Sports / Économie

Supporter une équipe est usant émotionnellement

Temps de lecture : 2 min

C'est la science économique qui nous le dit.

Des supporteurs anglais désemparés après la défaite de leur équipe en demi-finale contre la Croatie, le 11 juillet 2018. | DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP
Des supporteurs anglais désemparés après la défaite de leur équipe en demi-finale contre la Croatie, le 11 juillet 2018. | DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP

Depuis la finale de la Coupe du monde de foot dimanche dernier, le peuple français tout entier vibre. À l'inverse, les supportrices et supporteurs des équipes qui ont échoué dans ce Mondial doivent être particulièrement déçus par le résultat de leur équipe nationale.

La plupart des fans, quel que soit le sport, vous le diront: suivre ardemment son équipe de coeur est un calvaire. Comme dans les films Marvel ou lors d’un premier rendez-vous, les fortes attentes sont souvent douchées. Comme dans tous les sports professionnels, seule une équipe a le privilège d’être championne. Pour de nombreuses autres, dans un championnat où la compétition est rude, les fins de saisons tournent vinaigre pour une majorité des équipes.

Un phénomène expliqué par l’économie comportementale

Amos Tversky et Daniel Kahneman ont été les premiers à introduire le concept d'«aversion à la perte», qui nous permet pour comprendre pourquoi soutenir une équipe constitue une déchirure émotionnelle. L'«aversion à la perte» se définit comme l’idée selon laquelle la dépréciation d’utilité due à une perte nous procure une utilité négative supérieure à l’utilité positive que nous retirons d’un gain du même montant.

En résumé, selon eux, nous attachons plus d’importance à une perte qu’à un gain d’un même montant. Par exemple, si vous proposez à quelqu’un de gagner cinq euros si la pièce tombe sur pile ou de perdre quatre euros si elle tombe sur face, la grande majorité d’entre nous refuserons l’expérience. Dans notre cerveau, la douleur émotionnelle due au sentiment de perte l’emporte sur le plaisir du sentiment de gain.

Une théorie présente dans le sport

Les données d’un nouveau rapport suggèrent que «l’aversion à la perte» décrit aussi la vie d’un supporteur. Les économistes Peter Dolton et George MacKerron de l’Université anglaise de Sussex ont analysé des données du Mappiness Project. Une étude au cours de laquelle les individus indiquent, sur leur smartphone et à des moments aléatoires, s’ils sont heureux.

Pour examiner l’influence de «l’aversion à la perte» dans le sport, les scientifiques ont étudié le niveau de satisfaction des individus considérés comme supporteurs de football. Durant les saisons 2011-2012 et 2012-2013 des championnats anglais et écossais, chaque personne interrogée devaient reporter son niveau de bonheur, sur une échelle de 0 à 100 avant et après les matchs.

Les résultats démontrent qu’avant la rencontre les supportrices et supporteurs sont un petit peu plus heureux qu’à l’habitude. Puis si leur équipe est victorieuse, ils gagnent trois à cinq points de plus que leur moyenne. Au contraire une défaite, leur en fait perdre six à dix. Comme le prédit la théorie de Tversky et Kahneman, perdre un match nous rend plus triste que gagner ne nous rend heureux.

Et comme si ce n’était pas assez, la recherche a aussi montré que les victoires ne provoquent pas la même sensation si elles sont attendues. Néanmoins, les nuls et défaites éveillent une sensation encore pire lorsque le résultat est prévisible.

Alors si cette situation est sans issue, pourquoi tant de gens supportent-ils des équipes? Même les experts ne peuvent pas y répondre. Selon Quartz, nous ne soutenons pas une équipe pour le bonheur attendu. Nous le faisons pour se rapprocher d’autrui, l’objectif étant de se rassembler autour d’un but commun pour créer une communauté. L'objectif principal est de partager plus qu’un match ensemble.

Malgré tout, que ce soit la défaite en finale de l’euro 2016 ou la victoire en finale de Coupe du monde 2018, ces deux moments ont eu en commun de rassembler la nation française autour d’une équipe. Dans la défaite ou la victoire, supporter une équipe est très fédérateur et c’est ce que beaucoup recherche dans cette démarche.

Slate.fr

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