse voiture beaucoup moins dangereuse à 150 qu'une petite voiture" ou bien "je roule beaucoup, je suis donc bien moins dangereux qu'un conducteur du dimanche à 110" etc. Dans le même temps, l'outil industriel développait des voitures toujours plus rapides, toujours plus sures et donc autant de raison d'enfoncer le champignon. Pendant longtemps d'ailleurs la police et la justice n'ont pas fait preuve de beaucoup de zèle pour sanctionner ce type de transgression de la loi.
Et pourtant il s'agissait de milliers de morts.
La situation n'a pas changé avec des campagnes de sensibilisation, mais lorsque lorsque le gouvernement a mis en place les outils d'une répression systématique et a mobilisé les tribunaux. Aujourd'hui tout le monde a levé le pied parce que la multiplication des radars et la tolérance zéro en matière de dépassement de la limite autorisée, a rendu la transgression hors de prix.
Le pillage des biens immatériels bénéficie d'un grande tolérance sociale. Les outils que l'on met à notre disposition pour transmettre, traiter et stocker l'information sont toujours plus performants. Les grands pirates ont toutes sortes d'arguments douteux et les petits pirates copient occasionnellement, tout comme en d'autres temps, ils auraient dépassé occasionnellement la limite de vitesse. Mais une répression juridique et policière comparable à ce qui a été fait pour la vitesse en auto n'est guère envisageable pour les biens immatériels. La loi est nationale, le réseau mondial et surtout il n'y a pas de vies humaines en jeu.
La question maintenant ce serait plutôt les conséquences. Une société façon Jack Lang dans laquelle tout le monde sera auteur ou artiste à 1/4 de temps ? Mais aussi une société ou ceux qui voudront consacrer leur existence à leur art ou à leurs œuvres vivront dans une misère comparable à celle qu'avaient connu les impressionnistes autrefois, même lorsque leurs œuvres sont reconnues et copiées ?
Vous appuyez là où ça fait mal !
Je suis bien d'accord sur la comparaison avec les radars et les morts. Comme il est difficilement envisageable de faire exploser quelques Pc de pirates pour l'exemple, LA solution est bien dans la répression pour faire rentrer dans le rang les "petits" car c'est le seul moyen de faire comprendre aux gens qu'il y a des lignes à ne pas franchir et c'est totalement déprimant.
J'aime pourtant à croire (naivement) qu'on peut espérer de la nature humaine par la formation et l'explication dans le long terme.
La comparaison que vous faites entre l'approche Lang et les impressionnistes est terrible elle aussi. En retour, l'effet sera beaucoup plus rapide car qui ira produire un film avec le budget des blockbusters s'il est assuré d'être massivement piraté, qui ira produire des jeux vidéos ultra léchés s'il n'en vend que le nombre suffisant à alimenter les torrents, qui ira écrire des chansons pour ne pas les vendre.
Dans une société de consommation forcenée, il faut constamment alimenter en nouvelle matière et c'est sans doute là que se trouve la clef. Le public est avide de nouveautés, consomme les biens culturels comme des kleenex en période de rhume, en veut toujours plus. C'est dans une distribution éclatée, dans des tarifs plus fins, dans une qualité meilleure que des acteurs à venir trouveront les moyens d'exister et de faire exister leurs auteurs. La concurrence a du bon. Les majors de tous poils en sont sûrement bien conscientes pour vouloir à tout prix maintenir leur main mise sur les marchés.
Un des effets de la loi sera sans doute cette prise de conscience liée à la peur du gendarme. Il faudra que la pédagogie suive sinon les outils déjà si nombreux pour contourner les relevés d'infractions se multiplierons à l'infini !
Marc Hassyn
Je suis en total désacord avec la comparaison "radar et morts" censée justifier l'adoption des mesures répressives. Le partage de fichiers sur internet n'a jamais tué ou blessé personne.
Réfléchissez 5 minutes... D'un côté, résultat d'une conduite à risque: potentiellement des blessés et des morts... De l'autre, peut-être un peu moins de profit pour les majors de l'industrie du disque et du film (et encore, ce n'est même pas sûr, des études scientifiques récentes tendent à prouver qu'en fait les "pirates" sont les premiers consommateurs payants de biens culturels).
Vu sous un autre angle:
- répression routière = bénéfice d'ordre humain pour la société française.
- répression du "piratage" = bénéfices financiers pour un petit groupe d'industriels extra-nationaux.
Bref, cette comparaison est totalement inadaptée. Perdre un peu de liberté individuelle pour sauver des vies, ça peut se discuter... Perdre un peu de liberté individuelle pour soutenir les bénéfices de multinationales qui ont été incapables de s'adapter à une évolution technique de la société, ça jamais...
Notez, que quand je parle de perte des liberté individuelle, je pèse mes mots. Je vous conseille de trouver le texte de loi Hadopi et de le lire...
Dans l'état actuel du texte, un individu pourra être condamné à voir sa connexion internet coupée sans qu'il y ait un procès légal en justice (normalement tout individu suspecté d'acte criminel a droit à un procès équitable). Plus fort, c'est suite à la demande directe des "ayants droits" sans vérification contradictoire que celà aura lieu. De plus, pour montrer sa bonne foi en cas d'erreur, chaque utilisateur d'internet français est censé installer préventivement sur son ordinateur un programme "filtre" dûment validé par l'état pour empêcher d'aller sur les sites "dangereux" par erreur. Vous ne trouvez pas que celà s'apparente à de la censure? Ah oui, j'oubliais, ce logiciel sera "propriétaire" (donc opaque) et peut être payant.
Bref, Hadopi est un machin injuste, inadapté, qui va nous coûter du fric, et le ponpon: obsolète techniquement avant même sa mise en oeuvre.
Ma réflexion ne visait pas à mettre sur le même plan les excès de vitesse et le pillage des auteurs. L'évolution du comportement des français en matière de vitesse en automobile m'a semblé exemplaire des moyens répressifs qu'il fallait déployer, même pour une cause indiscutable, pour modifier un comportement sociétal.
Si cela peut vous rassurer, on en est encore très loin avec Hadopi "injuste, inadapté et obsolète avant même sa mise en oeuvre" et je ne vois, heureusement, aucun gouvernement prêt à nous faire entrée dans une ère policière pour protéger les intérêts des majors, qui ne me soucient guère, ou ceux des auteurs, qui me soucient beaucoup plus.
Payant ou gratuit? Mais au fond on parle de quoi et dans quel sytème de valeur? Une grille d'analyse de la valeur d'une oeuvre d'art à appliquer au cas de la loi Hadopi.
Au fond l'oeuvre est d'abord création, un témoignage d'être-ensemble (si solipcisme pas de l'art) donc valeur communautaire, contribution au bien commun d'une communauté d'esprit et de valeurs (sa culture?). La valeur est corrélée aux valeurs propres à des communautés différentes, pas la même appréciation pour tout le monde évidemment. Pas de changement avec internet sauf bientôt la création progressive de nouvelles communautés et leur art et donc artistes. Ici on peut payer pour contribuer à la création dans une communauté selon ses valeurs propres. C'est l'impôt qui doit y pourvoir et le mécénat avec toutes ses formes pour faire émerger et soutenir des artistes et créateurs.
Ensuite l'oeuvre est représentation selon des modalités culturelles et des langages spécifiques. Elle participe aux jeux d'identifications sociales, modes, groupes etc. La représentation est un mirroir social valorisant. Là on peut payer pour en être, assister, participer aux représentations, être abonné... Avec Internet d'autres espaces et formes de représentations vont se développer. Qu'en dit la loi? Et qu'en disent les éditeurs de musique ou producteurs de films?
Ensuite l'oeuvre est matérialisée dans des supports qui en conditionnent l'accès. Là on peut payer pour l'avoir. C'est la gestion de la rareté qui a fait la fortune des producteurs et marchands de supports en faisant semblant que l'oeuvre se ramène à ça et en ignorant ce qui précède. Là on peut payer pour l'avoir. C'est là le grand chambardement, le support ne coûte presque plus rien et on fait semblant que c'est de l'oeuvre qu'il s'agit.
Ensuite l'oeuvre vaut par ses résonnances socio-affectives dépendant à la fois des personnes et des milieux. On peut payer pour en jouïr individuellement et collectivement (l'un par l'autre si on y réfléchi bien). Là c'est le règne des échos inconscients du « témoignage d'être » du créateur mais aussi de tous les trafics émotionnels et les contaminations collectives. Là c'est le règne du marketing mais aussi du buzz qui est un tout autre phénomène qui vient avec Internet. Ici c'est aussi le règne de la démesure, de l'immaturité (tout ou rien) lorsque des cadres socio-culturels ne sont pas établis ou sont pervertis. La loi est une modalité pertinente parmi d'autres si elle est cohérente avec le système de valeurs d'une communauté identifiée et intégrée dans une pédagogie culturelle.
On peut craindre que la défaillance de telles analyses et la réduction matérialiste de l'art avec son moteur émotionnel, entretenus par le business de l'exploitation artistique, n'ai pas préparé à comprendre et gérer une telle mutation de civilisation qui se dessine et dont les « témoignages d'être » vont bientôt rendre caducs les débats portant sur des oeuvres d'un autre temps.
Alors gratuit ou payant? Mais de quoi on parle et dans quels systèmes de valeurs. Il faudra sans doute attendre l'émergence de la conscience d'une nouvelle économie, ni sytémique ni universelle, l'économie communautaire, pour que la valeur se référe à des valeurs accessibles et que l'oeuvre participe au bien commun, ce qui en donne la valeur et le prix.
Vos grilles supposent qu'il y ait une corrélation entre la valeur sociale et la valeur économique d'une oeuvre. Or ces 2 grilles d'analyse ne se sont jamais juxtaposées, à supposer qu'une juxtaposition soit possible.
L'origine de l'article, c'est simplement la constatation que le modèle gratuit ne fonctionne pas. C'est à dire qu'il ne dégage pas une valeur économique suffisante pour que les auteurs qui avaient tenté l'aventure puissent continuer l'expérience. Frédéric Filloux pense qu'il existe des pistes qui semblent indiquer que l'on pourrait revenir à un modèle payant, optimisme que je ne partage pas.
On est dans la situation paradoxale où la société dans son ensemble n'a jamais mis sur un tel piedestal les valeurs culturelles, et où en même temps, les individus n'ont jamais été aussi enclin à considérer que leur gratuité allait de soi."Le rapport d'un député visant à garantir aux citoyens le « droit d’accéder à l’ordinateur et à l’Internet » a été adopté par la commission des libertés civiles du Parlement européen."
Cette situation n'est pas liée à une réévaluation sociale de la valeur économique de la création, mais à l'apparition de nouveaux outils qui remettent en causes les modèles économiques existants. La remise en cause des modèles industriels antérieurs est une constante de l'évolution technologique et du capitalisme. Si la création de valeur des majors du disque devait disparaitre mais était remplacée par une création de valeur nouvelle et plus importante, celle des fournisseurs d'accès à internet ou des fondeurs de puce par exemple, j'y survivrais.
Mais en ce qui concerne la création, et quelque soit le modèle industriel, on a besoin de rémunérer des auteurs pour qu'ils continuent à créer et pour qu'ils se " reproduisent". Or pour l'instant, je vois bien la fin d'un modèle mais en aucun cas, l'émergence d'un autre. La question n'est pas de savoir si Internet a créé de nouveaux artistes et de nouvelles pratiques artistiques (c'est une évidence), mais si ces nouvelles pratiques (et les anciennes) pourront dégager pour les artistes une valeur économique.
L'impôt et le mécenat sont largement antérieurs à Internet. Ils sont nécessaires, mais à moins de souhaiter un art "officiel", ils ne peuvent financer qu'à la marge la création.
Qu'avec Internet, d'autres espaces et formes de représentations se développent, c'est une évidence, mais pour l'instant toutes les formules qui visaient à les faire payer ont échouer sans qu'il y ait besoin d'y convoquer la loi.
La rareté et la matérialité de l'oeuvre qui fait le bonheur des marchands n'est pas remise en cause par Internet, au contraire. Christie's est peut-être menacé par la crise économique, mais surement pas par Internet. Les producteurs de disque ou de cinéma à l'inverse, ne cherchaient pas la rareté, mais bien au contraire la diffusion maximum. Le support ne coûtait déjà presque rien, mais c'était le passage obligé à la caisse qui permettait de rémunérer majors et artistes.
Avec Internet on peut jouir de l'oeuvre individuellement, dans l'intimité de son foyer, et collectivement en vibrant avec la communauté que l'on s'est choisi sur la toile, mais on souhaite toujours que cela reste gratuit.
Alors je dois dire que l'idée de la naissance d'une nouvelle conscience communautaire pour qui la valeur se référerait à des valeurs accessibles et où l'oeuvre participerait au bien commun, ce qui en donnerait la valeur et le prix me laisse extrèmement sceptique. Ce sont ceux-là même qui plaident pour l'abolue nécessité pour chacun d'avoir un accès à son domicile à Internet (et donc qui repésentent la communauté qui lui accorde le plus de valeur), qui sont le moins prêts à payer pour accéder à ses contenus immatériels.
La question c'est plutôt à quoi va ressembler la création de demain, avec des auteurs beaucoup plus nombreux qu'aujourd'hui, mais qui devront trouver leur rémunération ailleurs que dans leur travail d'auteur.
Vous dites d'entrée il n'y aurait pas corrélation ente valeur sociale et valeur économique et pas de possibilité de juxtaposition des grilles.
J'en tomberai à la renverse s'agissant de culture et d'oeuvres artistiques. Si la valeur sociale (culturelle) ne compte pas dans l'affaire alors pourquoi nous bassiner avec le payant gratuit des oeuvres artistiques si ce n'est que du business? Je pense que c'est effectivement une question de grilles et d'enfermement dans des modèles que la mutation du monde actuel et singulièrement la crise financière mettent en question, notamment à l'aide de ce laboratoire révélateur qu'est Internet. Un peu brouillon, encore immature certes mais en train de restructurer nos façons de penser et d'agir.
Il ne s'agit pas de juxtaposer les grilles ou systèmes d'interprétation et d'évaluation mais de les hiérarchiser. Ce que révèle la crise financière notamment c'est que nous avons vécu sur un découplage de la valeur et des valeurs sur la base d'arguties pseudo-scientifiques et que ce ne sera plus après comme avant avec le recouplage à restaurer. Alors quelques définitions.
Les valeurs sont des indicateurs du Sens du bien commun dans une communauté d'enjeu (de Sens, de projet, de devenir...) et constituent ainsi des systèmes de valeurs. Culturels donc.
La valeur est la mesure de la contribution à un bien commun dans un communauté donnée (ex marché pour les « biens » et « services ») et le prix consenti y est lié.
Il n'y a d'évaluation ni de mesure de la valeur (partagées) sans une échelle de valeurs partagée.
Il n'y a pas d'échelle de valeurs sans un système de valeurs. (Apprendre à les analyser, les développer...)
Conclusion pas de valeur sans valeurs, donc pas de prix sans restauration d'une valeur communautaire partagée et des règles communes associées (éco-nomie).
Mais vous connaissez surtout ceci.
Les valeurs ce sont mes préférences particulières qui m'exonèrent du bien commun : un intérêt particulier, une norme adoptée. La valeur c'est la mesure de mon intérêt et le prix c'est ce que je peux consentir pour le satisfaire. Je n'ai aucune raison de m'intéresser à une quelconque valeur culturelle sinon spéculative. Ce qui se passe sur Internet n'est que le révélateur de ce qui prévalait avant.
Si on prend une grille économique au Sens étroit du terme (car il n'y a d'économie que communautaire) et selon ces principes alors il ne peut en aller autrement tant qu'une nouvelle régulation par les valeurs ne se soit établie. Il y a encore du travail. Mais c'est le même qui se joue pour la musique, le cinéma, la presse (en ligne ou non) et pour les droits d'auteur dans tous les domaines, même non artistiques, ou encore dans l'open source pour le logiciel. Mon avis c'est que c'est du côté du paradigme communautaire (valeurs, économie, gouvernance, démocratie etc.) que l'on trouvera de nouvelles solutions pour une nouvelle ère de civilisation.
La valeur est la mesure de la contribution à un bien commun dans un communauté donnée (ex marché pour les « biens » et « services ») et le prix consenti y est lié.
Ca n'est pas et cela n'a jamais été le cas.
Soit on a une réflexion strictement économique, et on considère que le processus qui est à l'origine de la fixation du prix d'un bien est analysable en termes de coûts de production et de distribution, et que l'acte d'achat est un acte rationnel réductible à un rapport qualité/coût;
Soit on a une réflexion plus sociologique sur l'acte d'acheter, et on constate que l'acquisition d'un bien ne peut jamais se réduire à un acte rationnel qui serait réductible à sa valeur d'usage, à son utilité. On achète aussi une valeur symbolique qui prend son origine dans l'idée que l'on se fait de soi-même et de l'image que l'on veut renvoyer aux autres. Sinon comment expliquer que l'on se livre à des actes aussi irrationels que d'acheter des voitures qui roulent à plus de 200 km/h quand la vitesse est limitée à 130, ou peuvent escalader des montagnes et traverser des jungles quand on ne quitte jamais l'autoroute ! Ce raisonnement s'applique également aux produits de grande consommation tels que la lessive qui mobilisent des talents et des moyens économiques inimaginables pour donner une plus value symbolique au travers de la publicité à des produits apparemment parfaitement interchangeables.
A aucun moment, je ne vois de corrélation entre le prix consenti et la contribution à un bien commun.
Avec l'apparition d'Internet, on assiste à la disparition d'un système, imparfait, qui permettait de rémunérer, mal, un certain nombre d'auteurs. Des équilibres imparfaits, mais des équilibres avaient été trouvés. La création sur les produits diffusés industriellement (les Cd par exemple), était rémunérée par un pourcentage sur le prix de vente. La presse avait trouvé un équilibre très fragile entre les revenus de la publicité et ceux qui étaient générés par les ventes, pour verser des salaires aux journalistes. Les supports qui diffusaient déjà des contenus immatériels (radio, télévision), signaient régulièrement des accords avec des sociétés qui représentaient les auteurs et facturaient et redistribuaient ensuite aux auteurs des droits de reproduction en fonction de l'utilisation des oeuvres. Les consommateurs allaient arbitrer entre ces différents produits culturels en fonction de la valeur symbolique qu'ils leurs accordaient. Le Figaro ou Libé, les Beatles ou les Rolling Stones (je ne suis plus très jeune...). Pour le consommateur Lle coût était aussi bien entendu à l'origine d'arbitrages entre les produits culturels, et les produits culturels et les autres produits de consommation
La valeur c'est la mesure de mon intérêt et le prix c'est ce que je peux consentir pour le satisfaire.
Aujourd'hui on assiste à un découplement total entre la valeur symbolique attachée par les internautes aux contenus immatériels (très élevée, l'accès aux contenus immatériels est même revendiqué désormais comme un droit fondamental) et la valeur économique (rien) qu'ils sont prets à y consacrer.
Ne pas payer et accèder à un maximum de contenu, est même devenu en soi une des valeurs symboliques les plus emblématiques du Net. On va copier des programmes, des musiques, des films que l'on n'utilisera ni ne regardera, pour le seul plaisir de l'avoir fait et de les accumuler sur son ordinateur. En terme d'image on s'imagine petit contre la major, pirate contre l'état totalitaire, moderne contre la société archaïque, libertaire contre la bureaucratie etc.
Mais en attendant, il n'y a plus d'argent pour rémunérer la création.
Face à une telle lame de fond, le bricolage législatif façon Hadopi relève plus de la gesticulation que de la solution.
El Gato Auteur Photographe :-)
La culture est un bien commun, qui n’est pas accessible à tous, et c’est aussi ce qui attise sa convoitise. Il y a ceux qui la comprennent, et qui peuvent se l’offrir, se l’approprier intellectuellement et financièrement et les autres, ceux qui veulent la consommer en tant qu’objet du désir, qui ne lui accordent qu’une place "kleenex "que l’on jette lorsqu’on a fini de l’utiliser, ou dès qu’on s’en est lassé.
L’outil Internet est depuis devenu l’interface ou ces deux mondes s’affrontent. Le premier estimant qu’il faut conserver la rareté de l’accession à l’art (d’une manière générale), en approuvant la loi Hadopi ils renforcent cette idée, et les seconds estimant au contraire que l’accessibilité doit être facilité à l’ensemble, en la rendant gratuite et consommable à l’infini.
Si l’affrontement ne devait se résumer qu’à ces deux mondes, la loi hadopi n’aurait jamais vu le jour. Un troisième monde est depuis venu se joindre à la bataille.
Depuis des années les majors ont prospérés grassement sans que rien ne vienne perturber leur monopole. Il y a bien eu un épisode « effrayant », avec l’avènement des magnétos et les cassettes enregistrables, avec la perspective panique d’une catastrophe économique, la perte financière, la vision apocalyptique de la fin du vinyle. Aujourd’hui, les vinyles ont bien disparus, et de nouveaux supports ont fait leur apparition propulsant les majors déprimées au statut de world compagny ! Les inquiétudes d’hier, sont les mêmes que celles d’aujourd’hui, si la créativité artistique à explosée, la créativité, l’imagination ce ces entreprises n’a pas évolué au même rythme que la technologie.
Ce qui me surprends dans les commentaires, et que je ne comprends pas, c’est cette proportion de masochisme qu’on certain à vouloir se faire fouetter et à faire fouetter les autres ! Se faire fouetter par « la trique de la répression » serait elle assimilable à un Art ? Art de vivre ou Art de la performance…Il est vrai que se taillader le corps et l’esprit en publique peut constituer une performance masochiste !
L’exemple des voitures est un exemple que les normands ne bouderaient pas tant il est à la fois bon et mauvais.
Il est bon lorsque l’on se place dans le cadre précédent et le désir de punition, il est bon dans ce qu’il permet comme solution alternative à la répression systématique ou personne n’a l’idée de réduire la puissance des voitures et de limiter leur vitesse à la sortie d’usine.
Il est mauvais par ce que les conséquences ne sont pas les même, l’enjeu de la vie et de la mort n’a pas la même finalité que la rémunération d’un artiste, et il est mauvais par ce qu'en allant au bout de ce raisonnement tout le monde finirait par rouler en Mardène ne dépassant pas le 45k/h (façon plutôt soviétique de voir les choses).
Je pense qu’il existe une solution moins polémique et plus consensuelle pour tout ce qui est dématérialisable, ou la rémunération se ferait sur une base de temps, du vivant de l’auteur, ou sur une période donnée pour une réédition. Après ces délais, l’offre deviendrait publique et gratuite.
De manière plus imagée, nos enfants pourraient télécharger gratuitement et sans risque d’être qualifier de pirate toute œuvre d’artiste mort (il n’a plus besoin d’argent pour vivre) ou toute édition de livres, d’images, de photos, de vidéos et de musiques, tombées dans le domaine public.
Je pense qu’il existe une solution moins polémique et plus consensuelle pour tout ce qui est dématérialisable, ou la rémunération se ferait sur une base de temps, du vivant de l’auteur, ou sur une période donnée pour une réédition. Après ces délais, l’offre deviendrait publique et gratuite.
Ca s'appelle le droit d'auteur. Aujourd'hui en Europe, la durée du droit patrimonial est de 70 ans après la mort de l'auteur.
On pourrait s'interroger sur cette durée, mais ce n'est pas ça qui est en cause mais une évolution de la société, qui prend son origine dans le développement de l'Internet, qui veut que pour un nombre toujours plus grand de consommateurs toute œuvre immatérielle n'a plus de valeur économique.
J'ai lu tous vos vos commentaires suite à mon papier. Je ne vais pas vous mettre tous d'accord mais vos interventions, même si elles sont parfois difficilement conciliables, me confortent dans l'idée que ce débat vaut mieux qu'une loi bancale et inapplicable, et qu'il aurait fallu mettre tous ces éléments de réflexion sur la table pour trouver un nouvel équilibre.
En tout cas, bravo pour la qualité de vos commentaires qui vont nourrir ma réflexion sur le sujet
Matthieu Josse.
Hadopi ne mobilise visiblement pas nos députés ! En tout cas nettement moins que les internautes .
L'Assemblée nationale a adopté jeudi la disposition-clé et très controversée du projet de loi "protection des droits sur internet", qui prévoit la suspension de la connexion internet en cas de téléchargement illégal, après une "riposte graduée" (deux mises en garde).Sur les quelques 25 députés présents, l'UMP a voté pour (à l'exception de Lionel Tardy qui s'est abstenu), la gauche a voté contre, le Nouveau Centre s'est abstenu.
Beaucoup de bruit pour pas grand chose ?
Cordialement