Politique

Qu'est-ce qui faisait courir Bernard Tapie?

Temps de lecture : 38 min

L'homme d'affaires et ancien ministre de la Ville est mort à l'âge de 78 ans des suites d'un cancer de l'estomac le dimanche 3 octobre 2021.

Bernard Tapie le 21 mai 1989, au Stade-Vélodrome, à Marseille. | Jacques Demarthon / AFP
Bernard Tapie le 21 mai 1989, au Stade-Vélodrome, à Marseille. | Jacques Demarthon / AFP

Il est mort, mais c'est fou ce qu'il reste tuant. À la seule convocation de son souvenir, gros coup de barre posthume. Évoquer ses dix existences, sa «résistible ascension» dans les affaires, le sport, la politique ou le show-biz; depuis l'annonce de son décès, tenter de retrouver l'ordre chronologique de ses gloires et de ses glissades, de ses embarras judiciaires et de son passage par la case prison, fait remonter un vertige d'interrogations non soldées.

Fallait-il que Bernard Tapie encombre si souvent les plateaux télé et les titres des journaux? Était-ce de son fait, ou du nôtre? On a beau se dire que toute vie n'est que tentative de revanche sur la sale blague d'être né, et que la suite n'est plus qu'affaire de style, sa manière à lui laisse l'impression d'une propension à la vantardise et à la querelle, devant tout un pays de lecteurs et d'électeurs, de supporters et de téléspectateurs, pris à témoin, et dont on se demande encore qui avait bien pu les convoquer là.

On imagine que c'était, chez lui, façon de compenser le fait de n'être pas né de la «botte» sociale. De s'être mêlé de racheter et de revendre des entreprises sans la légitimité que confèrent, pour s'enrichir, des diplômes d'HEC ou de l'ENA. D'avoir été longtemps à lui-même ses seuls réseaux, protecteurs et alliés, dans une solitude pas si bonne conseillère, et de ce fait, de s'être montré si pressé qu'il avait dû en oublier, ensuite, de ralentir.

À se retourner, là, sans plus avant, domine la sensation d'avoir été en présence d'un Chevalier blanc autoproclamé, qui aurait réussi à se faire passer pour le représentant du bien commun, à convaincre, à se convaincre, qu'il se coltinait avec les puissances hostiles, banquiers et procureurs, en d'autres noms que le sien seul. «Ils veulent que je les venge, quelque part», dira-t-il, un jour, dans un reportage télé sur ses villégiatures à Saint-Tropez, songeant à la foule populaire des touristes défilant, sur le port, devant les yachts pour milliardaires. Voulait-il dire qu'il les vengeait de leurs humiliations sociales grâce au yacht que lui-même possédait?

Comme, au début, il allait en couleurs claires dans un monde d'hommes d'affaires habillés d'anthracite, il brouillait les codes.

Sans doute le croyait-il, au fond. Il savait les réussites financières forcément suspectes au peuple –il en venait– dans les années 1980, années de fric et de fric-frac. Aussi contrariait-il les symboliques, avec son visage, longtemps, de chanteur de charme, son goût pour le tutoiement, sa provocation verbale et ses manières déboutonnées, dans les talk-shows. Comme, au début, il allait en couleurs claires dans un monde d'hommes d'affaires habillés d'anthracite, il brouillait les codes. Compliquait les définitions. Le yacht, le jet, la Porsche, l'hôtel particulier de la rue des Saints-Pères, à Paris, c'étaient bien là attelages de nouveaux riches? Oui, mais avec lui, c'était différent, s'efforçait-il de suggérer à un public qu'il entreprenait de séduire, en marge du sujet du jour. Avec lui, on était prié de croire que c'était peut-être plus mérité.

Beau gosse

Dès son surgissement sur les scènes financières, sportives, médiatiques, la presse people et les chaînes populaires s'étaient rangées derrière ses succès, conscientes de tenir là l'un des leurs. Il détonnait dans l'espace public? Ses supporters n'en avaient cure, ou bien s'en flattaient, tandis qu'une presse plus sérieuse, et moins dupe, s'employait à creuser encore le décalage, au moyen de qualificatifs grossissants.

Car il y eut un vocabulaire de presse dédié à Tapie. De rue et d'argot. De métaphores tauromachiques. Puisé dans un dictionnaire «mac ou voyou», et utilisé par ceux qu'il avait tout de suite énervés, dès son irruption dans l'actualité. Des mots de caricaturistes qui visaient à ridiculiser un peu. À mieux tenir à distance l'intrus. À remettre «Battling Nanard», ou encore «le Matamore», à sa place. Un maquignon un peu gredin, qui aurait recherché, sans jamais y parvenir vraiment, l'impunité de la respectabilité. Extrait du quotidien Libération, quand, en novembre 2017, au journal de France 2, Bernard Tapie avait fait confidence d'être atteint d'un cancer: «Le revoilà, égal à sa caricature, tonitruant d'enthousiasme et de mauvaise foi, pétaradant et ramenard comme jamais, bateleur grandiose qui refait l'histoire avec un aplomb d'arracheur de dents.»

Malgré sa disparition, Bernard Tapie demeure un personnage clivant, comme l'on dit, et il laisse dans son sillage les mêmes questions sur la véritable matière d'une vie. A-t-il été, à sa manière, qui rappelle un peu celle de l'autodidacte qu'il n'était pas, un pédagogue par don de son exemple, un économiste paradoxal, pour temps de crise, un leader para-politique tombé de nulle part, voué à dispenser, à travers son épopée personnelle, une audace plus universelle, à l'usage d'un pays épuisé par ses conservatismes et ses peurs? Auquel cas, il serait temps de lui rendre hommage. Dans le cas contraire, s'il n'a été, au fond, qu'un individualiste forcené, soucieux, pour un supplément d'ego, de voir sa réussite valorisée par la galerie, resterait à saluer le talent d'un illusionniste un peu envahissant, et finalement assez sympathique.

Il avait la mâchoire américaine et l'œil ourlé. Les téléspectatrices en raffolaient, et le trouvaient presque aussi beau qu'Alain Delon.

Tapie, champion des années 1980. Invité familier du salon des téléspectateurs. Premier entrepreneur à faire jeu égal avec les stars des plateaux et de la scène. Son talent connu: être devenu riche en moins d'une décennie, pendant que la plupart des autres s'appauvrissaient. Apparemment, cela suffisait au carré VIP qui commençait à tenir lieu de société à ces années «bling-bling». Tapie était sans passé? À peine savait-on qu'il avait tenté de se lancer dans la chanson, quinze ans plus tôt, et à ses manières, aux intonations de sa voix, se dévoilait une origine populaire, qu'il appréciait souligner par des inflexions de titi parisien.

Pour le reste... Il pouvait bien avoir été ce qu'il voulait: l'époque se vouait au seul présent et aux générations spontanées. Il était accueilli, salué, flatté, pour son mérite d'alchimiste. Bernard Tapie savait transformer le plomb en plus-values. Il rachetait des entreprises en difficulté et les revendait après revalorisation. En plus, il était beau gosse, il avait la mâchoire américaine et l'œil ourlé. Les téléspectatrices en raffolaient, et le trouvaient presque aussi beau qu'Alain Delon.

Des yéyés à la télé

Qu'importait alors que le nouvel intronisé, de «Champs-Élysées» aux «Grosses Têtes», sacré «homme de l'année» en 1984, ait déjà vécu une vie de jeune homme de «la classe moyenne» montante; un parcours commencé à Paris, où il était né, en 1943, et la banlieue nord, du côté du Blanc-Mesnil, auprès d'un père ouvrier spécialisé, passé par le parti communiste. Puis un bac de technicien électronique et d'études d'ingénieur aux Arts et Métiers, dont il ne fera rien.

Comment se mâchonne une destinée? À 20 ans, il est déjà sur la piste d'une conquête éclatante. Idole de la chanson –en vain. Mais trois 45-tours témoignent de sa tentative, au milieu des années yéyés, sous le nom de Bernard Tapy. Son tube: «Je ne crois plus les filles». Pilote de course aussi: il se lance dans la Formule 3, mais un accident le plonge plusieurs jours dans le coma. Plus prosaïquement, comme renvoyé à la banalité de l'existence, il se met alors à vendre des postes de télévision. Il excelle dans l'exercice. Au charme, au bagout. Le meilleur vendeur, même, affirmera-t-il, au point de se retrouver en situation de racheter le magasin, puis d'en acquérir un autre, et de les revendre l'un et l'autre avec bénéfice.

Capitaine capitaliste

Ceux qui croisent alors ce trentenaire pressé découvrent un personnage intrépide fourmillant d'idées parfois difficiles à suivre, dangereuses, même, en tout cas où les plus prudents de ses amis se gardent de s'aventurer. En 1974, avec le phytothérapeute Maurice Mességué, il lance Cœur Assistance, une société d'abonnement pour cardiaques, qu'il dote de boîtiers d'alarme. L'initiative déplaît à l'Ordre des médecins et il sera condamné, en 1981, à un an de prison avec sursis, pour publicité mensongère. Puis c'est le Club Bleu, un groupement d'achat pour comités d'entreprises, qu'il recèdera, là encore, avec profit.

Il intègre comme consultant un cabinet spécialisé dans la reprise d'entités industrielles. Puis, en 1977, fonde le sien. Voilà le territoire de sa gloire à venir: les «canards boiteux», qui, bien gavés, font les foies gras des plus-values. Les entreprises en difficulté, en dépôt de bilan souvent, qu'il remettra d'aplomb, pour les revendre au prix fort. Il prend langue avec Jean-Louis Borloo, un jeune avocat spécialiste du droit des faillites. Ensemble, ils vont écumer les tribunaux de commerce. Suit, sur quinze ans, une longue liste de sociétés –on parlera d'une quarantaine.

En 1980, Bernard Tapie entre au capital de Manufrance, la société centenaire de vente par correspondance, à Saint-Étienne, et en obtient le droit d'exploitation, toutefois sans les actifs. Puis ce sont les boutiques bio de La Vie claire (1980), les balances Terraillon (1981), Testut (1983), les fixations de ski Look (1983), les piles Wonder (1984), les raquettes de tennis Donnay (1988)... Toutes entreprises mal en point, souvent en redressement, récupérées pour trois fois rien. Tapie devient le «champion du franc symbolique».

Sa méthode est simple, bêtement rationnelle, explique-t-il volontiers, avant d'aller en faire profiter, à l'occasion de conférences, les élèves des écoles de commerce. Elle demande bien sûr du cran, ne serait-ce que pour continuer d'avancer entre les écueils des tribunaux de commerce, des syndics, des banques, des syndicats, mais elle se résume prosaïquement à la renégociation des dettes, la réduction des coûts, et la nécessité de diversifier, de moderniser la production.

Du Tour de France à l'OM

Look sera ainsi sauvée par l'invention d'une pédale de sécurité pour vélos; Wonder devra sa survie au brevet d'une pile sans mercure. Tapie innove souvent, ouvre de nouveaux marchés, joue de l'informatique et de la robotique. À la société La Vie claire, il offre même un renom international en faisant patronner par la marque une équipe de cyclisme professionnel, qu'il monte de toutes pièces. Il parvient à convaincre Bernard Hinault, déjà quadruple vainqueur du Tour de France, mais momentanément privé de sponsor, de le rejoindre. Victoire d'Hinault, en 1985, avec Tapie en grand manitou. L'année suivante, La Vie claire gagne encore, cette fois avec l'Américain Greg LeMond.

Ces années-là, rien ne résiste à celui qu'on prend pour un «Golden boy.» Tapie aux doigts d'or. Après la mort, en 1986, de Gaston Defferre, sa veuve, l'écrivaine Edmonde Charles-Roux, souffle à ce repreneur multicartes de s'intéresser à l'OM. Le vieux club de foot marseillais est à saisir, pour rien, à sauver, même, presque par pitié, au bord du dépôt de bilan. Tapie prend le contrôle des murs et de l'équipe du Stade-Vélodrome, qui n'a remporté aucun trophée depuis 1976 (une Coupe de France), et qui agonise à la douzième place de la Première division.

Tapie devient le sauveur marseillais, unanimement salué, de la Canebière aux quartiers nord. Comme pour l'épisode cycliste de La Vie claire, ou encore le record de traversée de l'Atlantique-Nord en équipage, qu'il va battre en 1988, à bord de son quatre-mâts le Phocéa, il trouve là le moyen de marier sa passion du sport et des affaires. Même convalescente, l'OM lui confère une renommée nationale, que les médias entretiennent d'abondance. Les caisses de l'OM sont vides, alors il recrute de jeunes joueurs, la génération des Papin, Barthez, Cantona, Deschamps... et avec cet attelage, entame la remontée du club.

La fibre sociale?

Capitaine capitaliste, mais non sans cœur, hasardera-t-on, à son crédit? Non sans mémoire, peut-être. Du Blanc-Mesnil et de sa propre adolescence. Les jeunes occupent la première place de son prosélytisme déclaré. À l'image de ces milliardaires américains qui pensent sauver leur âme en finançant des fondations, Tapie doit estimer nécessaire d'échanger sa bonne fortune contre de bonnes actions. Car il s'est mis en tête de créer sur ses fonds propres des écoles de vendeurs, dans toute la France. Ils seront ainsi plus de 3.000 élèves, jusqu'en 1994-1995, chômeurs, jeunes sans diplôme, à suivre un enseignement de quatorze semaines imaginé par l'entrepreneur.

De la même manière, il s'attaque au chômage, vu depuis la télé. En 1986, Chirac privatise TF1. Tapie apporte son concours à Francis Bouygues, qui a été son associé dans le rachat des piles Saft-Mazda (1985), pour la prise de contrôle de la nouvelle chaîne. Quelques mois plus tard, il devient, sur la chaîne, l'animateur d'un jeu en direct, «Ambitions», qui suit les tentatives, nourries de ses conseils, d'un jeune candidat confronté au monde du travail.

La fibre sociale, Tapie? Vraiment? Et poussant plus loin: de gauche? D'une gauche «décomplexée», alors. À l'américaine, ouvertement libérale. Il avait eu son avis, fort critique, sur l'onde d'étatisme qui avait parcouru les vainqueurs de 1981, derrière François Mitterrand. Mais «le tournant de la rigueur», en 1983, l'avait recentré, et il aurait, ensuite, volontiers fait la promotion de ses propres conceptions de l'économie auprès du nouveau pouvoir.

Ses meilleurs ennemis

Il compte des amis, à gauche, et même au gouvernement, pas nombreux, mais fidèles; Pierre Bérégovoy, notamment, ministre des Affaires sociales et maire de Nevers, dont il a fait la connaissance pendant le rachat de Look, premier employeur de la ville. À la vérité, pourtant, Bernard Tapie attire surtout les soupçons de la gauche, et, les années allant, il n'avancera plus que ralenti par les solides inimitiés venues de ce bord-là.

Celles de beaucoup de socialistes, surtout parmi les nostalgiques de l'ouvriérisme, ceux qui rêvent encore d'une France où l'État serait en mesure de renflouer sur fonds publics toutes les usines en difficulté. D'une génération de journalistes d'investigation, aussi, qui vont consacrer à Tapie une partie de leur carrière. De magistrats, encore, surtout parmi les adhérents du Syndicat de la magistrature, qui auront parfois la tentation de réduire ses prises de contrôle d'entreprises à des abus de biens sociaux, au moins dans l'esprit. De la juge Eva Joly, enfin, qui passera pour son «ennemie préférée», et qui poussera la défiance à son égard jusqu'à le mettre sept fois en examen. «Sur ces sept inculpations, se gaussera-t-il plus tard, sa rancune ravalée, six non-lieu et une relaxe!»

«Les Manufrance» s'étaient interrogés: un patron liquidateur d'emplois proposerait-il, comme lui, de disputer des parties de foot avec eux?

À les en croire, les uns et les autres, la première fois qu'ils avaient entendu parler de Bernard Tapie, à peu près comme tout le monde dans le pays, cela avait été à l'occasion de l'«affaire des châteaux de Bokassa», au tournant des années 1980, et pour certains, ils avaient verrouillé son image au souvenir de cette embrouille-là. L'homme d'affaires avait en effet racheté à l'empereur-dictateur, ex-président de Centrafrique, les châteaux que celui-ci possédait en France.

La rumeur voulait qu'il ait réussi à les arracher un prix très inférieur à leur valeur réelle, en persuadant Bokassa que les autorités françaises étaient sur le point de saisir ses biens. L'astuce révélée, l'ex-empereur avait obtenu d'un tribunal d'Abidjan que la vente soit cassée, et un autre tribunal, parisien, cette fois, avait confirmé la décision. Voir un dictateur fou ainsi dupé pouvait passer pour chose plutôt plaisante, mais, tout de même, l'arnaque faisait mauvais effet, et aux yeux de certains, la tache d'une réputation allait devenir indélébile.

L'arnaqueur?

L'arnaque, donc, de «l'arnaqueur»... C'est justement l'insulte que Joseph Sanguedolce, le maire communiste de Saint-Étienne, ancien mineur, rescapé des camps de concentration, lui jette à la face, par reportage télé interposé, pendant l'un des rassemblements que la gauche organise, dans l'urgence, avant l'élection présidentielle de 1981, pour la sauvegarde de Manufrance. Le tribunal de commerce de la ville a prononcé, fin octobre 1980, la liquidation de l'entreprise, et les syndicats, appuyés par le PCF, tentent de repousser la malédiction promise en appelant à l'aide toutes les bonnes volontés du pays. Les militants font la quête dans les rues de Paris, pour le fonds de soutien à la grève. Des intellectuels prennent la parole devant les ateliers. Manufrance est devenu plus qu'un symbole: l'enjeu de la sauvegarde d'un monde.

Bernard Tapie est «un arnaqueur, lâche Joseph Sanguedolce, venu pour profiter de la situation, non pour la sauver». L'homme d'affaires avait débarqué quelques mois plus tôt, avenant, bon gars, presqu'un modèle de patron social. Il avait préparé un plan de restructuration, que le tribunal allait finalement accepter. On ne savait pas vraiment d'où venait l'argent de la reprise – en fait, du Crédit lyonnais. Ni même, d'ailleurs, s'il y avait de l'argent. Mais aucun autre candidat sérieux ne s'était présenté. «Les Manufrance» s'étaient interrogés: un patron liquidateur d'emplois proposerait-il, comme lui, de disputer des parties de foot avec eux?

L'espérance était donc revenue, les premiers temps. Puis, évidemment, l'entreprise et la ville avaient déchanté, à l'annonce des plans sociaux et des restrictions. La société de vente par correspondance avait longtemps compté 5.000 employés. Ils étaient encore 1800, dont la moitié risquait maintenant d'être promise aux licenciements.

Aussi Bernard Tapie était-il renvoyé au classique profil d'un «ennemi de classe», malgré ses manières directes. D'un envoyé du patronat. Pour les syndicalistes et la mairie communiste de Saint-Étienne, l'équarisseur de Manufrance descend de Paris «en jet» pour toucher les enviables émoluments qu'il se vote comme président de la société. Chez Wonder, chez Terraillon, à La Vie claire, d'autres salariés auront, à son adresse, la même aigreur.

L'homme du président

Pourtant, au bout d'une décennie de reprises industrielles sous tensions sociales, il allait tout de même persister. Du même côté des ouvriers, des milieux populaires, du modèle français, mis en danger par la crise. Preuve qu'il ne se sentait coupable de rien, et ne voyait dans sa démarche nulle contradiction, Bernard Tapie allait désormais s'inscrire directement dans l'histoire de la gauche. S'aventurer en politique, dans le camp où l'on brandit haut la morale et la justice sociale.

Il s'était d'abord murmuré qu'il avait fait des offres de service à la droite. Information jamais avérée. Il semblait, en fait, inévitable qu'il ne se lance qu'à la demande directe du plus haut placé, c'est à dire du seul président de la République. Il s'estimait lui-même assez bien protégé de ses adversaires par sa renommée. Se voyait bien dans le rôle du «champion» des médias, des opérations de survie industrielles, de Marseille, et toujours en appétit, comme il le disait, de nouveaux «challenges». Pourquoi n'aurait-il pas cherché à traiter à égalité?

Bernard Tapie raisonnait en termes de «deal», et le chef de l'État, pour un associé potentiel, présentait d'assez sérieuses garanties de représentation. François Mitterrand était donné gagnant pour un second septennat, et, dans le mouvement, les législatives de juin 1988 devaient être assez favorables aux candidats du pouvoir. Le publicitaire Jacques Séguéla avait favorisé la rencontre des deux hommes, en 1987. Quelques mois plus tard, l'Élysée avançait effectivement la proposition d'une circonscription marseillaise.

En septembre 1989, Tapie a la chance de se voir proposer de débattre avec le chef de l'extrême droite. Les autres ont décliné la proposition de TF1. Lui se jette dessus.

Non dans la cité phocéenne intra-muros, comme Bernard Tapie l'aurait souhaité. En périphérie. La 6e des Bouches-du-Rhône, enracinée à droite. Le PS renâclait, en effet, hostile à sa candidature, et l'envoyait au casse-pipe, plus au large. L'appareil socialiste, à Paris et à Marseille, critiquait le président. Comment Mitterrand pouvait-il se laisser impressionner par un type pareil? Cherchait-il à affiner encore sa définition de l'habileté, par une autre illustration que la sienne? L'homme d'affaires sentait le soufre, et il finirait en justice, avertissait-t-on.

Tapie allait être battu dans la 6e circonscription, par Guy Teissier (RPR). Toutefois, l'élection de celui-ci allait être invalidée, et un an plus tard, le protégé de Mitterrand devenait député des Bouches-du-Rhône, sous la seule étiquette «majorité présidentielle». Pas encore le roi de Marseille, pas le seul, mais en bonne voie. Une de ces prochaines années, pourquoi pas la mairie? Il changera de circonscription, remportera d'autres scrutins, surtout en 1993, lors de la terrible défaite du PS aux législatives, et talonnera les socialistes aux européennes de 1994, sous les couleurs des radicaux de gauche. Qui, alors, arrêtera Tapie?

Gants de boxe

Pas Jean-Marie Le Pen. L'homme d'affaires trouve en lui le parfait adversaire. Celui par lequel lui-même va se donner la réputation d'un antifasciste exemplaire, qui promet de repousser le Front national hors du Bassin méditerranéen, de le ramener sous la barre électorale des 10%. En septembre 1989, Tapie a la chance de se voir proposer de débattre avec le chef de l'extrême droite. Les autres ont décliné la proposition de TF1. Lui se jette dessus. Tu parles! Il va offrir à Marseille, qui sait apprécier, et au-delà, au pays, une bagarre mémorable. Limite cogne des rues. Jean-Marie Le Pen est le type idéal pour ça. Sanguin, soupe au lait –lui-même connaît ça. Prêt à sortir de ses gonds sur un plateau de télévision. Ou à le faire croire.

Et effectivement, quelle empoignade! Qu'importe d'ailleurs le sujet du débat: ils sont là pour marquer l'auditoire à la rétine, non pour manier des concepts. L'un des, quoi? Cinq, six moments de télévision en direct que les Français garderaient encore en mémoire, vingt ans plus tard. «Un duel de vanités vulgaires», écrira des années plus tard le magazine Challenges, qui devait n'aimer ni Le Pen ni Tapie. À l'occasion d'un autre débat entre les deux hommes, cinq ans plus tard, l'animateur d'Antenne 2, Paul Amar, saluera le souvenir du débat de 1989 en déballant en direct deux paires de gants de boxe... pour amortir les coups, en cas de reprise de la rixe. Il le paiera d'ailleurs de son licenciement.

En 1989, ce soir-là, c'est à qui prendra l'autre à la gorge le premier. Jean-Marie Le Pen se lance, dans une langue encore amidonnée à l'ancienne:

Vous êtes un matamore, un Tartarin, vous êtes un bluffeur, et nous attendons encore de voir, à part quelques onomatopées que vous lancez de temps en temps sur les écrans, ce que vous êtes capable de faire dans la politique. Tapie contre Le Pen, l'avocat de la «bande des quatre» contre l'avocat du peuple français, et nous allons bien voir qui va gagner.
Ce n'est pas parce que vous avez une grande gueule et que vous criez fort...
Soyez poli, monsieur! Vous sortez des bas-fonds, on le sait, vous n'avez jamais pu apprendre à parler...

Un temps. Le Pen reprend, tandis que Tapie sourit toujours, goguenard.

Vous êtes un pitre, monsieur Tapie! C'est d'un grotesque... et ne dites pas d'énormités comme ça... et ne me menacez pas physiquement, il vous en cuirait.
Parce que vous avez vos gardes du corps, là? Vous croyez qu'ils m'auraient cassé la gueule?
Non, moi! Moi!
Mais enfin, regardez-vous...

Ne pas se méprendre, cependant. Chacun de ces deux-là encaissait assez bien les coups délivrés par l'autre. Quelque chose les reliait, par delà leurs divergences idéologiques. Une même forme de marginalité revancharde. Un même interdit leur tenait fermée la porte de ce que Le Pen appelait «l'établissement». Ils partageaient des sentiments d'incompris, de réprouvés, même, avec ce qu'il y faut de parano. Des années plus tard, quand Bernard Tapie, attaqué de toutes parts, brillera moins au firmament de la réussite, Jean-Marie Le Pen n'hésitera pas à baisser sa garde. «Il a du talent, confiera-t-il, il a de l'audace.»

Une rencontre avec le diable?

Entre eux, il y aurait eu autre chose encore. Un «secret», que le leader du FN gardera longtemps pour lui, et dont Tapie nie toujours l'existence. Au soir du premier tour de la législative partielle de 1993, l'homme d'affaires aurait appelé Le Pen. Il voulait le voir, chez lui, dans sa maison de Montretout. Le Pen aurait accepté.

Le candidat du Front, Damien Bariller, directeur du cabinet de Bruno Mégret, peut imposer, au deuxième tour, une triangulaire, dans la circonscription où concourt Tapie, ce qui favoriserait celui-ci. Mais on prête plutôt au FN l'intention de vouloir plaire à la droite, et de retirer son homme. Tapie aurait demandé au chef nationaliste de n'en rien faire, au contraire d'imposer à ses instances nationales le maintien de Damien Bariller. Le Pen aurait consenti. Bruno Mégret, numéro 2 du FN, critiquera cette décision. Dans une circonscription voisine, lui-même a bien besoin des voix de la droite, et il espére un retrait du RPR, lequel, faute d'échange, maintiendra finalement son propre candidat.

C'est le journaliste Azzeddine Ahmed Chaouch qui dévoile l'anecdote dans son livre Le Testament du Diable – Les derniers secrets de Jean-Marie Le Pen. Une rencontre que l'intéressé reconnaîtra dans Le Parisien, mais il niera l'existence d'un accord avec Bernard Tapie, qui, lui n'a jamais reconnu la rencontre.

Tapie est élu, de justesse, avec 44,48% des suffrages. Mais Bruno Mégret est battu, fort, pourtant de 49,5% des voix au premier tour, à Marignane. Le Pen a-t-il, ce jour-là, dans sa propriété, fait la courte échelle à l'homme d'affaires? Celui-là a-t-il, en retour, permis à son adversaire de se donner un peu d'air, devant la pression que les amis de Mégret opposaient, depuis des mois, au vieux chef historique du FN? Le Pen n'en dira rien. Aucune photo, même planquée, ne rendra compte de cette visite. Personne ne verra Bernard Tapie solliciter l'aide du diable.

Il séduit, ou indispose, plus au sud, maintenant. Il rafle les bonnes fortunes marseillaises, prédateur toujours pressé, mais sans l'accent ni la légitimité d'être né en ville. Député, président du club de foot, armateur... Son quatre-mâts, le Phocéa, l'ancien voilier du navigateur Alain Colas, vient souvent mouiller à vue du Vieux-Port. Très grand bourgeois, si ce n'est le style; le plus riche, sans doute, que la bourgeoisie marseillaise aimerait tant pouvoir bouder...

OM-VA: De l'Olympe aux enfers

L'OM a achevé sa remontée au classement de la Première division. De 1989 à 1992, quatre titres consécutifs de champion de France. Parmi les personnalités de gauche, on ne connaît à peu près plus que Tapie, ce qui suscite l'irritation de la fédération socialiste locale. À Paris, toutefois, François Mitterrand ne cesse de se féliciter d'avoir misé sur l'homme d'affaires, qui a désormais ses entrées à l'Élysée. En 1992, Tapie est même nommé ministre de la Ville, dans le gouvernement de Pierre Bérégovoy. Il doit cependant démissionner de son poste, une cinquantaine de jours plus tard: un juge vient de l'inculper dans une sombre histoire de répartition d'actifs, liés à la société Toshiba France, dont l'accable son partenaire Georges Tranchant, député RPR.

Solferino, les «barons» du PS et la gauche parisianiste se rengorgent. N'avaient-ils pas pronostiqué une telle issue? L'ancien Premier ministre Pierre Mauroy laisse tomber, devant un micro: «Tapie n'a jamais été ma tasse de thé.» Pourtant, celui-ci est de retour avant même la fin de l'année, détenteur d'un joli non-lieu, et il adresse ses bras d'honneur à la ronde. Il réintègre l'équipe gouvernementale le 26 décembre 1992, et restera ministre de plein exercice jusqu'à la chute du PS aux législatives du printemps suivant, qui ouvrent le pouvoir à l'opposition.

Tout ira un peu ainsi, dorénavant. En contrariété. De bonnes nouvelles lui arrivent encore, mais servies avec les tuiles, souvent dans le même mouvement. Plus une année, dans la vie de Bernard Tapie, sans mises en examen, croisées, même, par un fait exprès, et fort opportunes; sans polémiques non plus, sur son honnêteté. Tapie-deuxième époque, cible idéale du tir aux pigeons.

Le 26 mai 1993, date mémorable s'il en est, l'OM remporte, à Munich, la Coupe d'Europe des clubs champions en battant l'AC Milan de Silvio Berlusconi, sur le score de 1 à 0. «À jamais les premiers», claironne Marseille, tard dans la nuit, à la suite de Bernard Tapie, qui rend, par le but de la tête de Basile Boli, leur fierté aux supporters du Stade-Vélodrome et aux amateurs de foot de tout un pays.

Hélas, quatre jours plus tôt, un joueur du club de Valenciennes est venu, pendant la mi-temps du match qui opposait, ce jour-là, son équipe à celle de l'OM, prévenir des journalistes que les Marseillais avaient tenté, contre rémunération, de persuader des joueurs et des entraineurs de Valenciennes de laisser gagner l'OM. Au moins de «lever le pied» pour épargner aux Marseillais les risques de blessures, avant leur match contre l'AC Milan.

Le scandale est énorme. Le plus souvent, le foot repousse les soupçons de matchs truqués par la force de sa légende. Mais là, il est pris sur le fait. Alors, les critiques universalisent la faute de l'OM, et Bernard Tapie se met à personnifier à lui seul les méfaits de l'argent autour du ballon rond. «L'affaire OM-Valenciennes» strie l'actualité nationale. Le procureur de Valenciennes, Éric de Montgolfier, se taille à bon compte une réputation de justicier. Une enquête judiciaire est ouverte, qui confirme rapidement les premières accusations. On retrouve même 250.000 francs enterrés dans un jardin.

La fédération prononce «une sanction exemplaire»: l'OM se voit privé de son titre de champion de France 1993, et condamné à la relégation en 2e division. Son président est chassé hors du monde du foot. Il n'a plus le droit de présider un club professionnel. Un an plus tard, Bernard Tapie est mis en examen pour «corruption active» et subordination de témoins, charges pour lesquelles il encourt une peine de prison ferme.

De plus en plus radical

À Marseille, et au-delà, ils sont maintenant de plus en plus nombreux à rêver de voir, en plus, Tapie expulsé hors des murs de la cité phocéenne. Hors de la vie politique aussi. François Mitterrand n'a pas retiré sa confiance à l'homme d'affaires. Il paraît même soutenir plus activement ses initiatives, comme cette liste radicale de gauche que Tapie, crâneur et opiniâtre, présente, au côté de Christiane Taubira, pour les élections européennes de 1994, et dont la campagne, très réussie de l'avis général, fait passer celle du PS pour bien pâle.

Malade et terminant son second mandat, Mitterrand est un leader finissant, au pouvoir amoindri. Ses héritiers disposent seuls de la suite; ils s'émancipent dans les rivalités, et n'ont plus souvent comme lien qu'une commune rancune. En 1994, le chef de l'État est accablé de lourds soupçons sur cet État de gauche dont il a finalement laissé les portes ouvertes à l'argent-roi. Pierre Bérégovoy s'est suicidé un an plus tôt, le 1er mai 1993, faute d'avoir pu supporter les rumeurs de corruption qui pesaient sur lui, après le prêt personnel sans intérêts qu'il avait obtenu d'un familier de Mitterrand, Roger-Patrice Pelat.

Dans un tel climat, Tapie est évidemment un bouc émissaire tout trouvé. Celui aussi par lequel, dit-on, le vieux monarque espère empêcher Michel Rocard, désormais premier secrétaire du PS, de devenir le candidat naturel du parti à l'élection présidentielle de 1995. Le chef de l'État a mis Solferino dans l'obligation d'obtenir au moins 23% des suffrages aux européennes. Inatteignable, jugent les commentateurs, pour un parti à peine relevé de sa déroute aux législatives de 1993. À en croire les détracteurs du président, au premier rang desquels les rocardiens et ceux des centristes qui leur sont souvent associés, depuis 1988, Mitterrand préférerait voir Bernard Tapie incarner la gauche, en 1995.

Les rumeurs sont si pressantes que, de retour d'un voyage en Ouzbékistan, François Mitterrand, indigné, convoque son cabinet et l'aéropage de Solferino, le 30 avril 1994. «Je ne fais pas la campagne de Tapie», lance-t-il. Puis s'efforçant à l'ironie pincée, tel que rapporté par L'Express: «Je croyais ne plus gêner personne. On disait que je ne comptais plus. Hé bien, je me suis trompé. Je dois gêner encore. Pourtant, je me contente de garder la place au chaud pour mon successeur. Ce doit être encore trop, pour certains.»

La gauche perd une nouvelle élection. Le 12 juin 1994, au soir des européennes, le score de la liste conduite par Michel Rocard est accablant. 14,49%. Comme pour aggraver l'humiliation des socialistes, Bernard Tapie, avec sa modeste liste des radicaux de gauche, fait presque aussi bien qu'eux: 12,03%.

C'est la fin de la carrière politique de l'homme de «la deuxième gauche.» En tout cas de son espérance du premier rôle. Déjà battu, un an plus tôt, dans sa circonscription des Yvelines, tête de liste défait aux européennes, Rocard ne peut plus espérer voir sa candidature s'imposer pour 1995. Il quitte Solferino, où Henri Emmanuelli lui succède. Il sera élu sénateur en 1995, comme pour services rendus, avec les lauriers dus au souvenir d'un homme d'État empêché.

Alors, Tapie, tombeur, même indirect, de Rocard? Et prêtant foi à cette thèse, tous ceux qui allaient avoir à déplorer l'absence de l'ancien Premier ministre, notamment parmi les milieux financiers et économiques socio-démocrates, ont-ils pris la décision d'organiser une forme de vengeance systématique contre le dernier protégé de Mitterrand?

Des affaires aux affaires

C'est à croire, en effet. Car si Rocard doit s'effacer, de son côté, Tapie ne profite pas de son succès aux européennes. D'ailleurs, Tapie ne profite plus de grand chose, dès le milieu des années 1990, tant est requise son attention dans toutes les affaires judiciaires déferlant sur lui. Ce n'est pas que lui-même n'y soit pour rien. Au mieux, il est un gestionnaire négligent, doublé d'un joueur. Pour ses juges, et la presse qui fait écho à ses juges, il a tout de l'aigrefin maquilleur de comptes fiscaux. La vérité doit se trouver entre les deux. Mais la balance, apparemment, n'a plus qu'un plateau.

Ses sociétés génèrent souvent trop de pertes artificielles, dans le but de diminuer leurs impôts. Un magistrat a trouvé le biais juridique permettant de qualifier de tels faits en abus de biens sociaux. Et le Trésor public ne se fait pas prier pour rappeler que, même sans cela, Bernard Tapie présente pour ces années-là un arriéré fiscal de 40 millions d'euros.

Un record de décisions de justice contredites en appel ou en cassation, et qui reviennent en boucle, après de nouvelles années de procédure.

Mais tout de même, difficile de ne pas se départir de l'impression qu'un même acharnement préside à autant de mises en examen. Surjouées, en plus. Médiatisées par les juges. Pour les comptes de la société gestionnaire du Phocéa. Pour ceux de l'OM. Du Groupe Bernard Tapie (GBT), la société de tête, et ceux de la Financière et immobilière (FIBT). De Testut. Sans parler de l'hôtel particulier de la rue des Saints-Pères... Ni du salaire de l'employée de maison..

A propos du procès du Phocéa, Airy Routier, auteur du livre Le Phénix – Le Retour de Bernard Tapie (2008), s'étonnera d'un réquisitoire d'«une violence inouïe pour une infraction fiscale répandue». On le convoque à l'aube, on ne le relâche que tard dans la nuit. La police vient même le réveiller chez lui. Les gardes à vue sont interminables. Quelqu'un doit espérer qu'à ce rythme, fort soutenu, le portrait de l'entrepreneur sympathique et simplement roublard finira bien par s'effacer pour laisser place à un profil plus contestable...

Le serpent de mer Adidas

Mais qui? C'est au moment où la question devient entêtante, devant tant de signes de présomption, que se découvre le monstre. «L'affaire Adidas» ou «affaire du Crédit lyonnais.» Le navire amiral des poursuites contre Bernard Tapie, bientôt estampillée affaire d'État, et entrant dans la liste des «affaires Sarkozy». C'est vrai: une monstruosité, déjà, de durée. Vingt-cinq ans! Sans interruption depuis 1993. Un record de décisions de justice contredites en appel ou en cassation, et qui reviennent en boucle, après de nouvelles années de procédure. Et encore, il aura fallu que Bernard Tapie meure –en meure?– pour que s'arrête le compteur.

Entre l'homme d'affaires et la banque qui l'avait longtemps accompagné dans la réussite, un combat judiciaire à mort, dont les Français, faute de parvenir à suivre les méandres, retiendront surtout la hargne qui en émanait, et les sommes astronomiques en jeu.

En 1990, Bernard Tapie a l'occasion d'acheter Adidas, numéro 1 mondial de l'équipement sportif, alors en grande difficulté financière. Coût de l'opération: 1,4 milliard de francs (environ 244 millions d'euros), financé à 100% par un prêt du Crédit lyonnais, via l'une de ses filiales. Mais, en 1992, Tapie accepte d'entrer au gouvernement et François Mitterrand lui demande de se séparer de ses sociétés, pour éviter les conflits d'intérêts. Il confie donc un mandat de vente au Crédit lyonnais avec mission de chercher un acquéreur pour Adidas, à un prix non inférieur à 2 milliards de francs (environ 320 millions d'euros). La plus-value s'explique par la relance de l'entreprise «aux trois bandes», grâce à la modernisation de la marque, confiée à des designers, et à la délocalisation des unités de production en Asie.

Après plus d'un an d'attente, malgré un marché morose, la banque déclare être sur le point de revendre Adidas à une société d'investisseurs offshore, depuis des paradis fiscaux. Tapie cède donc ses titres pour la somme de 2 milliards de francs, soit le prix minimum fixé au départ. Toutefois, il lui manque une partie de la vérité. À travers les investisseurs offshore, l'entreprise est, en fait, vendue à l'homme d'affaires Robert Louis-Dreyfus, et ce, pour un prix bien supérieur au prix annoncé à Tapie. 4,4 milliards de francs (plus de 700 millions d'euros).

Tapie porte plainte, évidemment. Mais c'est déjà trop tard. Il ne va plus cesser de passer pour le coupable. Le Crédit lyonnais va plus vite que lui.

L'histoire ne serait même, en tout cas à écouter les défenseurs de Bernard Tapie, qu'un mirage, un écran de fumée, protégé par un montage opaque. Les investisseurs offshore ne seraient que des entités artificielles créées par le Crédit lyonnais lui-même pour donner l'illusion d'une étape intermédiaire entre le vendeur d'origine, Tapie, et l'acquéreur final, Dreyfus, de manière à générer une plus-value nouvelle que ne pourrait pas revendiquer Bernard Tapie. La banque se serait cédée Adidas à elle-même, s'accordant même un prêt pour ce faire, avant d'empocher 2,4 milliards de francs.

On ferait à des badauds le récit d'une telle embrouille que Bernard Tapie passerait évidemment pour une victime. Le type dupé par sa banque. Le Crédit lyonnais, à écouter l'homme d'affaires, a fait défaut à son obligation de loyauté et de neutralité. Elle a joué pour elle-même, contre le mandat donné par son client.

Celui-ci porte plainte, évidemment. Mais c'est déjà trop tard. Il ne va plus cesser de passer pour le coupable. Pour l'arnaqueur qui cherche à faire croire qu'il est l'arnaqué. Le Crédit lyonnais va plus vite que lui. La banque pense à dépouiller son mandant, devenu son adversaire devant la justice, elle en a les moyens, puisque Bernard Tapie, par le biais de ses emprunts chroniques depuis vingt ans, est d'abord son débiteur. Nommé en 1993 par le gouvernement socialiste, Jean Peyrelevade, son nouveau président, vient de réussir à sauver l'établissement public de la faillite. Ce proche de François Bayrou, familier des cercles centristes et sociaux-démocrates, a les coudées franches. Manifestement, il peut traiter le cas Tapie à sa guise.

La ruine?

D'autres débiteurs du Crédit lyonnais, comme les hommes d'affaires François Pinault, Jean-Luc Lagardère ou Bernard Arnault, auront davantage de chance: ils sont invités à siéger au conseil d'administration de la nouvelle structure. Mais de Bernard Tapie, on exige qu'il rembourse sur le champ toutes ses créances. Il est dans l'incapacité de le faire? Alors ce sera la faillite, ce qui devrait faire assez mauvaise impression devant les tribunaux du contentieux Adidas.

Les sociétés, les biens personnels de Bernard Tapie, mis en liquidation, rejoignent «les actifs pourris» du Consortium de réalisation (CDR), une société nationale chargée de gérer le passif du Crédit lyonnais et qui va défendre les intérêts de la banque dans l'affaire Adidas. Puissante machine, ce CDR. Non sans influence. Par deux fois, à dix ans de distance, en 1996 et en 2005, une décision de justice le condamnera à verser des provisions financières à l'homme d'affaires. Puisque Tapie est la victime. Mais d'autres cours de justice infirmeront ces décisions, en appel ou en cassation. Puisque Tapie est le coupable.

Il est ruiné. C'est ce qu'affirment ses ennemis, et lui-même parfois, les jours où, invité à la télé, il a besoin de voir son moral soutenu par le public. Même si, à ces hauteurs sociales-là, la ruine d'un homme doit être relativisée. Avec lui, ceux qui ont déjà eu à se plaindre du Crédit lyonnais, et tous les fraudeurs du fisc, qui souhaitent à Bernard Tapie d'avoir eu le temps de se préparer un bas de laine pour le temps venu de la clandestinité civile.

L'embarras qu'il a tant représenté pour certains, à Marseille ou à Paris, a fondu: le voilà interdit de foot, de politique, de gestion d'entreprise.

Il donne tout de même l'impression de squatter son ancienne vie. De ne plus habiter l'hôtel particulier, mais d'y camper, avant de devoir en déménager à la cloche de bois. Comme il n'y a pas de petites humiliations, le Crédit lyonnais s'est plu à fortement médiatiser une journée «portes ouvertes», rue des Saints-Pères, avant la vente aux enchères des meubles et des bibelots. Des Parisiens viennent déambuler devant les tableaux des salons.

«Ils veulent ma peau», répète-t-il. Au-delà de la banque et de l'entourage de Jean Peyrelevade, il vise toujours les mêmes. Les socialistes. Les héritiers de Mitterrand. Officiellement ses propres compagnons de route. Ceux-là se sont indignés, quand ils ont compris que la vente d'Adidas avait été financée par un prêt de la banque elle-même, croyant à tort que Tapie en était le seul bénéficiaire. De l'argent public!

Peut-être pas tout à fait ruiné, alors, l'homme qui incarnait si bien les réussites permises à la classe moyenne. Mais bien ferré aux pattes. L'embarras qu'il a tant représenté pour certains, à Marseille ou à Paris, a fondu: le voilà interdit de foot, de politique, de gestion d'entreprise. Les routes familières de sa gloire passée lui sont proscrites. Ses avoirs sont bloqués par les tribunaux, et il est sous le coup de plusieurs mesures de contrôle judiciaire. Les premiers temps, il a encore vécu de ses émoluments d'élu, puis l'Assemblée nationale a voté la levée de son immunité parlementaire. Les élections européennes de 1994 seront sa dernière campagne politique.

Le sachant à terre, les flagorneurs et les pique-assiettes se sont bien sûr écartés. Ce pestiféré apparaît cependant moins seul, ou plutôt, il joue moins perso que d'habitude. Sa famille fait bloc autour de lui. Sa femme, Dominique, qu'il a souvent associée à ses affaires; son fils aîné, Laurent; son ami et avocat, Maurice Lantourne; et même, ses deux liquidateurs judiciaires, qui ont estimé plus réaliste de rester dans le sillage de ce battant, meilleure chance encore d'espérer rendre un peu d'argent à ses créanciers.

La case prison

Par réflexe, sous le choc, s'organise un esprit de phalange. Avant que Bernard Tapie n'obtienne réparation, la bataille contre le Crédit lyonnais, et plus largement, contre l'adversité judiciaire, promet d'être longue. Des années. Peut-être une décennie. Alors le petit «clan Tapie» adopte les principes d'une économie de résistance.

Lui-même fait place nette. Comme il ne peut plus retarder davantage l'échéance de sa privation de liberté, faute de recours encore ouverts, il se constitue prisonnier en février 1997. Les condamnations pour le match truqué contre Valenciennes et pour les fraudes du Phocéa ont été confondues. Six mois ferme. Plus tard, le procureur Éric de Montgolfier reconnaîtra que l'affaire de l'OM ne valait pas une peine d'emprisonnement. Mais c'était lui, Bernard Tapie, dans les années 1990, et son don d'exaspérer ceux qui ne se comptaient pas parmi ses supporters, alors on avait taillé large. Tapie, et le long cortège de ceux, magistrats, banquiers, journalistes, rivaux, simplement esprits chagrins, qui avaient à cœur de lui apprendre à vivre.

Il peut se rassurer, il demeure populaire. Il est la star des prisons qu'il honore de sa présence. Son entrée à la maison d'arrêt de la Santé provoque des attroupements de jeunes détenus, et pour la tranquillité des coursives, il faudra parfois le maintenir, contre son gré, dans la solitude des quartiers réservés aux VIP. Quatre mois à Luynes, près d'Aix-en-Provence, puis aux Baumettes, à Marseille. Enfin, dans cette dernière prison, deux mois sous le régime de semi-liberté.

On le voit s'esquivant pour rejoindre le domicile de ses beaux-parents, en ville, où il travaille, au téléphone, à sa défense dans d'autres dossiers, ou au contentieux avec le Crédit lyonnais. Dans sa cellule, il commence la rédaction d'un livre, Librement, qui paraîtra l'année suivante. Peu de visites. Son ami, Bernard Kouchner, l'ancien ministre de la Santé, s'inquiète de ses jours de déprime.

La vie d'artiste

Qui ne serait pas déprimé à se voir privé des métiers hier pratiqués avec tant de bonheur? Voilà un homme politique, un président de club de foot, un repreneur d'entreprises obligé de prendre pour survivre le premier emploi passant à sa portée. Dans les années 2000, Bernard Tapie change une nouvelle fois d'orientation professionnelle.

Il fera star du petit écran, et au théâtre. Il fait l'acteur, et avec un vif succès. Rien d'étonnant, après tout, puisqu'il a déjà été chanteur. Les méchantes langues ajouteront qu'il fait aussi le cabot depuis vingt ans sur les plateaux de télévision. Son phénoménal aplomb lui a déjà fait trouver normal de tenir un rôle dans le film de Claude Lelouch, Hommes, femmes, mode d'emploi (1996).

Pourquoi commencer modestement quand on peut, là encore, s'avancer en homme providentiel? On dirait un comédien-vedette, sûr de son renom, qui choisit, à l'âge mûr, de varier ses modes d'expression, et de tâter un peu des arts voisins du sien. Tapie chante, avec le rappeur Doc Gynéco. Il anime une émission sur TF1, qui tourne autour de ses convictions sur les sujets de société. Il est aussi l'un des piliers d'émissions de radio et de télévision consacrées au foot. Sauf qu'il est un acteur surgi de nulle part, inconnu à la scène, trois mois plus tôt.

Qu'à cela ne tienne: il fait adapter au théâtre le film Vol-au dessus d'un nid de coucou, et se donne le rôle tenu par Jack Nicholson. La pièce est un triomphe immédiat. Bernard Tapie tient des mois à l'affiche à Paris, puis en tournée. Les pièces s'enchaînent, tout au long de la décennie. Il est même débordé, puisque TF1, allié demeuré fidèle, lui concocte un rôle récurrent, façon Navarro, avec la série Commissaire Valence.

Une vie d'artiste, de comédien adulé par son public, comme s'il n'avait jamais connu d'autre existence. Un roman, Des yeux trop grands. Des projets de talk-shows, et même de comédie musicale. Il pourrait continuer ainsi. Mais repasse le fantôme d'Adidas. La très épisodique procédure judiciaire, chargée de trancher le contentieux. Il a fallu neuf ans à la justice, depuis 1996, pour se prononcer en faveur de Bernard Tapie, avant de se contredire en appel, et de destiner, en bon droit, au Crédit lyonnais les sommes versées par l'homme d'affaires Robert Louis-Dreyfus; puis de reprendre l'étude du dossier, motivée par les nouvelles plaintes de Bernard Tapie, qui s'estime toujours lésé.

Peu à peu s'impose la solution d'un arbitrage. Sarkozy vient d'être élu président, et il a, par le passé, déjà favorisé cette solution, légale, qui permet de confier un différend à un jury d'honneur.

En 2005, c'est une cour d'appel qui condamne la banque à verser à celui-ci la somme de 135 millions d'euros. Mais un an plus tard, la cour de cassation infirme cette décision. Tout est à nouveau à reprendre. Pour une autre décennie? Aucune des deux parties ne s'est lassée, au fil du temps. En plus de l'importance des sommes en jeu, les griefs mutuels entre les parties se sont accumulés. Sans avoir les crédits illimités de la banque, Bernard Tapie n'est plus l'homme acculé du milieu des années 1990. Il a retrouvé des moyens d'assurer sa défense. Il est prêt à ce que le contentieux Adidas, devenu aussi un combat pour l'honneur, accompagne la suite de son existence, ici-bas.

La renaissance?

Peu à peu s'impose la solution d'un arbitrage. Nicolas Sarkozy vient d'être élu président de la République, et il a, par le passé, déjà favorisé cette solution, légale, qui permet de confier un différend à un jury d'honneur. La banque et Bernard Tapie donnent leur accord. D'un arbitrage, ont-ils pu en conclure, on peut toujours attendre qu'il permette des jugements de Salomon, et coupe au moins la poire en deux. Christine Lagarde, ministre de l'Économie, au nom de Bercy, s'y déclare également favorable. Trois arbitres sont désignés, tous spécialistes du droit, Pierre Mazeaud, ancien président du Conseil constitutionnel, l'avocat Jean-Denis Bredin, et Pierre Estoup, ancien président de la cour d'appel de Versailles.

En juillet 2008, ce collège condamne la banque à verser 403 millions d'euros à Bernard Tapie. Plus que cette somme globale, c'est la part réservée au préjudice moral –45 millions d'euros– qui fait bondir ses adversaires habituels. Des socialistes, derrière Jean-Marc Ayrault, futur Premier ministre de François Hollande, des centristes du Modem, derrière François Bayrou, dénoncent un détournement de fonds publics.

En point de mire de cette campagne véhémente, qui ambitionne de rallier la justice à sa cause: les tenants du nouveau pouvoir. Les entourages du chef de l'État, à l'Élysée, et de la ministre de l'Économie, à Bercy. Et Nicolas Sarkozy lui-même, soupçonné d'avoir toujours voulu voir le Crédit lyonnais, cette banque publique aux mains de la gauche, débouté dans l'affaire Adidas. Tapie n'a-t-il pas préféré soutenir publiquement Nicolas Sarkozy, plutôt que Ségolène Royal, quand il a compris que Dominique Strauss-Kahn ne serait pas le candidat de la gauche en 2007?

Bernard Tapie renoue avec la fortune «au prix-catalogue d'un Airbus A380», relève un journaliste choqué. Et comme beaucoup de monde tique devant ces 400 millions d'euros, que la mauvaise foi pousse à croire directement tirés des fonds publics, ce Golden boy, maintenant sur le retour, accueille ce bonheur-là avec beaucoup plus de discrétion que ses opulences passées. Il a eu le temps d'apprendre, de réfléchir, sans même parler des bonnes résolutions auxquelles condamne la prison.

Discrétion assurée?

C'est à peine si les médias financiers ont vent de sa prise d'actions, pour 2,5 millions d'euros (1%), dans le capital du Club Med. Ou de la création, avec son fils, d'une société de discount sur Internet. Cette modestie d'investissement n'englobe bien sûr pas la panoplie du parfait milliardaire, le jet, le bateau, la villa de Saint-Tropez... seul baume connu aux inquiétudes des sommets, avec laquelle il renoue, pour les pures sensations de revanche qu'elle doit permettre. Le bateau, surtout, un yacht de luxe de 76 mètres, façon savonnette navale, qu'il rebaptise «Reborn» (Renaissance), et qu'il fait aménager en palace flottant, avant de le destiner à la location.

Il ne veut plus toucher à la politique. Trop de coups reçus. La malédiction demeure active, de ce côté-là. Ses amis le poussent à concourir pour la mairie de Marseille, en 2014. Il résiste à la tentation. Sa femme Dominique, plus encore, fait dire qu'elle a mis leur mariage en jeu.

Il en devient moins constant dans l'entretien, auprès du public, de sa légende. On le voit venir faire la promo des pièces de théâtre qu'il joue, ou encore fêter son retour de fils prodigue au Stade-Vélodrome comme actionnaire associé auprès de Robert Louis-Dreyfus. Puis il disparaît sans communiquer davantage. Sa seule implication d'importance, en ces années 2010, concerne La Provence, le groupe de médias qu'il a racheté en prenant le contrôle, pour moitié, du groupe Hersant, et pour lequel il fourmille de projets, qui tous englobent plus ou moins Marseille et sa région. Cela ne plaît pas à tout le monde et relance les rumeurs.

Une histoire sans fin

Dans l'affaire Adidas, le parquet fait siennes les thèses mises en avant par ceux qui affichent leurs certitudes d'un arbitrage organisé, et même retenu comme solution, dans le seul but de favoriser Bernard Tapie. Premier visé: le président de la République. Mais il est protégé par son immunité. Alors, en dessous: le secrétaire général de l'Élysée, Claude Guéant, puis le directeur de cabinet de Christine Lagarde, Stéphane Richard; puis les trois membres du jury d'honneur. Surtout Pierre Estoup, dont l'accusation affirme que Tapie le connaissait avant l'arbitrage. L'ancien magistrat de la cour d'appel de Versailles avait le numéro de téléphone de l'homme d'affaires dans son répertoire. On a aussi trouvé dans sa bibliothèque un livre de Tapie avec une dédicace dans laquelle l'auteur du livre exprime sa reconnaissance... Avant quelques autres, et Tapie lui-même, Pierre Estoup est mis en examen pour «escroquerie en bande organisée».

En 2015, dans le volet civil de l'affaire, un tribunal annule l'arbitrage et condamne Bernard Tapie à restituer au Crédit lyonnais les sommes que lui a octroyées le jury d'experts. L'homme d'affaires a eu le temps, toutefois, de placer ses sociétés en procédure de sauvegarde, rendant ainsi leurs actifs inaccessibles à ses créanciers. Le tribunal de commerce a ensuite validé cette opération.

La justice insiste en cassation, en 2017. Mais, de son côté, le tribunal de commerce autorise Tapie à étaler ses remboursements sur six ans, à partir de 2018. Les 404 millions viennent se ranger parmi les graves questions de l'heure, en France.

Les rebondissements judiciaires s'enchaîneront, jusqu'au dernier procès en mai 2021, lors duquel le parquet général avait requis à son encontre cinq ans de prison avec sursis et 300.000 euros d'amende, pour complicité d'escroquerie et détournement de fonds publics. La décision était attendue le 6 octobre, mais son décès, trois jours avant, éteint de fait l'action judiciaire.

Avait-il rendu au moins quelques millions? En avait-il gardé devers lui? Mais qui détenait cette foutue fortune, à la fin? On croirait ce qu'on croirait. Chacun sa version. Au fond, c'était cela, son bras d'honneur. L'argent, dont ses adversaires affirmaient qu'il était indûment en sa possession. L'argent? Quel argent?

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