Life

Comment l'ovulation affecte l'estime de soi

Sarah Elizabeth Richards, mis à jour le 07.02.2010 à 11 h 49

Et comment la nature répare ce désagrément

Les hommes aiment les femmes qui se sentent bien dans leur peau: vous l'avez forcément lu, tous les magazines de filles le répètent depuis des années. L'estime de soi serait si importante pour le sex-appeal des femmes qu'on ne compte plus les livres nous conseillant de redresser les épaules pour avoir l'air sûres de nous et de montrer à chaque rendez-vous à quel point nous sommes heureuses et merveilleuses. On pourrait en conclure que, pendant les quelques jours du mois où nous pouvons tomber enceintes, la nature nous confère un amour propre démesuré.

Mais non, la nature ne semble pas se montrer coopérative. De nouvelles recherches montrent que l'estime de soi chute pendant la période de l'ovulation, quand nos ovaires libèrent un ovocyte dans les trompes de Fallope pour qu'il soit fécondé. Que nos hormones fichent le bazar dans nos émotions une deuxième fois dans le mois - deux semaines précisément après le syndrome prémenstruel - peut paraître cruel, mais il y a une explication. Nos souffrances ne sont pas vaines: cela fait partie d'une stratégie évolutionniste sophistiquée d'accouplement destinée à nous aider à perpétuer notre espèce.

Selon cette étude, publiée le mois dernier dans le Personality and Social Psychology Bulletin, se sentir mal dans sa peau pousse à faire plus attention à son apparence. On dirait que la sélection naturelle parie sur le fait que c'est notre beauté - et non notre confiance en soi - qui va attirer les hommes et, par là même, leurs spermatozoïdes. Sarah E. Hill, co-auteur de l'étude et psychologue à l'université chrétienne du Texas, espère que le fait d'être consciente de cette baisse d'estime de soi permettra aux femmes de l'anticiper et de relativiser quand elles se mettront tout à coup à focaliser sur leurs défauts physiques. «Soyez indulgente avec vous-même», conseille-t-elle. «Vous n'êtes pas plus moche qu'hier, ce sont vos hormones reproductives qui jouent au yoyo.»

Shopping

Les deux auteurs ont analysé l'estime de soi de 50 étudiantes; selon leurs conclusions, c'est au moment de l'ovulation que celle-ci est au plus bas. Elles ont demandé à ces femmes de s'imaginer en train de se préparer pour une soirée où seraient présents un tas de séduisants célibataires. Celles-ci ont dû évaluer leur envie de dépenser de l'argent pour se faire belles - envie d'acheter des vêtements ou des chaussures, de faire des U.V., de se rendre chez l'esthéticienne ou la pédicure. Lors de l'une des expériences, elles n'avaient pas de liquide mais pouvaient utiliser une carte de crédit pour acheter des chaussures pour la soirée. Elles devaient choisir entre une paire à 45 dollars et un modèle de créateur à 150 dollars qui allonge et affine les jambes. Les femmes qui avaient le moins confiance en elles - souvent celles à la recherche d'une relation durable - ont davantage opté pour les chaussures les plus chères. Sarah E. Hill pense que les femmes qui souhaitent une simple aventure estiment qu'elles n'ont pas à se décarcasser, vu que les hommes ne sont pas si difficiles pour une histoire d'un soir.

L'étude a ses limites. S'imaginer dans certaines situations ne permet pas de savoir précisément comment on se comporterait en vrai - c'est bien plus simple de faire semblant de dépenser de l'argent que d'utiliser sa carte bancaire. Et comme ces femmes ne pouvaient acheter avec cet argent que des produits en rapport avec la beauté, pas de place de cinéma ou de massage par exemple, on ne peut être sûr qu'elles voulaient spécifiquement se faire belles ou qu'une cure de shopping pouvait les aider à se sentir mieux. Cette étude montre toutefois comment l'estime de soi des femmes fluctue au cours du cycle menstruel, alors que les recherches précédentes se concentraient sur le lien entre fertilité et estime de soi tout au long de la vie. Sur le long terme, c'est très simple: notre amour propre est élevé quand nous sommes enfants, commence à diminuer à l'adolescence, touche le fond entre 20 et 30 ans, quand notre fertilité est optimale, et s'améliore à partir de la cinquantaine. Les hommes ont à peu près le même parcours, mais c'est plus prononcé chez les femmes.

Fertilité et séduction

Malgré cette malédiction de la double chute de confiance en soi, les êtres humains parviennent à se reproduire. Les hommes sont en effet plus attirés par les femmes au moment où elles sont le plus fertile. Et c'est logique, une pointe de manque d'assurance chez une femme peut avoir des effets positifs si ça la persuade d'échanger son pantalon de jogging contre un minishort. Mais si elle croit si peu en elle, qu'est-ce qui l'empêchera de finir avec le premier crétin qui lui offrira un verre - et de reproduire potentiellement les mauvais gênes de ce dernier, c'est-à-dire précisément ce que l'évolution essaie d'éviter?

Sarah E. Hill pense que pour répondre, il faut absolument distinguer deux sortes d'estime de soi, mesurées dans l'étude. L'ovulation réduit l'amour propre global des femmes, mais un facteur-clé n'est pas significativement affecté: leur «valeur d'accouplement» auto-perçue. En d'autres termes, vous pouvez vous sentir aussi mal que possible, vous restez consciente de votre propre valeur. «Lors de l'ovulation, vous pouvez vous sentir au plus bas, mais si vous êtes un bon numéro, vous restez un bon numéro», explique Sarah E. Hill. «Cela empêche de faire de mauvais choix. » Dans le vocabulaire froid et direct de l'évolutionnisme, cette conscience de notre «valeur d'accouplement» joue un rôle important; elle guide nos choix et détermine nos chances sur le marché de l'accouplement, estime le psychologue Lee Kirkpatrick, du College of William and Mary. Si elle est trop élevée, vous perdrez votre temps à essayer en vain de sortir avec quelqu'un. Si elle est trop basse, vous pourriez vous engager avec le premier venu.

C'est rassurant de savoir que la déprime ovulatoire ne nous poussera pas à nous laisser mettre enceinte par un loser. Même si elle peut nous pousser à en prendre pour 100 $ de mèches chez le coiffeur. Et peut-être qu'un peu d'amour de soi-même (sinon mieux, du yoga) peut aider à ramener la confiance. De quoi redresser de nouveau les épaules.

Par Sarah Elizabeth Richards

Traduit par Aurélie Blondel

Image de une: Reuters/Marcelo del Pozo. Candidate pour Miss Séville, Espagne

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