Monde

La semaine où Trump s’est encore enfoncé

Temps de lecture : 5 min

Ses excuses et justifications pour son attitude à Helsinki sont presque aussi mauvaises que la débâcle qu’aura été ce sommet.

Vladimir Poutin et Donald Trump au G20 de Hambourg, le 7 juillet 2018 | Saul Loeb / AFP
Vladimir Poutin et Donald Trump au G20 de Hambourg, le 7 juillet 2018 | Saul Loeb / AFP

Sans sous-estimer l’attitude scandaleuse du président Trump lundi dernier à Helsinki, sa rencontre avec des leaders du congrès une fois de retour à Washington mardi aura été presque pire, à peine moins honteuse.

Si certains des parlementaires assis autour de la table à la Maison-Blanche ne voyaient pas déjà Trump comme un menteur patenté, ils n’auront pas pu éviter de tirer cette conclusion après cette session. Un de ses mensonges était si gargantuesque et si évident que ces parlementaires et les spectateurs et spectatrices ayant suivi la diffusion de ces remarques ne pourront que conclure que Trump les considère les uns et les autres comme les plus naïfs des idiots.

Une version révisée peu crédible

Trump a déclaré vouloir clarifier une incompréhension suite à une des déclarations les plus critiquées de sa rencontre avec le président russe Vladimir Poutine. Lorsqu’un reporter lui avait fatalement demandé si il croyait les conclusions des agences de renseignement des États-Unis, qui affirmaient que la Russie s’était immiscée dans l’élection présientielle de 2016, Trump avait répondu: «Je ne vois aucune raison pour laquelle ce serait la Russie». Et vingt-quatre heures plus tard, Trump prétendait avoir voulu dire: «Je ne vois pas pourquoi ce ne serait pas la Russie». Avant d’ajouter: «Cela clarifie certainement les choses». Oui, cela clarifie le fait que rien de ce que dit Trump ne peut être cru.

Il a pu penser que plus c’est gros plus ça passe, surtout avec la base de ses admirateurs qu’il choie tant

Quand revient sur les images et la transcription de la conférence de presse d’Helsinki, deux points sont clairs: tout d’abord, quand Trump a fait cette remarque, il ne lisait pas –même mal– une déclaration officielle mais parlait spontanément pour réagir à la question d’un journaliste. Deuxièmement, et c’est plus important encore, le contexte de sa remarque montre clairement qu’il a bien dit ce qu’il avait voulu dire. Juste avant la phrase en question, Trump avait déclaré «j’ai parlé au président Poutine et il vient de me dire que ce n’est pas la Russie». Et juste après cette phrase, Trump a affirmé: «Je vais vous dire, le président Poutine a été très clair et véhément dans son démenti».

En d'autres termes, ce que Donald Trump a réellement dit dans cette phrase est cohérent avec ce qu'il avait dit dans les phrases environnantes –alors que la version révisée de la phrase est totalement incohérente. Une autre façon de le dire: la version révisée de Trump est littéralement incroyable.

Si l’on veut regarder cette histoire ahurissante de façon légèrement plus positive, on peut se dire qu’au moins Trump comprend que son discours était scandaleux, mais que puisqu’il est absolument incapable d’admettre ses erreurs, il a décidé que le seul moyen de gérer cette situation inconfortable était de persister dans un mensonge énorme. Qui sait, il a pu penser que plus c’est gros plus ça passe, surtout avec la base de ses admirateurs qu’il choie tant.

Un mépris total pour la réalité

Bien sûr, certains de ses mensonges tout aussi évidents sont passés sans problème.

Au-delà de ce seul mensonge, Trump n’a presque rien fait pour modifier son attitude de complaisance avec la Russie de Poutine et de courbettes devant le président russe qui avait choqué tant de gens, y compris des observateurs ordinairement pro-Trump. Il a effectivement dit aux parlementaires convoqués pour venir l’entendre (officiellement pour parler de réductions fiscales, après que les caméras ont été sorties de la pièce): «J’ai une confiance pleine et entière et soutiens complètement les grandes agences de renseignement des Etats-Unis» et «accepte» leur conclusion «selon laquelle l’ingérence de la Russie dans l’élection de 2016 est avérée». Néanmoins, il a vite ajouté: «Cela pourrait aussi être d’autres gens. Il y a plein de gens autour».

En réalité, les agences de renseignement ont conclu unanimement que l’ingérence n’était pas simplement le fait des Russes et uniquement des Russes, mais plus précisément, d’officiers militaires russes sous les ordres personnels de Poutine. Trump n’a pas été jusqu’à accepter ce verdict.

Trump a aussi présenté le sommet avec Poutine comme très prometteur sans donner la moindre indication permettant de soutenir cette affirmation, principalement parce qu’il n’en existe aucune

Trump a aussi présenté le sommet avec Poutine comme très prometteur sans donner la moindre indication permettant de soutenir cette affirmation, principalement parce qu’il n’en existe aucune. Les deux dirigeants ont, a-t-il déclaré, discuté de «certaines des questions les plus urgentes auxquelles fait face l’humanité»: la guerre civile syrienne et sa crise humanitaire, l’Iran, Israël, la Corée du Nord, et la prolifération nucléaire. Mais il n’a rien dit de ce que lui et Poutine avaient dit de ces questions, et encore moins de ce qu’ils prévoient de faire sur ces sujets. Dans la mesure où ces questions ont été discutées lors de la conférence de presse d’Helsinki (elles l’ont été, mais uniquement par Poutine), il est clair que les positions des deux dirigeants divergent sur toute la ligne.

«Je suis rentré en négociations avec le président Poutine dans une position de force immense», a insisté Trump, citant à l’appui l’économie «en plein boom» des États-Unis et leur budget militaire de 700 milliards de dollars. Mais dans le cadre des crises auxquels nous faisons face aujourd’hui, ni l’économie ni un budget militaire immense ne peuvent donner immédiatement la prééminence. Cela dépend toujours de ce que le président fait de ces atouts, et rien ne permet de croire que Trump en ait fait quoi que ce soit.

Il prétend (là encore, avec le plus grand mépris pour la réalité) que sa rencontre quelques jours plus tôt avec les alliés des États-Unis au sein de l’Otan avait été un «immense succès». Là encore, il avait insisté sur le fait que c’était sa tactique de mise sous pression qui aurait à elle seule convaincu les alliés des États-Unis d’augmenter leurs dépenses en matière de défense. En réalité, leurs dépenses ont augmenté dès 2014, lorsque Barack Obama était président, en réaction à l’agression russe en Ukraine, et comme l’ont déclaré plusieurs alliés après le sommet de l’Otan de Bruxelles, ils ont ignoré les demandes de Trump de dépenser plus qu’ils ne l’avaient déjà planifié.

Un désastre sans limite

Le sommet de l’Otan a été un désastre sans limite. Un des résultats de l’isolement des États-Unis de leurs alliés traditionnels à cause de Trump aura été la signature par l’UE ce mardi d’un énorme accord commercial avec le Japon, qui exclut les États-Unis en protestation face à la politique de mise en place de tarifs douaniers décidée par Trump. Le sommet avec Poutine a bien sûr été une telle catastrophe que beaucoup des partisans de Trump au Congrès et dans les médias l’ont critiqué eux aussi.

Trump a invité les dirigeants parlementaires à la Maison-Blanche pour tenter de polir son image déjà bien ternie. Cette rencontre était le seul événement de son agenda d’apparitions publiques ce mardi et même le briefing quotidien habituel avait été annulé, sans doute parce que Trump ne voulait pas entendre quoi que ce soit après des réactions du monde à son sommet.

Cela sera donc pour notre système politique un sérieux test que de voir combien de temps Trump sera capable de détourner les yeux de la vérité, et de voir combien de temps ceux qui le laissent agir ainsi résisteront à la nécessité de l’en empêcher.

Fred Kaplan Journaliste

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